CONTRIBUTION: Tous responsables !

Lesoir; le Mardi 11 Decembre 2012
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Devant la situation que traverse notre arbitrage accusé de tous les maux, par conscience et en ma qualité d’ancien arbitre international durant plusieurs années, il est de mon devoir d’attirer l’attention de l’ensemble des responsables de notre football et celle de nos amis sportifs et dirigeants sur la manière avec laquelle notre arbitrage est pris en otage.
Si on est arrivé à cette situation déplorable, ce n’est pas le fait
du hasard. Comme tout le monde le sait, dans tous les domaines où les
enjeux financiers sont importants, il y a forcément des personnes
nuisibles qui gravitent autour ayant pour seul objectif le gain facile.
Malheureusement, notre football n’est pas épargné et ses relais sont
bien établis presque à tous les paliers de la pratique footballistique
avec la complicité de celui qui désigne et contrôle les arbitres. Il est
établi que dans une rencontre de football, l’arbitre ne peut en aucun
cas agir seul pour officier d’une manière contraire à l’esprit sportif
s’il n’est pas assuré du soutien des décideurs. C’est ce système qui a
encouragé certains arbitres malintentionnés à dévier de leurs objectifs.
L’arbitrage est un élément indispensable pour le développement du
football. Malheureusement, on en a décidé autrement et l’arbitrage est
devenu un simple accessoire pour les hommes de l’ombre qui l’utilisent à
d’autres fins. Hélas, nos arbitres évoluent dans un environnement
extrêmement difficile, voire hostile. Nos malheureux arbitres sont pris
en otage. La question que tous les sportifs se posent aujourd’hui est :
comment remédier à cette situation très préoccupante ? A mon avis, il
faut réellement une volonté sincère car l’unique et seule alternative
qui reste aux responsables de notre football, c’est de s’attaquer aux
vraies causes qui rongent cette discipline et plus particulièrement
l’arbitrage. Celles-ci (les causes, Ndlr) sont connues de tous.
Aujourd’hui, personne ne peut nier que la Commission nationale de
l’arbitrage a montré ses limites malgré tous les moyens mis à sa
disposition par la FAF. Le résultat est là avec toute cette contestation
qui s’est généralisée à tous les niveaux de la pratique. Cela nécessite
forcément une réflexion sérieuse pour la relance de notre arbitrage afin
de procéder à un changement profond au sein de cette Commission fédérale
des arbitres qui a un rôle très important dans le déroulement d’un
championnat. Sans oublier que l’arbitre est un élément-clé dans une
partie de football. Pour cela, j’insiste pour attirer l’attention du
Président et de l’ensemble des membres du Bureau fédéral FAF pour
prendre des mesures concrètes afin de remédier à la situation de
l’arbitrage qui est critique. C’est une première étape pour mettre en
confiance les arbitres et les partenaires du football. L’autre raison de
l’échec de notre arbitrage, c’est le climat tendu régnant au sein de
cette commission divisée par le clanisme et l’esprit de régionalisme.
Certains de ses membres ont fait de l’arbitrage un fonds de commerce, ne
se souciant guère de l’intérêt de l’arbitrage. La manière dont est gérée
cette commission aussi importante reposant sur deux membres uniquement
(plusieurs membres ont démissionné contestant le dirigisme et le manque
de transparence dans toutes les décisions relatives à l’arbitrage)
démontre le climat malsain régnant au sein de cette commission. L’autre
facteur qu’il ne faut pas aussi négliger et qui nuit énormément au bon
fonctionnement de cette commission est la disponibilité du président de
la Commission fédérale de l’arbitrage, laquelle présence pose un réel
problème sans mettre en cause ses compétences et son intégrité pour
mieux gérer et maîtriser la situation et surtout le suivi des arbitres.
A mon sens, M. Belaïd Lacarne doit faire un choix : soit présider la
Commission fédérale d’arbitrage pour être présent auprès de ses arbitres
et les superviser, soit il doit opter pour les instances internationales
où il assume une charge de travail très importante. Ce qui est sûr, il
ne peut assurer ces deux importantes activités à la fois car devant la
situation actuelle de l’arbitrage algérien, sa présence permanente est
devenue indispensable. Tout dernièrement, les membres du Bureau fédéral
FAF ont pris conscience de la gravité de la situation de l’arbitrage en
prenant la décision de revoir le système de son fonctionnement. Cela
reste toutefois insuffisant comme mesure, car le mal est très profond.
En prévision de la phase retour du championnat où les rencontres seront
à enjeux et à hauts risques, nos arbitres auront d’énormes difficultés
pour officier dans un climat où règnent suspicion, absence de confiance
et de crédibilité à l’égard de la corporation des arbitres.
Personnellement, je doute fort qu’il y aura cette sérénité et la
confiance recherchée auprès des acteurs et partenaires du football si
nos responsables ne prennent pas leurs responsabilités pour assainir le
milieu de l’arbitrage qui est gangrené. Le Bureau fédéral de la FAF est
confronté à un réel problème et il doit réagir d’une manière radicale et
responsable par des décisions concrètes pour instaurer la confiance
souhaitée. Devant les vives critiques et les accusations à l’encontre de
nos arbitres, je voudrais attirer l’attention de l’opinion sportive de
ne pas faire l’amalgame et on ne doit pas condamner systématiquement
tous les arbitres. Nous possédons d’excellents arbitres jeunes et
intègres mais force est de le reconnaître, il existe une minorité
d’arbitres qui ont terni l’arbitrage par leur comportement inadmissible,
bénéficiant, malheureusement, de soutien et d’impunité. Dans le football
moderne où les enjeux financiers sont devenus importants, l’arbitre joue
un rôle très important pour le déroulement d’une rencontre et où, par
moments, se joue le destin d’un club. Vu l’importance de leur mission,
le rôle de nos instances sportives est de protéger les arbitres de
toutes les influences, et de préserver l’éthique sportive. Pour
sauvegarder nos valeurs et celles de notre football et plus
particulièrement notre arbitrage, il faut qu’on ait le courage de
s’assumer et de prendre les responsabilités pour assainir notre milieu
footballistique qui est investi par cette nouvelle race de soi-disant
dirigeants n’ayant aucun passé sportif, utilisant le verbe facile,
l’influence, le bluff et tous les moyens contraires à l’esprit sportif
pour obtenir un résultat positif. Mieux, et c’est le plus surprenant
dans cette histoire, ces sieurs bénéficient du respect et de la
considération de la part des instances sportives. Notre conscience est
interpellée. Tout ce que je peux dire et que, par notre silence
hypocrite, nous sommes tous responsables.
Bergui Abderrahmane, ancien arbitre international

Categorie(s): sports

Auteur(s): lesoir

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