COP21-Dérèglements climatiques: Le meilleur ami de la famine

Lesoir; le Mercredi 2 Decembre 2015
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De Paris, Ahmed Halli
On sait depuis quelques années que l'élevage du bétail, en quantité
industrielle, exigé par les sociétés de consommation, produit ce qu'on
appelle «l'effet bouse de vache», soit 14,5% des gaz à effet de serre (GEF).
Un pourcentage énorme, comparé aux 4% de gaz produit par un continent
entier, comme l'Afrique.
En 2080, les enfants qui sont nés durant l'année en cours auront une
espérance de vie plus longue, ils vivront mieux et avec toutes leurs
dents, mais ils n’auront peut-être pas de chocolat. Et leurs
petits-enfants qui naîtront à ce moment-là seront aussi privés de cacao,
car ce produit aura sans doute disparu de la surface de la Terre. Ce ne
sont pas des prédictions ou des prophéties, comme celles du mage
Nostradamus, mais des prévisions et une issue quasi-certaine si
certaines évolutions se maintiennent. Ainsi même une hausse de 2%
seulement des températures d'ici à 2100, serait fatale à des pays comme
le Ghana et la Côte-d'Ivoire (60% de la production mondiale). Si les
dérèglements climatiques se poursuivent à ce rythme, et avec cette
intensité, d'ici à 2080, la café Arabica pourra disparaître de la
surface de la Terre. Quant au blé, son prix actuel, déjà fort élevé pour
les plus démunis, pourrait augmenter jusqu'à 111%, d'ici à 2050,
c'est-à-dire demain, entraînant dans la hausse les autres produits de
base, comme la pomme de terre.
Ce qui signifie encore plus de crises alimentaires, et de famines : 795
millions de personnes souffrent actuellement de la faim, à cause des
catastrophes naturelles (inondations, sécheresse…). Ce chiffre pourra
doubler à la fin du siècle si rien n'est fait pour enrayer l'évolution
actuelle, et si la situation des véritables victimes n'est pas prise en
charge. C'est le constat alarmiste, mais fondé, qu'établit le CCFD-Terre
solidaire, une organisation de l'environnement qui participe aux
négociations à la COP21. C'est elle qui a lancé une campagne
d'information sur «les véritables victimes» du climat, et qui déplore
que le problème de la sécurité alimentaire ne soit pas au programme du
Sommet sur le climat. Première ONG française, agréée par l'ONU, le CCFD
(Comité catholique contre la faim)-Terre solidaire pilote également des
projets de développement, dans les pays du tiers-monde, notamment en
matière d'agriculture alternative.
Toutefois, même si la sécurité alimentaire n'est pas à l'ordre du jour
en tant que telle, à Paris, elle est sous-jacente aux problèmes de
l'agriculture intensive, et en particulier de l'élevage pratiqué dans
les pays avancés. Ce sont paradoxalement les besoins alimentaires des
sociétés les plus riches et la fièvre de consommation qui font que la
satiété du Nord provoque la faim du Sud. On sait depuis quelques années
que l'élevage du bétail, en quantité industrielle, exigé par les
sociétés de consommation, produit ce qu'on appelle «l'effet bouse de
vache», soit 14,5% des gaz à effet de serre (GEF). Un pourcentage
énorme, comparé aux 4% de gaz produit par un continent entier, comme
l'Afrique, dont le porte-parole a d'ailleurs rappelé cette donnée. Or,
selon les ONG, sur les 83% de pays qui ont fait des propositions et ont
pris des engagements pour la réduction des GEF, très peu ont consacré un
chapitre aux émissions produites par l'élevage.
Or si la réduction des émissions liées à l'industrie est coûteuse et
nécessite par conséquent des négociations ardues, celle de l'élevage
n'exigerait rien d'autre qu'un effort d'abstinence. Et cela tient à un
comportement des individus et des sociétés, pour diminuer la
consommation de viande, ce qui est devenu aussi de nos jours un problème
de préservation pour les individus.
Selon Laura Wellesley, auteure d'un rapport sur la question présenté à
la COP21, le changement de régime pour les habitants de la planète leur
permettra d’être en meilleure santé : une situation «gagnant-gagnant».
La chercheuse de l'institut britannique Chatham House affirme que la
consommation de la viande dans les pays occidentaux est déjà deux fois
trop importante par rapport aux normes de quantité recommandées par un
régime sain.
Le rapport de Laura Wellesley qui a dirigé des enquêtes dans une
douzaine de pays affirme que l'idée d'une taxe sur la viande, qui est
déjà dans l'air dans certains pays, n'est pas impossible à réaliser.
Elle rappelle pertinemment l'exemple de la taxe sur les sodas imposée
dans certains pays pour lutter contre la trop grande consommation de
sucre, facteur d'obésité. L'experte estime que des mesures
contraignantes, notamment par la taxation de la viande, pourraient,
après un court temps de mécontentement, être relativement bien acceptées
si c'est dans l'intérêt public. Elle souligne que les gens attendent des
gouvernements qu'ils mènent une action sur les questions qui concernent
le bien global. «Notre recherche indique que toute réaction à des
politiques impopulaires serait probablement de courte durée, si la
justification de l'action est forte.» La force de la justification et de
l'argument, qui doit avoir cours encore en Occident, est justement ce
qui manque le plus dans nos pays.
A. H.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): A. H.

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