CRIMES COLONIAUX ET REPENTANCE: Un ouvrage collectif relance le débat

Lesoir; le Lundi 10 Decembre 2012
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Aspects de la repentance(est
l’intitulé d’un livre réunissant une dizaine d’études sur ce thème et
autour duquel furent sollicités paritairement des universitaires des
«deux rives». Outre le fait que par la sobriété, voire la neutralité
sémantique du titre il indique corollairement que ces travaux réfutent
globalement les a priori politiques et généralement les enfermements
idéologiques, il est par ailleurs remarquable qu’il ait été conçu dans
une volonté de croisement des points de vue. A l’abri du conditionnement
inévitable, que les codes de pensée d’ici et d’ailleurs façonnent
sournoisement, sa lecture nous a paru édifiante par sa pertinence
intellectuelle. Sous la direction du professeur Ismaël-Salim Khaznadar,
enseignant à l’université de Constantine, cet essai collectif constitue
une démarche originale visant à mettre en question (s) plurielle ce
rapport ambigu qu’entretient la guéguerre des mémoires avec un concept
strictement religieux : la repentance en cause. Alors que, dans le même
temps, l’on a pris l’habitude d’interpeller les historiens pour rendre
des verdicts, la préoccupation s’avère tout autre. Comme il se plaît à
le rappeler à ses interlocuteurs, Khaznadar insiste sur la genèse de ce
projet. «Il n’est, dit-il, qu’un faisceau d’études qui ne prétend ni à
la plaidoirie ni à un quelconque réquisitoire. Il se veut une sorte
d’éclairage différencié qui s’efforce de donner un nom à de grandes
souffrances afin d’en fixer enfin un sens et pourquoi pas apaiser les
mémoires.» Dans le même ordre d’idées, Mme Hélé Béji(2), auteure de la
préface, insiste sur cet objectif, mais d’une manière plus vigoureuse.
«(…) Les textes de ce recueil, écrit-elle, ont le mérite d’aller au-delà
de cette dimension personnelle et strictement morale du repentir. La
repentance, élégant vocable pour décrire une scénographie plus prosaïque
des peuples qui n’ont pas fini de régler leurs comptes et qui
poursuivent sur le plan immatériel un affrontement, où les armes
officielles leur sont interdites, n’est qu’une nouvelle façon d’en
découdre et de rejouer le passé dans des rôles qui sculptent chaque
protagoniste dans son épopée narcissique.» Voilà une solide mise en
garde qui pourrait déplaire à bon nombre de cénacles dans les deux
«outremer », — tant il est vrai que nous sommes toujours «l’outre-mer de
l’autre» ! Sauf qu’elle a le mérite de briser les miroirs déformants
afin de ne pas oblitérer par d’inutiles polémiques «l’écriture de l’acte
final» de cette histoire. Est-il, par conséquent, possible de
transcender le malentendu sur ce fameux concept et trouver les justes
vocables pour requalifier le passé ? Le maître d’œuvre de ce travail
collectif le pense également. Et c’est précisément autour de trois
questions- séquences qu’il s’en explique. Boubakeur Hamidechi
1- Publié par les éditions Barzakh - Algérie
2- Hélé Beji est agrégée de lettres modernes, elle a enseigné la
littérature à l’université de Tunis avant de travailler à l’Unesco. Elle
est l’auteure notamment de deux essais dont Islam Pride, derrière le
voile(Gallimard 2011) et Désenchantement national, essai sur la
décolonisation: in Editions Maspero 1982

Categorie(s): actualités

Auteur(s): lesoir

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