Des voix lui réclament chaque jour de s’exprimer: En attendant Bouteflika

Lesoir; le Mercredi 2 Decembre 2015
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Le président de la République n’a jamais été autant
sollicité qu’aujourd’hui. De partout, des voix s’élèvent à travers le
pays afin de réclamer un éclairage sur toutes ces affaires brûlantes qui
font sombrer à vive allure l’Algérie dans une situation inédite de
l’avis même de tous les acteurs avertis de la vie politique. Il lui est
demandé de s’expliquer directement, en personne.

Abla Chérif - Alger (Le Soir) - A priori, l’entreprise ne paraît
pas évidente. L’une des conséquences de la maladie dont souffre
Bouteflika se manifeste par une gêne, voire une grande difficulté à
parler, à s’exprimer comme il le faisait auparavant.
Quel que soit l’avis que l’on puisse avoir sur la question, ces discours
ont marqué son passage à la tête de l’Etat, mobilisé l’attention des
Algériens épris par les grandes phrases, aussi démagogiques
soient-elles, dont le but a permis néanmoins de tracer les grands
contours de la politique enclenchée.
En clair, de situer les enjeux en cours même si les projets énoncés
prêtaient à controverse ou ne voyaient pas le jour. Et c’est justement
ce qui fait défaut aujourd’hui. D’où l’appel du général Nezzar
sollicitant l’intervention directe du premier responsable du pays afin
de mettre un terme à la situation qui prévaut dans le pays. «Quelque
chose va mal dans la maison Algérie», alerte-t-il.
En observateur averti, Nezzar ne manque pas de faire le parallèle entre
l’affaire du général Hassan, condamné à cinq ans de prison pour des
faits dont il ne serait pas responsable, de l’avis de ses avocats entre
autres, et tous ces remous, ces «turbulences enregistrées au sommet de
l’Etat», «la course effrénée vers le pouvoir» et la «maladie de
Bouteflika».
Avant lui, des figures connues de la politique, de la sphère culturelle,
administrative ou sociale, se sont rassemblées pour lancer le même cri
d’alerte n’hésitant pas à demander au premier responsable du pays une
audience destinée à vérifier si les informations, la réalité des
évènements qui se déroulent lui parviennent. Ce groupe, communément
appelé groupe des 16, va même plus loin puisqu’il se dit persuadé par la
«mise en isolement volontaire du président de la République par un
groupe occulte» qui trie les informations avant de les lui faire
parvenir.
Pour l’avoir côtoyé et travaillé douze années durant au sein de son
gouvernement, Khalida Toumi se dit par exemple certaine que «le
Bouteflika que je connais n’aurait par exemple jamais permis
l’emprisonnement du général Benhadid».
Que s’est-il passé entre-temps pour que des grandes lignes de la
politique du pays soient déviées à ce point ? La question, toujours la
même, est ressassée depuis des semaines, voire des mois par les partis
politiques, celui de Sofiane Djillali, Jil Jadid, celui de Benflis, les
Avant-gardes des libertés, et même celui du MSP, Mokri, doit-on le
rappeler ayant l’un des premiers hommes politiques à solliciter une
entrevue avec le président de la République afin de briser le mur qui
l’entoure. A défaut d’une rencontre avec Bouteflika, Mokri a eu cet
entretien avec son chef de cabinet, Mr Ouyahia. Des critiques ont fusé,
le responsable du MSP aurait dû s’en tenir à sa première demande et
refuser l’entrevue avec M. Ouyahia, affirmaient alors y compris ses
proches collaborateurs.
La raison en est simple : elle découle d’un besoin vital de
clarifications, de recentrage au cours des grands axes qui ne peut en
aucun cas s’exprimer par des personnes, aussi proches soient-elles du
cercle présidentiel, de messages ou de lettres lues à la Nation.
La lettre lue au 20h pour le 1er Novembre est d’ailleurs passée
quasiment inaperçue. Contrairement à cela, la rencontre organisée entre
le président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et le
président de la république a réussi à rassurer et clarifier la position
de l’Algérie au sujet du Sahara occidental au moment où des voix se sont
exprimées de l’intérieur même du pays pour tenter de donner une nouvelle
orientation au dossier.
La présidence de la République savait pertinemment qu’un simple
communiqué n’était pas en mesure d’aplanir les doutes. Et tous les
acteurs avertis de la scène politique algérienne savent pertinemment que
cette fâcheuse manière de s’adresser aux Algériens uniquement par des
communiqués ou des messages a conduit au doute et au cafouillage qui
prévaut aujourd’hui. Plus grave, de l’avis général, le vide laissé en
matière de communication présidentielle a induit de fait à la
confiscation de la parole du premier magistrat du pays.
Au cours des semaines écoulées, l’on a vu des responsables de partis
politiques et des personnalités publiques s’exprimer sur des sujets
brûlants, voire dangereux pour l’avenir immédiat ou lointain du pays,
alors qu’ils nécessitaient l’intervention directe de Bouteflika. Le
secrétaire général du FLN s’est notamment érigé en véritable
porte-parole du président de la République.
L’importance des discours à la nation, l’importance de voir un premier
responsable s’adresser aux citoyens n’est pourtant pas le propre de
l’Algérie. On a vu François Hollande (c’est le dernier exemple en date)
s’adresser, tout tremblant, aux Français pour les rassurer alors même
que les attentats se poursuivaient dans les rues de Paris.
Chez nous, la maladie de Bouteflika l’empêche de s’exprimer certes, mais
des rencontres telles que celle qui s’est produite avec le Président
sahraoui permettraient de dégoupiller la situation. A moins qu’il ne
faille attendre la prochaine révision constitutionnelle et les
changements qu’elle pourrait introduire pour régler le problème à
travers un vice-président. Mais nous n’y sommes pas encore…
A. C.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): A. C.

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