DIGOUTAGE: Mokrani, la lumière

Lesoir; le Dimanche 7 Decembre 2014
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Par Arris Touffan
Mauvaise nouvelle. Encore une. Abdelwahab Mokrani, artiste-peintre de génie,
probablement le plus grand de sa génération, s’est donné la mort à Alger.
Certes, c’était dans l’ordre du possible mais on a toujours du mal à envisager
le passage à l’acte. Mokrani était un personnage à la Kateb Yacine et Issiakhem,
une torche vivante, un brûlot ambulant, une incandescence créatrice. Il se
consumait de génie et de mal-être. Il était à l’étroit dans sa société, dans son
temps, dans son corps même. A l’instar des plus grands artistes, indociles à la
règle, il s’est aménagé une place dans la marge, incompréhensible pour les
femmes et les hommes dont la vie est inscrite sur la portée de la norme. Il a
vécu dans la démesure du geste, de la parole et dans un dénuement socratique. Il
a vécu à la vitesse de la lumière qui était en lui, qui était lui. «Si je ne
brûle pas, si tu ne brûles pas, si nous ne brûlons pas, comment les ténèbres
deviendraient-elles lumière», disait Nazim Hikmet. Mokrani nous a amplement
donné, par ses multiples brûlures, notre part de lumière.
A. T.
arrisetouffan@yahoo.fr 

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): Par Arris Touffan

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