ÉCONOMIE ET BANQUES

Lesoir; le Mardi 18 Decembre 2012
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La prise en charge par M. le Premier ministre
des domaines économie et banques augure un nouvel élan à la croissance
de notre pays. Cela pourrait constituer une plateforme de développement
de la société par la création de richesses, productivité et emplois. La
force de travail et la créativité de l’individu étant des facteurs
déterminants de croissance des sociétés. Hélas, il est connu de tous
qu’actuellement, les banques étatiques se limitent à un secteur public
déficient soutenu par des subventions sur budget de l’Etat ou
distribuent des crédits ne contribuant pas à l’amélioration des
indicateurs économiques, la ressource naturelle étant encore la seule
alternative des rentrées de devises servant les importations nécessaires
au pays. Les banques sont ainsi réduites et certains de leurs dirigeants
s’enferment dans la servitude des zones d’influence et clients qui ne
respectent pas les principes économiques. Par ailleurs, les magistrats
profanes dans le secteur des banques ne font même pas la différence
entre un crédit à une société économique ou industrielle et un simple
prêt à particulier. Devant ces faiblesses, les scandales sont toujours
imputés à la base, c'est-à-dire les maillons faibles que sont les
exploitants en agences, ce qui affaiblit les performances. Je crois que
l’Algérie est le seul pays au monde où un dirigeant de banque accorde en
toute impunité des crédits colossaux et sans mesure à un client. Malgré
des impayés depuis le premier crédit et pendant plus de dix ans, il
continue à le soutenir sans faille en transformant les impayés en
crédits à moyen terme jusqu’au scandale. C’est aussi le seul pays au
monde où le terme renouveler prend un sens d’interdits, injustement
condamnable chez les magistrats. Par les bonnes grâces d’un P-dg de
banque qui présidait le comité central de crédit, un client avait obtenu
des financements importants, au-delà de ses capacités professionnelles
et défiant toutes les normes bancaires. Ce client opportuniste s’est
trouvé par la volonté de son banquier une vocation d’importateur de
farine, fabricant de meubles, bâtisseur dans la réalisation de marchés
publics et promoteur. Depuis 1997 et pendant plus de dix ans, des
crédits excessifs et non justifiés lui ont été accordés sans qu’il
puisse en assurer le remboursement aux échéances. Pour l’exemple, en
2002, ce banquier envoie une décision de renouvellement de crédit avec
augmentations pour être exécutée par l’agence dans laquelle il reconnaît
que ce client n’a pas honoré ses engagements avec la banque. En 2003,
malgré l’insolvabilité confirmée du client, il envoie une autre décision
à l’agence pour renouveler les lignes de crédit avec encore des
augmentations malgré des avis défavorables de l’agence, la direction
régionale et l’inspection régionale. Il précise pourtant dans sa
décision que «l’issue des engagements devient de plus en plus
incertaine» mais la justifie par la présence de garanties, ce qui est
contraire à toute logique bancaire. Une banque finance le plan de
charges d’une activité productive dans les limites des capacités du
client et non des garanties. En 2004-2005, il accorde encore d’autres
crédits supplémentaires dans la construction. Le 28 mai 2006, il ordonne
à l’agence de renouveler purement et simplement les autorisations en
cours à hauteur des engagements au jour de sa décision. En juin 2009,
après des articles de presse sur la fuite de capitaux par ce client vers
l’étranger parmi d’autres, ce banquier charge des inspecteurs «choisis»
pour accuser des directeurs d’agence de dilapidation de deniers publics
à travers un rapport confus et trompeur puisqu’il a faussement repris
les mouvements financiers à l’intérieur des autorisations de crédit
profitant de la méconnaissance bancaire par les magistrats. Ces
inspecteurs expliquent aussi dans leur rapport que «renouveler des
autorisations signifiait interdire des crédits additionnels». Plus tard,
en 2012, un inspecteur déclare devant un magistrat instructeur que la
décision en cause du 28 mai 2006 interdisait des crédits additionnels en
raison de fuite de capitaux par le client vers l’étranger. La direction
générale de la banque avait donc cette information avant 2006 et n’avait
pris aucune mesure ni avant 2006 ni au courant de 2006, ni en 2007, ni
en 2008. Les journaux l’ont contraint à se dévoiler en fuyant ses
responsabilités en faisant accuser autrui arbitrairement en juin 2009
avec une fausse interprétation de la décision de crédit du 28 mai 2006
et un rapport maquillé. Un dirigeant de banque n’a pas pour rôle et
mission de distribuer les ressources de cette manière, il devrait plutôt
veiller au bon fonctionnement des différentes fonctions de la banque par
une motivation optimale du personnel, par le développement d’une culture
d’entreprise en mettant la population au cœur de ses préoccupations et
veiller à ce que le client soit bien reçu au niveau des guichets de la
banque. Les règles bancaires sont universelles et ne nécessitent pas de
nouvelles instructions ni du Premier ministre ni de la Banque d’Algérie.

La justice ferme la boucle
A quoi servent de telles banques qui ne savent même pas mettre en place
des politiques managériales et des financements sains pour soutenir
l’économie nationale en utilisant les capacités de gestion à travers ses
cadres ? Une banque n’a pas pour vocation de distribuer des crédits
excessifs et sauvages sans contreparties économiques et par la suite
sacrifier ses cadres. A quoi servent de telles banques inefficaces qui
n’arrivent même pas à bancariser la population, laissant le marché
informel prospérer ? On sait que les transactions commerciales dans
l’informel se réalisent avec des sacs de billets de banque, la masse
monétaire dans ce marché ayant atteint près de 50 % thésaurisée n’évolue
pas dans les circuits formels. Enfin, la justice ferme la boucle
manquant de professionnalisme avec des procès expéditifs sans même une
expertise dans ce genre d’affaire assez complexe qui échappe aux
compétences des juges. Le problème central de l’Algérie n’est pas
complexe, il est simple : mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il
faut. N’oublions pas que ce sera toujours la valeur des hommes qui
garantira la valeur des choses.
Abdelkader Benadla, maître en administration des affaires, ex-DGA de
banque en retraite

Categorie(s): voxpopuli

Auteur(s): lesoir

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