ÉGYPTE : Morsi recule, l’opposition veut davantage

Lesoir; le Lundi 10 Decembre 2012
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L’opposition égyptienne a fini par hérisser le poil grisonnant de la barbe du président Mohamed Morsi. Sa foi en son pouvoir absolu est un tantinet ébranlée. Contraint de rétropédaler, Morsi a accepté samedi de retirer son décret controversé par lequel il a tenté de s’arroger des pouvoirs étendus. La principale coalition de l’opposition doute de sa sincérité. Elle soupçonne une manœuvre politicienne. On ne peut pas accuser l’opposition égyptienne d’exagérer la surenchère politique. Elle a tout à fait raison de faire preuve d’extrême prudence face à un président manœuvrier et qui fait de ses reculs des points d’appui pour de plus grandes détentes. Il en a, au demeurant, usé plus d’une fois, avec d’abord le Conseil des forces armées, puis avec le procureur général du Caire qu’il avait limogé pour ensuite le réhabiliter. C’est pour l’avoir vu ainsi agir que l’opposition ne le crédite pas de confiance lorsqu’il décide de retirer son fameux décret. Surtout qu’il n’a consenti qu’à cela. Acculé en effet par une opposition déterminée à le gêner dans ses perspectives de président hégémonique, ennemi des libertés, Mohamed Morsi s’est gardé d’aller au bout de ses concessions. S’il a daigné retirer le décret contesté, il a cependant maintenu son projet de Constitution dans sa mouture élaborée par une commission dominée par les Frères musulmans et a aussi maintenu la date initiale du référendum. Le camp des Frères musulmans, qui prête mainforte au président Morsi dans cette épreuve de force, a pitoyablement tenté d’expliquer que le report du référendum en question était impossible, du fait que le mécanisme institutionnel statue que la consultation a lieu dans les 15 jours qui suivent la remise du projet de texte constitutionnel au président. L’argument est un peu léger. L’opposition réclame une décision politique pour son report. Samedi, Mohamed Morsi a dû se parler à lui-même, puisque la principale force de l’opposition a décliné son invitation au dialogue. A défaut d’avoir le Front du salut national (FSN) à la table des consultations, Mohamed Morsi s’est contenté de recevoir les convives qu’il a pu. Le mouvement du 6 avril, très actif au sein de la coalition présidée par Mohamed El Baradei, a déjà fait savoir qu’il juge insuffisant le geste consenti par Morsi de retirer le décret du 22 novembre dernier. Il reste à savoir si le mouvement, qui a joué un grand rôle dans le renversement de Hosni Moubarak, parviendra à partager son attitude- ci avec le reste de la composante du FSN. Et à prendre en compte la déclaration de Mohamed El Baradei sur son compte Twitter, la tâche ne sera pas si ardue qu’elle puisse paraître. Le président du FSN a clairement soutenu que le front ne ménagera aucun effort pour arrêter une constitution liberticide. Une même position, donc, que celle affichée par le mouvement du 6 avril. Le FSN devra faire savoir sa position à l’issue de sa réunion d’hier dimanche. Une journée qui a vu des avions de guerre, des F-16, survoler le Caire à basse altitude. C’est dire que la situation est restée toujours tendue. Les militaires, qui ont de leur côté appelé à l’engagement d’un dialogue politique, ont déclaré ne pas demeurer en spectateurs si le trouble venait à persister davantage.
Sofiane Aït Iflis

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Sofiane Aït Iflis

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