ÉGYPTE, TUNISIE, LIBYE : Ces printemps qui déchantent

Lesoir; le Samedi 8 Decembre 2012
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Cela fera bientôt deux ans depuis que le monde arabe a basculé dans une zone de turbulence à laquelle il n’était ni préparé ni prédestiné. Ce qu’on appelle, à tort, « le printemps arabe » et qui a curieusement épargné toutes les monarchies du Golfe, là où justement n’est toléré aucune des libertés fondamentales, n’aura finalement profité qu’aux islamistes. Comme prévu.
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) Ils ont déjà le pouvoir en Tunisie et
en Egypte où Ennahda et les Frères musulmans», respectivement,
contrôlent tout. A peine installés au pouvoir, les intégristes tunisiens
et égyptiens entreprennent d’accomplir la providentielle victoire par
une islamisation en profondeur de la société et des institutions. C’est
ainsi qu’en Tunisie, où le statut de la femme est le plus moderne dans
le monde arabe depuis Bourguiba, des affrontements sont devenus
fréquents entre les islamistes et les associations féminines, les
syndicats ou des partis progressistes. Habitués à un certain mode de
vie, les Tunisiens refusent obstinément le diktat des nouveaux maîtres
de Tunis, mais c’est en Egypte que ce rejet de l’assaut islamiste tourne
à une véritable confrontation depuis quelques jours. Les forces
progressistes au pays des pyramides remontent au créneau de manière
spectaculaire pour sauver l’Egypte d’un pouvoir islamiste absolu comme
tentent de le faire «en douce», Morsi et son parti à travers une
déclaration constitutionnelle et un décret ficelé sur mesure. Pour
l’actuel président, mais plus inquiétant encore, pour l’hégémonie de la
Charia sur la Constitution et donc sur l’ensemble de la législation du
pays. En Libye, c’est encore pire : au régime «clownesque» de Kadhafi
succède une situation chaotique de non-Etat, faisant de ce vaste pays un
enfer pour ses propres ressortissants et une grosse source de problèmes
de sécurité pour l’ensemble de ses voisins, l’Algérie particulièrement.
Il ne faut jamais oublier que la crise du Mali, c’est d’abord la
conséquence immédiate de la chute brutale de l’ancien régime libyen. Les
forces de l’Otan, qui ont accompli «la révolution populaire» en Libye
via des raids aériens intensifs pendant huit mois, se sont contentées de
l’essentiel à la fin des opérations : la protection des gisements et
sites pétroliers. A aucun moment, ou alors si peu, les coalisés ne se
sont préoccupés du sort des gigantesques stocks d’armement de l’ancien
régime qui finira comme butin de guerre dont profiteront des nababs
locaux, mais aussi les terroristes d’Al-Qaïda au Maghreb. C’est
d’ailleurs cette organisation terroriste qui a mis à genoux le Mali.
Outre une guerre civile larvée qui se poursuit en Libye, en dépit d’un
black-out total sur l’information, il est quasiment certain qu’Al-Qaïda
y trouve une base arrière dont elle n’osait même rêver du temps de
Kadhafi. Il faut dire aussi que l’Otan est passée à autre chose depuis :
mener et accomplir une autre «révolution populaire» en Syrie. Le Qatar,
comme d’habitude, la Turquie, bien sûr, accomplissent, dans cette
affaire syrienne, le gros du travail. Ainsi, à défaut d’une intervention
militaire à la libyenne, ces deux pays se chargent de financer, armer et
même entraîner les rebelles syriens, majoritairement islamistes bien
entendu avec le résultat que l’on sait. Face à l’un des régimes les plus
«policiers » et les plus féroces de la planète, les combats occasionnent
des dizaines de morts quotidiennement parmi les belligérants mais
surtout le peuple syrien, et des centaines de milliers de réfugiés. Un
drame humanitaire en soi et qui risque de prendre des proportions encore
plus alarmantes. Pour quelle finalité ? Y implanter la démocratie ? Il
faudrait peut-être rappeler qu’un autre peuple, celui du Bahreïn, avait
cru, un moment, que lui aussi était concerné par la vague du printemps
arabe. La majorité chiite amorcera alors des manifestations pacifiques
contre le régime monarchique détenu par la minorité sunnite. Pour
quelques jours seulement, puisque cette révolte sera immédiatement
écrasée par des troupes militaires dépêchées par les régimes qatari et
saoudien ! Et bien sûr, l’ONU, l’Otan, Washington et toute la smala
n’ont rien vu…
K. A.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): K. A.

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