Enquête-Témoignages: boulot à la maison : pépère ou contraignant ?

Lesoir; le Samedi 9 Mai 2015
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Par Soraya Naili
Il y a des gestes que certains chanceux ne connaissent pas : régler le
réveil à six heures du matin, sauter du lit aux aurores, affronter les
sempiternels bouchons pour rejoindre leur lieu de travail, tourner en
rond dix fois avant de dénicher une place où se garer, se nourrir de «junk
food» bourrée de cholestérol à la pause-déjeuner et se coltiner deux
heures d’embouteillages pour rejoindre leurs chaumières. Et pour cause,
ces sacrés veinards ont des boulots qui leur permettent de bosser à
partir de chez eux à l’exemple des écrivains, correcteurs, chroniqueurs,
journalistes freelance… Est-ce vraiment la panacée de bosser à distance
? Témoignages.

Leila, 35 ans
Mariée et mère d’une petite fille âgée de deux ans, Leïla (35 ans)
collabore en free-lance pour plusieurs publications et maisons
d’édition. «Comme tout le monde, j’ai connu les réveils matinaux par
météo glaciale, les transports en commun bondés, les embouteillages
infernaux et tutti quanti... Mais après la naissance de ma fille, j’ai
choisi de bosser autrement. Grâce à mes nombreux contacts, j’ai
régulièrement du travail d’écriture et de correction que je peux
effectuer tranquillement chez moi avant de l’envoyer via internet. Cela
me donne plus de liberté dans le sens où je peux organiser ma journée
tout en prenant le temps de me consacrer à mes obligations familiales.
Ainsi par exemple, pas besoin de confier ma fille à une nounou. Je
mesure la chance de profiter de chaque moment passé avec elle et de la
voir grandir. Faire mes courses, cuisiner, jouer avec la petite, prendre
un thé l’après-midi avec une amie... J’organise mon emploi du temps
comme je veux. J’avance à mon rythme et m’arrête dès que je me sens
lasse. Pour moi, c’est un grand privilège de travailler ainsi sans
contrainte d’horaires, de transport... Mes sœurs soumises aux huit
heures par jour m’envient vraiment. Mes rentrées financières ne sont pas
régulières mais sont néanmoins correctes. Subir le stress de la course
contre la montre ne me tente pas du tout. Moins de revenus, certes, mais
une vie plus cool, je ne regrette pas mon choix.»

Samiha, 49 ans
Les salles de rédaction bruyantes et enfumées, très peu pour Samiha (49
ans). Forte de sa licence en langue française et de son expérience en
tant que prof de français, cette quadragénaire a fini par adopter un
autre style de vie. «Je reçois des manuscrits d’auteurs à corriger, des
communiqués de presse à rédiger pour des boîtes de communication et des
travaux d’écriture en général, confie-t-elle. Il y a quelques années,
mon mari a eu un grave accident de voiture. Du jour au lendemain, j’ai
dû démissionner de mon poste d’enseignante au lycée pour m’occuper de
lui. Afin de ne pas rester inactive, j’ai pris des travaux de correction
et de relecture à la maison.
Cela me permet de gagner ma vie tout en servant de garde-malade à mon
conjoint lourdement handicapé. Généralement, je consacre mes matinées au
ménage et à la popote. Après une pause d’une demi-heure, je me mets
devant mon ordinateur.
Evidemment, l’organisation et la motivation sont très importantes
lorsqu’on travaille seule. On est souvent tenté d’aller s’étendre sur le
canapé pour regarder un film, pour lire un bouquin ou faire une grosse
sieste. Personnellement, je travaille environ quatre heures par jour à
l’exception du vendredi. Au fond, l’ambiance entre collègues me manque.
En travaillant seule, je me sens un peu isolée du monde. Ce n’est pas
très épanouissant de manquer d’échanges ! Si le destin ne m’avait pas
mise sur cette route, je serais encore prof au lycée. Communiquer avec
des jeunes élèves et avec mes collègues me manque beaucoup, je l’avoue


Nassima, 45 ans
Nassima cumule plusieurs casquettes. Elle s’occupe de correction et de
relecture, réalise des reportages pour la presse, signe des scénarios et
fait partie d’un comité de lecture pour une maison d’édition. «Mes
journées sont pleines, confie-t-elle. Je fais plusieurs choses à la fois
et j’avance assez vite puisque je travaille chez moi.
Un gain de temps considérable par rapport aux inextricables
embouteillages pour se déplacer d’un point à l’autre de la capitale. Ça,
c’est le côté positif ! Néanmoins, mon mari et mes deux adolescents ont
tendance à croire que, puisque je suis à la maison, je suis plus
disponible.
Résultat des courses : ils ont la fâcheuse manie de se décharger sur moi
: des photocopies à faire, un livre à acheter, un document d’état civil
à faire légaliser, un cadeau à acheter... sans compter leurs exigences
gustatives qu’il faut combler chaque jour : «Maman prépare-nous des m’hadjeb.
Maman, j’ai envie d’un moelleux au chocolat, etc.» Ils oublient que j’ai
une tonne de boulot à abattre et que jongler entre travail intellectuel
et ménage est loin d’être une sinécure !
Rester bien au chaud à la maison pour travailler alors que les autres
affrontent tous les aléas de la jungle urbaine a, certes, quelque chose
de réjouissant à condition toutefois de ne pas vivre en vase clos et de
garder le contact avec ses semblables. Et si c’était ça le vrai bonheur
?

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): lesoir

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