ENQUÊTE-TÉMOIGNAGES: Marâtres, des «Cruella» en puissance

Lesoir; le Samedi 1 Decembre 2012
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Par Sabrinal
Quel rôle jouent ces marâtres dans leur nouvelle famille ? Comment
composent-elles au quotidien avec les enfants de leur époux ? Comment
vivent-elles dans l’ombre d’une ex ? Pourquoi ne sont-elles pas en odeur
de sainteté aux yeux de la société, en général, et de leurs
beaux-enfants, en particulier ?Elles sont caricaturées, brocardées, moquées, détestées. Même si
elles n’ont ni ongles crochus ni poils au menton, les marâtres ont très
mauvaise presse. Déjà, dans les contes populaires, la marâtre a toujours
eu le mauvais rôle : méchante, autoritaire, cruelle, diabolique,
tyrannique... Comme dans La vache des orphelins, Cendrillon ou Blanche
Neige et les sept nains, ces mères de seconde main ont la réputation
d’être impitoyables. Leur passe-temps favori : comploter jour et nuit
afin d’envoyer leurs beaux-enfants ad patres. Ces femmes auraient
préféré prendre le mari sans le pack «rejetons», mais le destin en a
décidé autrement. Témoignages.
Mounia, 31 ans
Ça passe ou ça casse. Pas toujours évident pour une femme de
recevoir en bonus, dans la pochette surprise du prince charmant, des
enfants du premier lit. Investir un foyer où règne l’ombre d’une
ex-femme n’est pas une sinécure. C’est un peu comme si on avançait en
terrain miné. En épousant son collègue, veuf avec deux enfants, il y a
18 mois, Mounia a eu la sensation de sauter d’une falaise sans filet ni
parachute. «Mes parents m’avaient mise en garde. Elever les gosses d’une
autre ne sera pas un jeu d’enfant, m’ont-ils prévenu. Mais vous savez,
lorsqu’on est amoureuse, on est sur un petit nuage rose ! J’ai fait la
connaissance de mes beaux-enfants. Le petit a 5 ans. Il m’appelle maman
et tout se passe bien avec lui. En revanche, ma relation est
conflictuelle avec l’aîné de 12 ans. Il monte sur ses ergots à tout bout
de champ, me rappelant que je suis dans «sa» maison, à la place de «sa»
maman et que je lui ai volé «son» papa. Toujours sur la défensive, il
rechigne à faire ses devoirs, fait des caprices à table, met le bazar
dans sa chambre et me répond effrontément. Avec lui, c’est toujours la
guerre. Lorsque son père le gronde, mon beau-fils se met à pleurer à
gros bouillons. Mon mari culpabilise juste après, et court le consoler.
Je suis à bout de nerfs. Cette situation m’épuise surtout que les choses
ne semblent pas s’arranger. Loin de là ! Récemment, pour mon
anniversaire, mon mari m’a fait la surprise en m’invitant au restaurant.
Juste avant notre départ, le diablotin a commencé à se plaindre de
douleurs au ventre et à la tête. Inquiets, nous avons préféré annuler la
sortie.
«Ma relation est conflictuelle avec l’aîné de 12 ans. Il monte sur
ses ergots à tout bout de champ, me rappelant que je suis dans «sa»
maison, à la place de «sa» maman et que je lui ai volé «son» papa. Avec
lui, c’est toujours la guerre. Lorsque son père le gronde, mon beau-fils
se met à pleurer à gros bouillons. Mon mari culpabilise juste après, et
court le consoler.»
Comme par magie, il a aussitôt retrouvé la forme, arborant un grand
sourire machiavélique. Le pire, c’est que mon conjoint lui passe tous
ses caprices, me serinant continuellement qu’il est orphelin et que de
ce fait, il est plus vulnérable qu’un enfant normal. Pourtant, j’ai tout
fait pour me rapprocher de lui, mais il me rejette systématiquement
comme si j’étais une mère «au rabais». Ces tensions entre mon beau-fils
et moi créent un climat tendu dans mon foyer. Le quotidien ressemble à
un cauchemar. J’ai beau user de psychologie pour instaurer une meilleure
relation avec le fils de mon époux, rien n’y fait. Si j’ose lui faire la
moindre remarque, il me rappelle du tac au tac ‘’T’es pas ma mère !’’,
comme s’il m’en voulait d’avoir usurpé la place de sa maman biologique.»
Nacima, 34 ans, mariée, deux enfants
Même si elles y mettent de la bonne volonté, certaines marâtres
tombent sur un os. De leur côté, les enfants élevés par des belles-mères
sont loin de tarir d’éloges à leur sujet. C’est le cas de Nacima (34
ans, mariée, deux enfants). «Mon père avait divorcé de ma mère pour
épouser sa secrétaire. Une histoire classique. Nous sommes restés mes
deux frères et moi chez mon père car mes grands-parents maternels ont
exigé de mon père d’assumer ses responsabilités. Et voilà comment nous
avons atterri dans le terrier d’une marâtre impitoyable ! D’abord, elle
nous a fait un lavage de cerveau prétendant que notre mère biologique
nous détestait. Puis, elle nous a exploitées au maximum. Nous étions à
son service jour et nuit. Personnellement, j’étais devenue sa bonne à
tout faire. Je faisais le ménage, la cuisine, les courses… Elle se
prélassait devant la télé, pendant que je récurais, astiquais, briquais
la maison. Ma marâtre a eu quatre enfants avec mon père et j’ai encore
donné de ma personne en jouant les baby-sitter passant des nuits
blanches et négligeant mes études. J’ai redoublé ma classe de seconde et
fais chou blanc au bac. Mon père, auprès duquel je me plaignais parfois,
faisait la sourde oreille. En réalité, il avait peur d’elle et n’a
jamais levé le petit doigt pour prendre ma défense. Pour fuir cet enfer,
j’ai accepté la demande en mariage du premier prétendant qui a frappé à
notre porte. Même là, elle a voulu mettre son grain de sel. Visiblement,
cela ne l’arrangeait pas de perdre sa femme de ménage attitrée. J’ai eu
la chance de tomber sur un bon mari mais je continue à nourrir une haine
féroce envers celle qui m’a volé mes plus jeunes années», assène Nacima.

Salim, 17 ans, étudiant, le «mahgour» de la famille
Une relation harmonieuse entre marâtre et enfants du premier lit
est-elle à ce point mission impossible ? Autre témoignage avec Salim (17
ans, étudiant). «Aucune femme ne peut aimer les enfants de son époux
d’un amour sincère», estime-t-il. Ce jeune adolescent a préféré aller
vivre chez ses grands-parents paternels après le divorce de ses parents
et le remariage de sa maman. «Ma marâtre ne pouvait pas me voir même en
peinture, confie-t-il. Elle privilégiait ses propres enfants et n’avait
aucune compassion pour moi. Fringues, nourriture, sorties, argent de
poche… mes demi-frères avaient tout ce dont ils avaient besoin. Moi,
j’étais le ‘’mahgour’’ de la famille, le laissé-pour- compte, le fils de
‘’l’autre’’. Ma marâtre montait mon père contre moi se plaignant de
prétendues misères dont elle aurait été victime de ma part. De disputes
en conflits, j’ai fini par craquer. J’ai quitté cette ambiance infernale
pour me réfugier chez mes grands- parents. Cette ‘’setouta’’ doit
certainement jubiler. A présent, elle a mon père pour elle seule !»
Nafissa, 42 ans
Bien que rares, il arrive que les rapports entre marâtre et
beaux-enfants soient chaleureux, comme nous le confie Nafissa (42 ans).
«Après la mort de ma mère, j’ai été élevée par la femme de mon père.
Elle s’est montrée affectueuse et juste avec moi, me traitant de la même
manière que ses propres enfants. Aujourd’hui, c’est une femme âgée, mais
mon affection a son égard reste intacte. » Comme quoi, des exceptions
existent. L’homme est capable du pire comme du meilleur ! Aimer, c’est
ce qu’il y a de plus beau !

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): lesoir

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