ENQUÊTE-TÉMOIGNAGES: Parents, enfants : quand Dame Nature impose son empreinte

Lesoir; le Samedi 22 Decembre 2012
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Par Katya
Kaci
Que ce soit d’un point de vue physique avec des ressemblances
parfois frappantes entre les parents et leurs enfants : même visage,
carrure identique ou encore un air de famille qui marque la filiation
d’un enfant à sa famille, que de celui des critères plus insondables
pour lesquels se mêlent acquis génétiques et mimétisme parental tels le
caractère, les goûts ou encore la gestuelle se retrouvent comme par
magie transmis d’un parent à son descendant.Ainsi, la transmission génétique s’associe avant toute chose aux
critères physiques partagés entre un enfant et son parent : les mêmes
yeux que la maman, le même nez que le papa, ou encore la voix de tonton
; un lien commun qu’on appelle air de famille et qui permet quelquefois
de tisser des liens forts entre l’adulte et sa réplique enfantine. Car
si la nature permet la transmission de critères purement physiques dus
au partage du patrimoine génétique, elle ouvre un champ plus large aux
enfants qui s’identifient aux parents qui leur ressemblent en adoptant
aussi bien ces gestuelles d’adultes que ces penchants professionnels ou
artistiques ; ce qui expliquerait l’existence dans certaines familles de
plusieurs membres exerçant le même métier ou partageant la même passion.
Ghania, 32 ans : «J’ai eu du mal à en croire mes yeux !»
Cette enseignante trentenaire est l’heureuse maman d’une petite
Lamia de 6 ans ; une paire qui fait souvent s’arrêter les passants tant
la ressemblance est frappante. «Au début, les membres de ma famille me
disaient que ma petite me ressemblait, mais je ne prenais pas cela au
sérieux. Tous les enfants ressemblent à leurs parents et tout le monde
dit cela sur tout le monde. Cependant, plus les années passaient, plus
je constatais que réellement ma petite Lamia tenait beaucoup de moi :
les mêmes yeux bleus avec la même forme, le nez, la bouche, la forme du
visage, le teint et les cheveux, tout était à mon image. Un petit tour
dans les albums de famille a achevé de me convaincre ; je n’en croyais
pas mes yeux, c’était moi à son âge, un sosie parfait ou si vous
préférez un portrait craché de sa maman comblée par tant de points
communs. Un état de choses qui plaît particulièrement à ma mère qui
revit à travers sa petite- fille sa jeunesse passée. Du coup, elle
propose régulièrement de garder la petite qu’elle dit préférer à tous
ses autres petits-enfants.»
Yasmine, 31 ans. «Dans notre famille, nous sommes trois paires
identiques»
«Je ne parle pas bien sûr de ressemblances physiques ; dans notre
famille, nous sommes trois filles et trois garçons, l’air de famille que
nous partageons est indéniable, je parle plutôt de ressemblances plus
profondes, plus subtiles, relatives aux caractères, aux goûts et aussi à
la gestuelle. Ainsi, ma sœur aînée, Lila, s’est toujours entendue plus
que tout avec notre plus jeune frère ; une entente qui était grandement
due au fait que tous les deux ont le même caractère expressif et un peu
égoïste. Elle, aînée, chouchoutée, et lui, petit dernier chéri à sa
maman. Pour ma part, je réalise de plus en plus que je ressemble
fortement à mon père ; physiquement déjà, je tiens de lui la forme du
visage et les yeux, mais ce que nous partageons encore plus fortement
est notre passion pour les sports de combat, particulièrement pour le
karaté-do dans lequel nous avons gravi tous les échelons. Nous sommes
tous les deux ceinture noire ; en plus, nous avons la même façon de
gérer les choses ; avec diplomatie et complaisance, nous cédons toujours
notre part en échange de la tranquillité de l’esprit. Ma mère se
retrouve parfois à nous crier tous les deux tant elle se retrouve devant
la même placidité souvent déroutante ; un trait que j’ai hérité de mon
papa et que je n’explique que par une transmission génétique. Des choses
pareilles ne peuvent s’apprendre, elles naissent en nous. Enfin, mon
frère cadet et ma mère sont connus dans toute la famille pour leur
caractère bougon, ils râlent pour un oui ou pour un non, et sont
toujours fâchés avec quelqu’un de leur entourage. On parle chez nous de
partage équitable, et franchement, on ne s’ennuie que rarement dans
notre maison.»
Slimane et Ramzy, un papa et son enfant qui se ressemblent comme deux
gouttes d’eau
Cette ressemblance d’abord physique a achevé de combler la maman de
Ramzy lorsqu’avec le temps, elle voyait son petit partager plus que le
nez et les fossettes avec son mari adoré. «Je trouve mon époux très
beau, c’est ce qui m’a séduit chez lui ; c’est donc avec un grand
plaisir que je notais les traits qu’il a légués à notre enfant : c’est
le même homme incarné dans ce petit bonhomme, ils se ressemblent
tellement que s’en est impressionnant. Les années passant, les traits
communs sont devenus encore plus marqués ; la même démarche, les mêmes
gestuelles d’expression et les mêmes mimiques ; un petit rictus qui
trahi un sourire caché et le même froncement de sourcils quand ils sont
fâchés. Mais Slimane est aussi un grand macho ; un trait qui me plaît
moins, puisque je subis au quotidien sa jalousie maladive. Eh bien, mon
Ramzy devient de plus en plus une réplique de son père. Par exemple,
quand je m’apprête à sortir, il me rappelle gentiment que je dois mettre
mon foulard et quand on lui demande ce que va faire sa maman pendant
qu’il ira avec son père en promenade, il répond tout mignon qu’elle
gardera la maison. Un petit travers qui appuie ma thèse qui repose sur
le fait que le partage de caractéristiques entre parent et enfant n’est
pas uniquement dû à la génétique mais aussi et beaucoup à un acquis
auprès des membres de la famille. Un apprentissage et un mimétisme qui
achèvent de parfaire la ressemblance entre un père et son fils ou une
mère et sa fille.»
Djamila, 45 ans. «Mon fils aîné ressemble plus à son grand-père qu’à
son père !»
«Pour cette mère de famille, les liens de parenté sont parfois
impénétrables. Après notre mariage, mon époux et moi avons élu domicile
dans la villa de mes beaux-parents. Nous y avons vécu près de dix ans,
et c’est durant cette période que j’ai mis au monde mon premier enfant.
Un garçon que tout le monde adorait surtout son papi qui le sortait tous
les jours et ne manquait jamais de le gâter en lui offrant des
friandises ou des cadeaux. Un lien que nous voyions se prononcer de jour
en jour. Mon fils ressemblait déjà beaucoup à son grand-père, il tenait
de lui les yeux et le nez. Mais vers l’âge de huit ans, il a commencé à
avoir les mêmes manières que le patriarche. Déjà, il prenait cet air
sérieux et moralisateur que son ancêtre revêt à chaque prise de
position. A dix ans, Lamine parlait en homme mûr et instruit des travers
de la vie ; il conseillait son père quand celui-ci se plaignait de son
travail et me faisait de grandes leçons de morale quand je me disputais
avec mon mari à propos de choses et d’autres. Il me disait par exemple
que le secret de l’harmonie familiale était surtout le sacrifice :
«Laisse papa croire qu’il a raison, et tu verras qu’il sera plus gentil
avec toi.» Une maturité qui me mettait souvent en déroute car mon petit
parlait comme un grand, mais cela ne m’inquiétait pas outre mesure
puisque mon beau-père me tenait le même langage. J’imagine qu’ils
discutaient entre eux de nos problèmes de famille et que l’adulte
prenait l’enfant pour son égal, chose qui ne m’a pas déplut, du moment
qu’il ne lui inculquait pas de mauvais comportements. Notre déménagement
de la maison familiale n’a pas réussi à anéantir une telle relation
fusionnelle car mon fils se rendait tous les après-midis après l’école
chez ses grands-parents, et ce, jusqu’à sa terminale. Aujourd’hui,
Lamine a fini ses études mais il ressemble de plus en plus à son papi.
Comble du hasard, il a suivi des études en médecine et tient à présent
le cabinet de son grand-père parti en retraite.»
Madjid, 62 ans. «Mon père, mes deux frères, mes trois fils et
moi-même sommes comptables»
«Les liens de sang peuvent s’avérer des transmetteurs de dons rares
et insondables ; les sorciers, les guérisseurs et les voyants partagent
dans de nombreux cas leurs pouvoirs avec leurs descendants. Qui n’a pas
entendu dire que tel guérisseur a transmis son don à son fils ou à sa
fille, ou que telle famille maîtrise la magie ou la sorcellerie ; un
héritage qui tient aussi bien de la transmission de savoir-faire que de
réels dons que partagent parents et enfants. Pour ma part, retraité
comptable de profession, c’est plutôt la destinée qui a fait que moi et
tous les hommes de ma famille nous nous sommes tournés vers la
comptabilité. A bien y réfléchir, je ne sais vraiment pas comment
expliquer cette belle coïncidence, car mon père, qui était gestionnaire
d’une menuiserie, ne m’a nullement poussé à suivre la même formation que
lui, c’est plutôt une attirance personnelle. J’ai choisi ce métier par
passion des chiffres. Mon frère cadet a également suivi la même branche
; j’expliquerai cela avec le succès du domaine de la comptabilité en ce
temps-là. En Algérie post-indépendance, le mot d’ordre était au
nationalisme ; donc beaucoup d’entreprises on été créées. Boumediène
voulait faire de l’Algérie un pays auto-suffisant et des Algériens les
architectes de cette future nation. Il fallait donc des gestionnaires
pour tenir les comptes ; mon cadet a donc suivi mon exemple et a
facilement décroché un très bon poste. Cependant, ce qui m’a un peu
surpris, c’est que mon petit frère, le dernier de la famille, qui a
émigré en Australie durant les années 1980 avec son bac en poche, a
également fini par suivre des études en comptabilité et travaille
actuellement pour une grande boîte privée. Hasard pour hasard, mes trois
fils, de personnalités et de niveaux différents, ont aussi suivi des
cursus universitaires en comptabilité et finances. Ce qui me pousse à
penser que peut-être ce penchant vers les chiffres et les comptes est
une sorte de virus que l’on se transmet par le sang et qui perdure dans
le temps. En tout cas, génétique ou simple mimétisme filial, ce qui
compte c’est que chacun de nous ait choisi sa vocation et l’exerce avec
amour et perfection.»

Categorie(s): soirmagazine

Auteur(s): lesoir

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