Espionnage: Berlin envisage d'auditionner Snowden à Moscou

Lesoir; le Jeudi 7 Novembre 2013
2

Sous la pression de députés, le gouvernement allemand
étudie la possibilité de faire auditionner à Moscou, l'ex-consultant du
renseignement américain Edward Snowden, tout en s'efforçant d'apaiser
les tensions avec les Etats-Unis sur les accusations d'espionnage.
 Mercredi, la commission parlementaire qui chapeaute les services secrets a
décidé «à l'unanimité» de demander au gouvernement allemand «de vérifier
dans quelle mesure Edward Snowden peut être auditionné à Moscou sans le
mettre en difficulté», a déclaré son président, Thomas Oppermann
(social-démocrate).
Des responsables allemands souhaitent entendre l'ancien consultant de
l'agence américaine NSA depuis qu'il a fourni à la presse des documents
laissant penser que le téléphone portable de la chancelière Angela
Merkel était espionné par les Etats-Unis. Ces révélations ont provoqué
une crispation des relations entre ces deux grands alliés historiques.

Le ministre allemand de l'Intérieur, Hans-Peter Friedrich
(conservateur), a indiqué mercredi qu'il allait «étudier», au sein du
gouvernement, la possibilité d'une audition de Snowden en Russie.
Le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, a exprimé un
soutien timide à cette idée. «Si une audition de M. Snowden, que ce soit
par des représentants du Bundestag (chambre basse du Parlement) ou du
Parquet fédéral en Russie était jugée utile, le gouvernement allemand
soutiendrait cette idée, dans la limite de ses possibilités», a-t-il
déclaré lors d'une conférence de presse régulière.
Embarrassé par un dossier qui touche une corde sensible dans l'opinion
allemande, et le pousse à prendre l'affaire au sérieux, Berlin s'efforce
de ne pas froisser Washington.
L'idée de faire venir Snowden en Allemagne, était ainsi totalement
écartée. C'est «hors de question» et ça le restera tant que «nous ne
pouvons pas lui donner des garanties qu'il ne sera pas extradé» vers les
États-Unis où il est recherché, a reconnu M. Oppermann.
Des députés de l'opposition, et notamment l'écologiste Hans-Christian
Ströbele, qui a rencontré déjà Snowden en Russie en fin de semaine
dernière, militaient non seulement pour que celui-ci viennent témoigner
en Allemagne, mais aussi pour que Berlin lui accorde l'asile politique.

«Il suffit de vraiment le vouloir», a encore déclaré hier M. Ströbele,
au terme de son audition par la commission parlementaire. Berlin devrait
montrer sa gratitude envers Snowden car "sans lui le portable d'Angela
Merkel serait encore sur écoute", a-t-il argumenté.
Mais le gouvernement allemand est plus que réticent à ce sujet,
justifiant son refus par les répercussions négatives que cela aurait sur
ses relations avec les États-Unis.
Pour Berlin, les relations transatlantiques ont «une valeur
incommensurable» du point de vue de la sécurité et de la politique
étrangère, a répété mercredi M. Seibert.
Lundi, il avait souligné qu'il «n'y a guère de pays qui ait autant
profité de cette alliance (avec les États-Unis), de cette amitié que
l'Allemagne. Nous agissons en ayant cette alliance à l'esprit. Nous
l'avons toujours fait dans le passé, et cela guidera la chancelière dans
ses décisions à venir».
Berlin souhaite cependant conclure avec Washington un accord interdisant
l'espionnage réciproque entre les deux pays.
Le ministre à la Chancellerie, et à ce titre autorité de tutelle des
services secrets, Ronald Pofalla, a informé la commission parlementaire
sur l'avancement des négociations dans ce dossier.
Devant la presse, il a jugé qu'il s'agissait d'une «chance unique de
rétablir la confiance perdue» entre les deux partenaires.
Mardi, le ministère allemand des Affaires étrangères avait «invité»
l'ambassadeur britannique à s'expliquer, après des informations de
presse évoquant un système d'espionnage dans la représentation de son
pays à Berlin.
La rencontre, qui a duré une demi-heure a donné lieu à "un dialogue,
comme il y en a entre des partenaires qui ont une relation
fondamentalement amicale et étroite», a commenté mercredi le
porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Martin
Schäfer, toujours sur le mode de l'apaisement.

Categorie(s): monde

Auteur(s): lesoir

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..