FRANÇOIS HOLLANDE :: «Pour un partenariat stratégique d’égal à égal avec l’Algérie»

Lesoir; le Jeudi 20 Decembre 2012
2

François Hollande plaide pour «un partenariat stratégique, d’égal à égal et qui nous permettra d’entrer dans un nouvel âge» dans les relations algéro-françaises. C’était au cours d’une conférence de presse animée, hier à l’hôtel Sheraton à Alger, au premier jour de sa visite d’Etat de deux jours, la troisième du genre pour un président français depuis l’indépendance.
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - «Mon voyage a été attendu, espéré ou
même redouté, parce que c’est le premier que je fais en Algérie (en tant
que président, Ndlr) et dans la région. Mais ce voyage était nécessaire.
Parce que nous sommes en 2012, cinquante ans après l’indépendance de
l’Algérie. C’est le temps d’un nouvel âge pour la France et l’Algérie.»
Succédant à Sarkozy en mai 2012, François Hollande est arrivé à Alger à
la tête d’une délégation pléthorique, deux cents personnes, soit la plus
importante de tous ses voyages à l’étranger depuis son élection.
Lui-même tenait à souligner ce fait. Aussi, «cet accord (qui sera signé
à l’occasion de sa visite, Ndlr) comporte un programme de travail sur
cinq ans» et concernera tous les domaines «y compris le domaine de la
défense». Cette précision en particulier n’est pas innocente. Et, comme
il l’enchaînera lui-même, «il y a une vérité à dire sur le passé, mais
il y a aussi une vision sur l’avenir. Non seulement pour qu’une page
soit tournée, mais pour en écrire tant d’autres encore ». Contrairement
à ses prédécesseurs, le nouveau locataire du palais de l’Elysée se dit
préféré «nommer les actes et non pas les mots». Il parlait du fameux
«traité d’amitié préparé en 2003 mais qui, finalement, ne sera jamais
signé encore moins paraphé» entre l’Algérie et la France. Or, cette
fois, «il y aura des annonces fortes». Et il cite, à titre illustratif,
le projet du constructeur automobile Renault. «Renault fabriquera des
véhicules en Algérie non seulement pour le marché algérien mais pour
toute l’Afrique.» S’agissant des brûlants sujets liés à l’histoire,
Hollande s’est montré on ne peut plus clair. Reconnaissance des crimes
coloniaux ? Repentance ? Des excuses ? etc. ce n’est pas ce qui m’a été
demandé, ni ce que je suis venu faire». Il s’explique : «Certes, des
voix s’élèvent en Algérie, mais aussi en France mais pas forcément pour
demander les mêmes choses. Mais ce qui compte, c’est ce que nous disent
les autorités algériennes. Et elles nous disent : c’est à vous, les
Français, de trouver les mots qu’il faut. Ces mots, ce sont la vérité
sur le passé, le colonialisme, les drames.» Je salue la résistance du
peuple algérien face au terrorisme François Hollande a développé à Alger
un discours nettement différent de celui de son prédécesseur immédiat et
même et surtout de celui de François Mitterrand. Pressé par des
questions de journalistes français sur «l’Algérie et le printemps
arabe», il aura cette réponse à un moment donné : «Vous avez vu ce que
ce pays a traversé comme épreuve avec le terrorisme qui s’était installé
? Les événements ne se sont pas passés de la même manière (en Algérie et
dans les autres pays arabes). Mais je salue le peuple algérien pour son
courage, qui a su résister et rester uni durant toute cette période.»
Dans la foulée, il dépassionne grandement l’affaire des moines de
Thibhirine. «Oui, j’en ai parlé à Bouteflika. Il m’a affirmé qu’il
mettra tout en œuvre pour faire la lumière (…) Comment ? C’est à la
justice algérienne, en coopération avec la justice française, de faire
la lumière sur cette affaire.» L’on est loin des procès en règle contre
l’armée algérienne que l’on nous ressasse de l’autre côté de la
Méditerranée. Sur cette affaire mais pas seulement. D’ailleurs, sur une
autre question, au sujet des «droits de l’Homme» celle-là, François
Hollande n’a pas manqué, par exemple, de rendre un vibrant hommage à la
presse algérienne. «Il y a une presse libre en Algérie comme peu de pays
en connaissent et qui a résisté durant les moments difficiles.» Sur un
tout autre plan, le président français affirme qu’il n’y a pas de
profondes divergences entre Alger et Paris au sujet de la crise au nord
du Mali. «L’Algérie est pour un dialogue politique et la lutte contre le
terrorisme. Et la lutte contre le terrorisme, c’est d’empêcher les
terroristes d’Aqmi de s’installer au nord du Mali (…) Bouteflika et moi,
nous pensons que le dialogue politique est nécessaire entre le
gouvernement du Mali, l’armée et les groupes qui ne sont pas impliqués
dans le terrorisme. La France est favorable à la résolution de l’ONU
(qui sera adoptée dans quelques jours, Ndlr). C’est aux Africains
d’intervenir (militairement) au nord du Mali.» Auquel cas, la France se
dit prête à les soutenir «politiquement et sur un plan logistique»,
insistera Hollande, tout comme il insistera sur la poursuite de «la
négociation politique indispensable », dans la résolution de cette
affaire.
K. A.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): K. A.

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..