GAZPROM LANCE LE GAZODUC SOUTH STREAM: Quel impact sur le gaz algérien fourni à l’Europe ?

Lesoir; le Samedi 8 Decembre 2012
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La construction du gazoduc russe South Stream, destiné à approvisionner l’Union européenne, devrait-elle avoir un impact sur les fournitures de gaz algérien vers le Vieux Continent ? La question se pose dans le contexte où l’Algérie risque de voir ses parts de marché en Europe diminuer davantage.
Le géant gazier russe Gazprom a lancé hier vendredi, à Anapa, au bord
de la mer Noire, les travaux de construction du gazoduc South Stream, en
présence du président russe Vladimir Poutine. Ce gazoduc est destiné à
livrer du gaz russe à l’Union européenne via la mer Noire en évitant
l’Ukraine. D’un coût total de 16,5 milliards d’euros, ce gazoduc doit à
terme, permettre à Moscou de livrer 63 milliards de mètres cubes de gaz
par an à l’Europe via un tuyau de 2 380 km de long. Ce qui représente
10% de la consommation prévue de l’Union en 2020, selon les projections
de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Le tracé, via les fonds
de la mer Noire, puis la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie,
jusqu'à l'Italie, évite soigneusement le territoire de l'Ukraine,
jusqu'ici principal pays de transit. Mais la discordance entre Moscou et
Kiev sur le prix du gaz, qui ont perturbé à plusieurs reprises les
approvisionnements au cœur de l'hiver, ont poussé Gazprom, allié avec
les électriciens européens, à chercher d'autres voies de livraisons. La
partie sous-marine du gazoduc est ainsi portée par un consortium détenu
outre Gazprom (50%), par l'italien Eni (20%), le français EDF (15%) et
l'allemand Wintershall (15%), filiale de BASF. Au Nord, le géant public
russe a déjà ouvert les vannes de Nord Stream entre la Russie et
l'Allemagne via la mer Baltique. Lancé en novembre 2011, ce tuyau de 1
220 km a vu sa capacité passer à 55 milliards de mètres cubes par an,
grâce à la mise en service début octobre d'une seconde conduite. Certes,
le lancement des travaux du pendant sud de la toile gazière russe vers
l'Europe intervient à un moment difficile pour Gazprom sur le marché
européen. La crise économique a fait chuter la consommation de l'UE
d'environ 11%, selon l'AIE qui ne s'attend à voir la demande retrouver
ses niveaux de 2010 qu'à la fin de la décennie actuelle. La situation a
poussé de nombreux clients de Gazprom à contester les termes très
contraignants des contrats à long terme de livraisons, poussant le
groupe russe à accorder des rabais à plusieurs d'entre eux, parmi
lesquels le français GDF Suez. Politiquement aussi, les relations se
sont tendues. Gazprom est la cible d'une enquête de la Commission
européenne pour entrave à la concurrence. Ce qui soulève le risque d’une
hausse des prix si le groupe russe réduisait ses livraisons, outre la
diminution des approvisionnements du marché européen durant les années à
venir. Et cela même si l’AIE semble confiante dans les perspectives de
croissance à long terme de la demande européenne, celle-ci devant passer
de 340 milliards de mètres cubes par an actuellement à 500 milliards en
2035. «C’est plus que suffisant pour que l'Europe garde sa place de
premier marché pour l'importation de gaz dans le monde», déclarait,
hier, la directrice de l’AIE, Maria van der Hoeven qui estime néanmoins
que «le marché ne sera pas dirigé par les mêmes certitudes auxquelles
sont habitués les exportateurs ». En ce sens, la directrice de l’AIE
cite la concurrence de la Norvège, de l'Algérie, voire de l'Amérique du
Nord grâce au gaz de schiste. Notons que Gazprom cherche actuellement à
s'orienter, à coups d'investissements massifs, vers le marché asiatique,
où les prix sont relativement élevés et la demande plus solide. Par
rapport justement à l’Algérie, la question se pose concernant l’impact
de la construction de ce second gazoduc sur ses fournitures ? L’Algérie
qui fournit entre 13 et 15% des besoins européens en gaz, risque-t-elle
de voir sa position s’affaiblir avec l’augmentation des
approvisionnements russes ? La réponse est incertaine même si l’Algérie
est toujours considérée comme un fournisseur important et fiable. La
question reste posée alors que l’Algérie et l’Union européenne doivent
conclure, dès le début 2013, un accord stratégique sur l’énergie, à même
de stimuler la coopération énergétique tous azimuts et contribuer à
surmonter diverses contraintes rencontrées notamment par Sonatrach. Ce
accord permettra-t-il de conforter davantage la position algérienne sur
le marché européen ? Wait and see.
Chérif Bennaceur / Agences

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Chérif Bennaceur / Agences

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