Gel des recrutements dans la Fonction publique: Un impact attendu négatif

Lesoir; le Lundi 30 Novembre 2015
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Le non-remplacement des départs en retraite et donc
le gel des recrutements dans la Fonction publique, comme annoncé par le
ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, constitue
une mesure assez problématique. Tant la classe politique que des experts
économistes convergent sur le fait que cette mesure risque d’avoir un
impact assez négatif. Une mesure qui démontre que le pays «est en
crise», en l’absence d’une alternative à la dépendance des
hydrocarbures, observent plusieurs représentants de partis politiques.
Et une mesure qui implique le risque d’affaiblissement de
l’administration, voire le risque d’aggravation du chômage, notera un
économiste dont l’appréciation ne divergera pas avec celle d’autres
spécialistes des problématiques socio-économiques.

Une mesure à double tranchant

C’est l’asphyxie qui risque de gagner l’administration en raison du
non-remplacement des départs en retraite et donc le gel des recrutements
dans la Fonction publique. Voire, le risque d’aggravation du chômage
plane, observe notamment un économiste.
Cherif Bennaceur - Alger (Le Soir) - Le ministre du Travail, de
l’Emploi et de la Sécurité sociale vient d’annoncer le
non-renouvellement de certains personnels de l’administration. «Les
départs en retraite dans certains postes administratifs classiques ne
seront plus remplacés dans le cadre de la relève, notamment dans le
poste d’agent d’administration», a déclaré Mohamed El Ghazi.
Le ministre du Travail constatera ainsi que les effectifs de la Fonction
publique sont excédentaires d’au moins 1 million de personnes. Et ce
dans la mesure où l’Algérie compte près de 2,5 millions de
fonctionnaires tandis qu’un nombre de 1,5 million de fonctionnaires
«suffirait» selon M. El Ghazi. En d’autres termes, il n’y aura plus de
nouveaux recrutements dans la Fonction publique pour compenser les
départs en retraite. Or, un gel des recrutements de nouveaux
fonctionnaires que l’exécutif avait déjà envisagé, dans le contexte de
chute des cours du pétrole et de la nécessité de rationnaliser les
dépenses liées au fonctionnement de l’administration.
Fin décembre 2014, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, avait annoncé
en effet que les recrutements dans la Fonction publique seront gelés en
2015. Certes, l’annonce du Premier ministre n’a pas été immédiatement
concrétisée sur le terrain. Voire, elle aurait été remise en cause dans
les secteurs névralgiques de l’éducation et de la santé. Néanmoins, la
déclaration du ministre du Travail confirme que l’exécutif maintient cet
engagement, contraint peut-être par la non-amélioration de la situation
financière du pays. Or, le non-remplacement de certains postes
administratifs s’avère une mesure assez problématique. C’est une mesure
«à double tranchant», considérera l’économiste Madjid Mesbah, enseignant
à l’Ecole des hautes études commerciales (EHEC).
Certes, le recours à cette mesure de gel est «logique», estimera cet
universitaire, dans le contexte de réduction des revenus du pays et la
quête de rationalité dans la dépense. Il s’agirait en fait d’optimiser
la forte masse salariale, favorisée par la propension des pouvoirs
publics à céder à «l’urgence», à agir uniquement en fonction des
impératifs de paix sociale, comme le relèvera cet économiste. Toutefois,
l’application de cette mesure risque d’impacter négativement sur
l’efficacité de l’administration.
Constituée de personnels recrutés essentiellement dans le cadre des
dispositifs publics et donc financés par le budget, souvent non
contractualisés, l’administration risque de s’asphyxier en cas de
non-remplacement des départs en retraite et d’absence de relève.
Hormis les recrutements liés à la préservation de la sécurité nationale
et de l’ordre public qui devraient être maintenus et consolidés, l’offre
d’emplois dans la Fonction publique risque de se réduire. Ce qui
implique des licenciements, «une saignée» de ce corps. Mais aussi le
fait que les personnels licenciés ainsi que les demandeurs d’emplois qui
ne seront pas recrutés seraient contraints au chômage.
En d’autres termes, la politique de résorption du chômage qui a été
initiée durant la décade écoulée s’avèrerait un échec, et le non-emploi
ne pourrait que s’aggraver. Et ce, en considérant selon Madjid Mesbah,
que «le marché du travail n’est pas régulé», insuffisamment encadré,
l’emploi informel représente un volume de 3 millions de personnes, voire
davantage, outre le déficit d’efficience du secteur public. Soit, des
effets «nuisibles» dans le contexte également où le secteur économique
privé pâtit du contrecoup des mesures de réduction des importations, à
travers la cessation d’activités dans plusieurs segments de production
et de distribution et la mise en chômage forcé.
C. B.«Une preuve que la crise est bien installée»
L’annonce faite, samedi dernier, par le ministre du
Travail, Mohamed El Ghazi, relative au gel des recrutements dans la
Fonction publique et le non-remplacement des départs à la retraite pour
cause de «saturation», confirme si besoin est que la crise induite par
la chute du prix du pétrole est bel et bien là. La Fonction publique
qui, alors que le pays connaissait une embellie financière, recrutait à
tout-va, une manière d’absorber par tous les moyens la tension sociale,
montre aujourd’hui ses limites.
Younès Djama - Alger (Le Soir) - Le gouvernement s’est toujours
appuyé sur la Fonction publique pour résorber le chômage. Une
«stratégie» qui a payé mais en apparence seulement, car, acculés par la
crise, les pouvoirs publics ont fini par revenir à la réalité. Une
réalité qui se caractérise par un sureffectif dont la moyenne est
supérieure à celle mondiale. Quoi qu’il en soit, la classe politique
prend la mesure de la gravité de la situation. Il s’agit notamment du
Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui qualifie le gel
des recrutements et le non-remplacement des départs à la retraite comme
un signal «très alarmant» et une preuve que la crise s’est bel et bien
installée.
Pour le chargé de la communication du Rassemblement pour la culture et
la démocratie (RCD), Athmane Mazouz, l’annonce de Mohamed El Ghazi,
ministre du Travail, confirme «que l’austérité est bien là. Au RCD, nous
avons déjà alerté sur les conséquences fâcheuses de la mauvaise gestion
du gouvernement». Aux yeux du parti de Mohcen Belabbas, le malaise
social ne fera que s’aggraver et les rangs des chômeurs «vont
inévitablement grossir». «Pour nous, estime M. Mazouz, le gouvernement
veut faire payer sa mauvaise gestion, sa corruption et sa faillite aux
couches sociales démunies et défavorisées». Aussi, la déclaration du
représentant du gouvernement est perçue au RCD comme «d’une extrême
gravité» tout comme la LF2016 «qui est une sérieuse menace pour le
quotidien des citoyens et la stabilité du pays».
Du côté du Rassemblement national démocratique (RND), le constat est
clair : le pays connaît des problèmes suite à la chute des prix du
pétrole qui lui a fait perdre plus de 50% de ses revenus. Le
porte-parole du RND, Seddik Chihab, se veut néanmoins pragmatique. «Nous
devons nous adapter à nos moyens», considère-t-il. Selon lui, en Algérie
le débat sur la Fonction publique et les sureffectifs qu’elle emploie a
toujours été ajourné, appelant à un «débat sérieux» sur ce sujet.
Selon Chihab, pour qui la Fonction publique a toujours été un palliatif
à la résorption du chômage, il est plus qu’urgent que toutes les
approches sociales soient désormais adaptées à la réalité économique du
pays.
Une réalité frappée du sceau de la crise, cela s’entend. M. Chihab
appelle à orienter les demandeurs d’emploi vers des domaines porteurs
comme l’agriculture qui, a-t-il appuyé, connaît un déficit en
main-d’œuvre de l’ordre de 1,5 million d’emplois. Et le porte-parole du
RND d’admettre que la conjoncture de crise sur fond de fonte des revenus
pétroliers «nous a imposé des choix comme celui de geler les
recrutements dans la Fonction publique, elle nous en imposera d’autres
auxquels, souligne-il, il va falloir s’adapter et qu’il va falloir
assumer avec sérénité».
Le Front de libération nationale (FLN) partage la démarche du
gouvernement pour le gel des recrutements au niveau de la Fonction
publique mais à la condition de trouver des alternatives pour les
demandeurs d’emploi.
C’est ce qu’a souligné le chargé de la communication du vieux parti,
Hocine Kheldoune, en réaction à l’annonce du ministre du Travail portant
sur le gel des recrutements au sein de la Fonction publique.
Commentant la déclaration de Mohamed El Ghazi, affirmant que le nombre
de salariés dans la Fonction publique qui est de 2,5 millions
fonctionnaires était «au-dessus» des normes de travail au niveau
international, Hocine Kheldoune estime qu’il ne s’agit pas de faire une
«transposition» de ce qu’il se fait dans le monde, mais plutôt de tenir
compte de la réalité de notre pays «qui a sa spécificité».
Le chargé de la communication du vieux parti qualifie de «non justifié»
une argumentation pareille, tout en prévenant que si pareille décision
n’est pas bien examinée «elle aura des répercussions certaines sur le
front social».
Pour ce responsable politique, la solution ne consiste pas à mettre un
«seuil» pour l’emploi. Il recommande d’ouvrir d’autres horizons au
profit des demandeurs d’emploi à l’instar de l’agriculture et le
tourisme, au moment où l’Etat s’oriente vers plus d’informatisation des
différents services, l’état civil pour ne citer que cet exemple-là.
Y. D.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Y. D.

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