Grandes randonnées vers le lac Goulmine, le plus haut d’Afrique: Initiatiques... et thérapeutiques

Lesoir; le Dimanche 10 Mai 2015
2

Par Yazid Yahiaoui
Parcourir des sentiers inaccessibles, monter des chemins abrupts et
sinueux, courir des risques en parcourant des dizaines de mètres sur la
neige ou sur des galets instables, monter puis monter et toujours monter
des kilomètres jusqu'à n’en plus pouvoir mais reprendre la marche sitôt
le souffle repris tant les sensations sont fortes, aussitôt que
quelqu’un plus haut vous montre une herbe médicinale, du thym ou du
fliou, ou encore vous invite à vous rafraîchir avec une nouvelle source
qui jaillit des fonds de cette terre bénite de la fonte de ces centaines
de blocs de neige qui résistent encore aux chaleurs du mois d’avril qui
vient de s’achever sans une goutte d’eau du ciel, ou enfin un autre qui
vous appelle à admirer les paysages du haut d’une falaise ou d’un balcon
géologique que la nature a si merveilleusement modelé et jalousement
gardé depuis des temps immémoriaux. Voilà la randonnée thérapeutique -
le voyage initiatique dirions-nous -, que le Centre national des sports
et loisirs de Tikjda (CNSLT) a proposé ce vendredi à l’occasion de la
fête du 1er Mai.
Au total, ils étaient près d’une centaine de personnes, pour la plupart
des familles venues de neuf wilayas du pays, à avoir eu la chance de
vivre ces sensations. Ils étaient là, hommes et femmes, mais aussi
beaucoup d’enfants, et même un bébé — l’âge requis pour ce genre de
randonnées est de 10 ans révolus, qui fit le voyage sur le dos de sa
maman courageuse qui l’a porté tout au long du parcours sur plus de 10
km en côte. Ils étaient également là ces couples de vieux qui ont
dépassé les 75 ans mais qui ont résisté à la marche et franchi tous les
obstacles comme s’ils avaient rajeuni en une journée.
L’un d’eux explique que le secret de sa forme athlétique est son régime
alimentaire et le fait de n’avoir jamais fumé... Ils étaient là, dès la
matinée de ce vendredi, sous bonne escorte des guides de montagne du
CNSLT qui ont distribué avant le départ des dossards jaunes, des
casquettes et des cannes, ainsi que des repas servis sous forme de
barquettes composés de viande, de salade, de mayonnaise, de riz, mais
également des tablettes de chocolat, une pomme, une boîte de thon et de
l’eau. En somme, un repas étudié et équilibré et convenant à ce genre de
randonnées. A huit heures trente, c’est le grand départ et quelques pas
plus loin, depuis le chalet du Kaf où les véhicules sont stationnés,
c’est le début d’une montée, d’une escalade qui n’en finira plus. Il a
fallu le tact et «le mensonge» des guides qui se sont dispersés sur le
long du parcours des marcheurs en installant un au début, qu’on appelle
l’éclaireur, deux au milieu, mais à distance l’un de l’autre, et le
dernier à la fin du peloton de randonneurs, celui qu’on appelle le
balayeur. Tout au long de cette marche fatigante mais très bénéfique
pour le corps, avec ces vues imprenables qu’on découvre de chaque
colline, ces villages de la wilaya de Tizi-Ouzou perchés au sommet des
monticules, gardiens perpétuels de ce majestueux Djurdjura qui continue
à envoûter tous ceux qui le visitent, ces plaines qu’on voit au loin,
ces cèdres millénaires qu’on sent et touche, ces herbes et ces plantes
rares, toutes fleuries, dont les senteurs sont mêlées aux eaux des
petits ruisseaux et dont le silence des lieux en fait une symphonie
naturelle des plus enchanteresses ; c’est tout cela que le visiteur des
lieux découvrira pendant cette randonnée thérapeutique, surtout ceux qui
vivent une telle aventure pour la première fois. Cela étant et puisque
nous étions parmi ceux qui ont fait le parcours pour la première fois,
nous pouvons dire que depuis le Kaf, puis la source Ilwi jusqu’au sommet
Alma qui culmine à plus de 2 000 mètres d’altitude, les sensations sont
fortes et il nous est difficile de rapporter ici ce que chacun de ces
dizaines de randonneurs a ressenti pendant ces moments d’évasion. Ce qui
est certain, c’est qu’à chaque halte, nous avons eu droit à des
merveilles de la nature ; depuis les vues pittoresques des plaines des
Ath Reggane, jusqu’aux Ouadhias au niveau de Tizi n’Senntant. Puis, ce
lac, ce fameux lac que chacun de nous a rêvé un jour de visiter. Un rêve
et un souhait que même le célèbre Nicolas Hulot aurait fait, dit-on. Un
lac qui culmine à plus de 1 860 mètres d’altitude, faisant de lui le lac
le plus haut d’Afrique. Ce lac-là, qu’on appelle communément Tamda
Goulmime, possède ses charmes. Situé sur une dépression naturelle entre
différents sommets rocheux, il déverse son trop-plein en hiver vers les
Ouadhias, plus exactement vers les Ibadissen, dans la wilaya de
Tizi-Ouzou. Là, nous avons oublié de rappeler que le parcours est situé
à cheval entre les wilayas de Bouira et Tizi-Ouzou. Les frontières entre
ces deux wilayas se situent au niveau de Tizi-n’Sennant.
Sur place, nous avons trouvé près de ce lac plusieurs autres
randonneurs, surtout ceux venant du versant nord, depuis la wilaya de
Tizi-Ouzou dont le parcours est plus court que celui depuis le CNSLT
situé à plus de 15 km.
Il faut rappeler que la randonnée se programme plusieurs jours à
l’avance. Rien ne sera omis en termes de sécurité des randonneurs. Les
responsables du CNSLT avisent les services de sécurité et les autorités
civiles, ainsi que la Protection civile des deux wilayas sur la date de
la randonnée et même le nombre attendu de participants. Les randonneurs,
une fois inscrits, vont signer au centre des engagements sur leur
volonté de faire cette randonnée.
«Le but de toutes ces procédures est d’assurer la sécurité et le
bien-être du randonneur», dira Mohand Ameziane Belkacemi qui précise que
même les hélicoptères de la Protection civile sont mobilisés. C’est dire
que pour ce genre d’événements, rien n’est laissé au hasard chez les
responsables du CNSLT. Des responsables dont même le DG, Smaïl Meziani,
a voulu partager ce moment de bonheur en cette belle journée printanière
de vendredi 1er mai, avec ces dizaines de familles. Il était là au
niveau du lac, arrivé avec les premiers guides. Des guides qui sont
dépêchés en premier et dès la matinée vers les lieux, c’est-à-dire au
lac, afin de s’assurer que tout est prêt. Et comme les responsables du
CNSLT ont bien voulu faire de cette journée une véritable fête avec le
slogan «Marcher, rester en bonne santé», même la troupe traditionnelle a
accompagné les randonneurs et égayé les lieux avec les chansons reprises
au son des flûtes et autre bendir. Une fois tout le monde sur les lieux,
c’est le moment de détente et du déjeuner. Des groupes se forment et
attaquent leurs barquettes, tant ils étaient affamés par la marche et la
fraîcheur des lieux. Pour notre part, outre l’émerveillement des lieux
qui nous ont subjugués, ces groupes d’étudiants qui étaient là à chanter
et danser avec toute l’insouciance de leur âge, outre ces jeunes venus
de Tizi-Ouzou, des habitués des lieux qui étaient en train de nager dans
ces eaux dont la température avoisine 0°, nous avons été frappés par un
autre événement assez étrange que nous avons découvert sur les lieux :
des dizaines de bœufs qui mènent une vie presque sauvage, à l’intérieur
des eaux glaciales de ce lac dont les neiges qui fondent continuent à
s’y déverser. Ces bœufs étaient là depuis notre arrivée et jusqu’à notre
retour, plus d’une heure durant, et n’avaient aucunement l’intention de
quitter ces eaux. Tout indique que ces bêtes s’y plaisaient même
immergés presque à moitié dans l’eau. Nous avons essayé de comprendre ce
phénomène, mais sur les lieux, personne n’était en mesure de satisfaire
notre curiosité.
Mais quelqu’un, dans le même état d’étonnement que nous, risquera cette
réflexion : «On dirait des hippopotames pas des bœufs !» Vers quatorze
heures, c’est le retour et cette fois-ci, les signes de la fatigue, même
avec cette nourriture très équilibrée que le centre avait préparée pour
chacun, étaient très visibles. Cependant, aucun des randonneurs n’a
regretté d’avoir fait le parcours ; bien au contraire, tous jurent
qu’ils reviendront pour une autre aventure dès que l’occasion leur
serait donnée.
Surtout après un bain chaud au centre et un sommeil réparateur sur ces
hauteurs à l’air pur. Thérapeutiques et rajeunissantes ces randonnées ?
Assurément. Au total, il y a douze parcours vers des destinations
différentes, toutes plus fantastiques les unes que les autres. Vous
voulez les découvrir ? Promis, rendez-vous est déjà pris avec les
responsables du centre… Nous ne vous en dirons pas plus. D’autres
sensations sont assurées. Le secret du majestueux Djurdjura, de cette
montagne envoûteuse, est là…
Y. Y.

Categorie(s): reportage

Auteur(s): Y. Y.

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..