IL AURAIT PU FAIRE LE BONHEUR DE N’IMPORTE QUEL CLUB EUROPÉEN: Lalmas, un seigneur mal récompensé

Lesoir; le Dimanche 10 Novembre 2013
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C’est le défunt José Arribas, alors
coach du FC Nantes, qui avait fait cette déclaration. Le club des Gondet
Suceava qui planait sur le football français dans les années 60 avait
participé à un tournoi de football à Alger. Arribas avait été
impressionné par la classe et le talent du Belcourtois qui était aligné
dans le onze national. Hacène Lalmas suscitait déjà l’intérêt de clubs
étrangers et le prestigieux club bruxellois en l’occurrence Anderlecht
avait commencé à s’intéresser à Lalmas, l’un des plus prestigieux
joueurs algériens de football. Selon les observateurs de l’époque, il
était destiné à une grande carrière footballistique à l’étranger mais
malheureusement les frontières étaient fermées aux joueurs algériens.
Alors, celui que l’on surnommait dans les stades «El Kebch» pour sa
fougue se contentait de briller de mille feux avec le CRB et l’équipe
nationale. Le CRB après quelques années d’existence seulement dominait
le championnat national. La finale de coupe d’Algérie remportée par le
CRB 5 à 3 face à l’USM Alger grâce notamment aux trois buts de Bernaoui
et la prestation du gardien Belbekri demeurent dans les mémoires. Ce fut
sans doute la plus belle finale ce jour-là, Lalmas fut tout simplement
époustouflant. Le CRB faisait le spectacle sur tous les terrains
d’Algérie avec des joueurs qui avaient pour noms Nassou, Amar, Medehbi,
Zerar, Achour, Hamiti, Djemaâ, Chenane, Selmi et autres Kalem, buteur
attitré et déjà titulaire à l’âge de vingt ans. Certains ne sont plus de
ce monde à l’instar du regretté sétifien Lounis Mattem qui avait rejoint
le CRB et qui s’est éteint.
C’était l’époque où l’on se déplaçait au stade pour apprécier le
spectacle sur tous les terrains d’Algérie et on y applaudissait l’équipe
adverse qui vous gratifiait du beau spectacle. Autres temps, autres
mœurs. Nous nous remémorons alors que nous étions encore lycéens.
L’engouement que suscitait la venue du CRB à Oran que ce fût au stade
Bouakeul contre l’ASM Oran, ou au stade du 19-Juin contre le Mouloudia
d’Oran ou contre des équipes de l’Ouest pour le compte de la Coupe
d’Algérie. C’étaient de véritables empoignades parfois musclées mais le
spectacle était lui garanti. La veille des matchs, dans les hôtels
d’Oran, l’on se bousculait pour des autographes quand le CRB faisait
escale dans ces établissements. Les joueurs inspiraient le respect.
Répondant un jour à une question d’un journaliste sportif du quotidien
de l’Ouest, La République, qui demandait à Lalmas : «Comment
réagissez-vous aux provocations du public de l’équipe adverse ?» «la
meilleure réponse c’est de secouer les filets», répliquait-il. Quand
nous évoquons tous ces souvenirs, nous ne pouvons faire l’impasse sur
les prestations de ce grand joueur qu’a été Lalmas lors des matches de
coupe maghrébine contre le C SFAX de Tunisie. C’était une journée de
Mouloud et une ambiance folle au stade du 20-Août, début des années 70.
Le plus beau match fourni par le CRB dans cette compétition fut contre
les FAR (Forces armées royales) du Maroc, gagné par le CRB en nocturne
sur le score sans appel de 3 à 0. Ce jour-là Hacène Lalmas marquera un
but d’anthologie au renommé gardien de but Allal avec un lob d’une
lointaine distance. Aussitôt le lob effectué, il lèvera les bras avant
même que le ballon n’atterrisse au fond des filets. Le public du 20-Août
était alors survolté. Que dire alors de ce fameux match disputé par le
CRB contre le club de Jeanne d’Arc du Sénégal pour son entrée en lice
dans la Coupe d’Afrique des clubs.
C’était sa première participation, le score final avait été de 6-3 en
faveur du CRB qui refusa de se déplacer pour le match retour après ce
qui s’était passé à l’aller avec les provocations et agressions des
joueurs sénégalais. Lalmas était un joueur qui avait du caractère et ne
s’en laissait pas conter. Après la rencontre, l’hebdomadaire français
France football avait commenté un incident entre Lalmas et le gardien
sénégalais avec ceci «le Keeper du Jeanne d’Arc victime du poids moyen
Lalmas». Pour la petite histoire, ledit gardien nommé Thiam avait été
expulsé et refusera de quitter le terrain, il aura fallu alors
l’intervention d’un officiel sénégalais dans les tribunes pour que cela
se fasse et que le match se poursuive. Oui, Lalmas a tout donné au
football tant au sein du CRB qu’à l’EN mais aussi l’équipe nationale de
police qui s’adjugera les titres de championne du Maghreb. Le joueur
était exceptionnel tant pour ses qualités footballistiques que morales.
Avec l’équipe nationale, il a toujours donné le meilleur de lui-même aux
côtés de ses coéquipiers du CRB mais aussi avec de grands joueurs comme
Nassou, Terga, Belloucif, Debbah, Aouedj, Tahar, Zefzef, Bouden, Attoui
et tant d’autres comme Amirouche ou Melaksou dit «Hama». Lalmas eut
l’insigne honneur de marquer un but au gardien de l'équipe de l’URSS Lev
Yachine dit la Panthère noire. Sa prestation en 1969 contre l’AS
Saint-Etienne en nocturne au stade du 19-Juin fut de toute beauté.
L’EN l’avait emporté 3-1 avec un milieu royal Lalmas-Seridi-Henkouche.
Pour les premières rencontres éliminatoires de la Coupe d’Afrique des
nations qui s’étaient déroulées en 1968 en Ethiopie, l’Algérie avait
damé le pion à la Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso, et au Mali qui
comptait dans ses rangs un certain Salif Keïta qui fera plus tard le
bonheur de Saint-Etienne. Lalmas l’avait tout simplement surclassé. Le
joueur étant aussi exigeant côté conditions de travail, il payera le
prix à l’instar d’autres joueurs comme l’unique, l’irremplaçable
regretté Miloud Hadefi qui avait dénoncé les dures conditions de travail
lors de stages effectués par l’EN. Cette fameuse phrase restera dans les
mémoires : «A Sidi Moussa, on prépare les défaites.»
M. Meddeber

Categorie(s): sports

Auteur(s): M. Meddeber

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