IL SE SITUE À TALA HAMZA ET DEVAIT PRODUIRE DU ZINC ET DU PLOMB: Le 5e plus grand gisement du monde bradé

Lesoir; le Dimanche 9 Decembre 2012
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Un nouveau scandale vient s’ajouter aux autres concernant Chakib Khelil à la suite de la mise à nu des comptes de la société australienne Terramin, à laquelle il est reproché d’avoir bradé le cinquième plus grand gisement mondial de zinc.
La société, qui gère le gisement de Tala Hamza (Amizour, wilaya de
Béjaïa) pour la production du zinc et du plomb, se trouve dans
l’incapacité financière d’honorer ses engagements envers l’Etat
algérien. Depuis quelques jours, cette minuscule entreprise ne cesse de
se démener sur les places boursières internationales pour récolter la
modique somme de 15 millions de dollars, en faisant miroiter à
d’éventuels prêteurs une prise de participation dans la mine de Béjaïa,
susceptible de rapporter à ses investisseurs pas moins de 10 milliards
de dollars. En dépit de la désapprobation, qu’il a manifestée
publiquement lors de sa visite à Béjaïa, le ministre de l’Energie et des
Mines, Youcef Yousfi, tarde à prendre une décision de remise en cause de
l’association avec la société australienne Comme pour l’Enor, qui a vu
une société australienne inconnue piller dans l’impunité les réserves
algériennes en or, Chakib Khelil a impliqué l'Entreprise nationale des
produits miniers non ferreux et des substances utiles (Enof) dans une
aventure similaire, lors du montage du projet d’exploitation du gisement
de Oued Amizour qui figure au top 5 des gisements mondiaux de zinc et de
plomb. Selon les experts, la société Terramin, qui n’avait alors jamais
produit un seul gramme de produits miniers en dehors de l’Australie,
s’est vu accueillir en Algérie pour la gestion d’un gigantesque
gisement, alors que ses ressources sont très limitées. L’histoire a
commencé en 2004 lorsque l’ancien ministre de l’Energie et des Mines
avait décidé de booster la production minière en faisant appel à
l’expertise étrangère. La société australienne a montré un vif intérêt
pour l’exploitation du gisement de Tala Hamza à Béjaïa. Le dossier ne
sera finalisé qu’en 2006, avec une perspective initiale d’investissement
de l’ordre de 107 millions de dollars. On crée alors la société Western
Mediterranean Zinc (WMZ, de droit algérien) pour l’exploitation de ce
gisement. L’australienne Terramin détient 65% des actions alors que le
reste du capital, soit 35%, revient à deux sociétés publiques : 32,5%
pour l'Entreprise nationale des produits miniers non ferreux et des
substances utiles (Enof) et 2,5% pour l'Office de recherche géologique
et minière (ORGM). Le permis, qui s’étale sur une superficie de 125
kilomètres, devait permettre l’exploitation de la mine à un coût
hautement rentable et la production d’un concentré de zinc de qualité
supérieure. On évoquait alors des coûts d'extraction minière à hauteur
de 2,97 dollars la tonne avec un coût de traitement avoisinant 9,62
dollars la tonne. Ce qui allait placer le coût d’exploitation de Tala
Hamza parmi les plus faibles au monde et lui permettre de rapporter 10
milliards de dollars après 12 ans d’exploitation. Mais, au lendemain de
l’éclatement des affaires de Sonatrach et l’affaiblissement de Chakib
Khelil, les choses allaient se compliquer progressivement pour Terramin.
A commencer d’abord par cette étude de faisabilité, lancée par la partie
australienne, qui a déterminé une réserve probable de 38,1 millions de
tonnes à 4,78% de zinc et 1,36% de plomb alors qu’au départ, on parlait
de 68,6 millions de tonnes à 5,7% de densité pour les métaux en
question. D’autre part, l’étude n’avait pas réglé les problèmes liés à
l’environnement. L’exploitation à ciel ouvert de cette mine située dans
une zone hautement dense en population, devait d’abord garantir la
préservation de la nature et surtout les terres agricoles. Il fallait,
en outre, trouver un procédé adéquat au stockage et à la décontamination
de quelque 52 millions de tonnes de rejets miniers. Ce qui était donc,
au départ, un investissement rentable devenait une lourde entreprise que
la partie australienne ne pouvait assumer aussi bien financièrement que
sur le plan technique. Par conséquent, Terramin devait trouver un
assureur pour garantir les risques liés à l’environnement. Au terme de
l’étude réalisée, il s’est avéré que la société australienne ne
disposait pas des fonds nécessaires à cette assurance. Par ailleurs,
l’exploitation des minerais de Béjaïa nécessitait un budget évalué à 589
millions de dollars. Lorsque Chakib Khelil est parti, une banque
publique algérienne s’est de suite rétractée et a refusé de financer le
projet, alors que Terramin était incapable d’emprunter une somme
pareille à l’étranger. A quelques jours du départ de Chakib Khelil, l’Enof
a réagi en lançant un appel d’offres pour la réalisation d’une expertise
de l’étude de faisabilité réalisée par Terramin. Il fallait s'assurer de
la conformité de tous les travaux d'exploration, de la fiabilité des
résultats et de tous les paramètres ayant servi à la projection d'une
exploitation souterraine du gisement. Cette expertise devait conclure
sur l'acceptation de l'étude pour le lancement des travaux de mise en
exploitation ou faire ressortir tous les compléments nécessaires pour
son achèvement. Trois ans plus tard, la situation est au point mort et
l’exploitation de la mine de Tala Hamza n’a pas encore commencé. Faute
de décision politique ferme, l’Enof continue de gérer un partenaire
australien qui se trouve au bord du gouffre.
Spéculations boursières
Les retards cumulés sur l’exploitation de Tala Hamza ont lourdement
pesé pour la trésorerie de Terramin. En plus de son faible portefeuille,
la société a enregistré en 2011 une perte sèche de 19,6 millions de
dollars. En avril dernier, l’entreprise australienne était en
négociation avec la China Non-Ferrous Metal Industry's Foreign
Engineering and Construction Co., Ltd sur un éventuel rachat de sa
participation dans le projet Tala Hamza. Terramin voulait vendre la
totalité de ses actions, mais la loi de finances complémentaire de 2009
ne le permettait pas. Au lieu de saisir cette occasion pour racheter les
participations de Terramin, la partie algérienne continuait de trouver
des solutions intermédiaires qui ne servaient aucunement ses intérêts.
La semaine dernière, Terramin a annoncé la levée en Bourse de 10
millions de dollars en capital, non pas pour lancer son projet en
Algérie mais surtout pour restructurer et rembourser partiellement une
dette antérieure et éviter l’asphyxie. Le 19 octobre dernier, la société
tenait un solde de trésorerie de l’ordre 2,3 millions de dollars. Nous
sommes donc dans une logique d’une entreprise de la taille de celles
créées dans le cadre de l’Ansej. Mais, devant l’absence d’une décision
algérienne, Terramin continue de jouer au flambeur. Après les Chinois,
Terramin a reçu, en novembre dernier, une offre de 60 millions de
dollars, faite par son ancien patron, Kevin Moriarty, au profit de
soumissionnaires anonymes. Même si cette offre a été rejetée, il faut
s’attendre à d’autres surprises, car Terramin est incapable d’engager
les moyens financiers nécessaires à l’exploitation du gisement de Tala
Hamza et se trouve dans l’obligation de céder sa participation à des
tiers.
On continue de vendre les gisements
Cette triste aventure dans laquelle s’est engagé Chakib Khelil
devait en principe donner à réfléchir pour nos décideurs. Mais,
finalement, on se rend compte que la politique n’a pas changé. Pour
preuve, au cours du mois dernier, l’Enof a lancé plusieurs appels à
manifestation d’intérêt à l’adresse des investisseurs nationaux et
étrangers, pour une prise de participation dans l’exploitation du
gisement de plomb-baryte de Ichemoul (wilaya de Batna). Idem pour le
projet de production de bentonites et de terres décolorantes à partir
des gisements de Hammam Boughrara (wilaya de Tlemcen) qui a fait
l’objet, en novembre 2011, d'une étude de faisabilité technique et
économique. Le même sort est également réservé aux gisements de plomb et
de zinc qui se trouvent dans la wilaya de Sétif. Les sites de Kherzet
Youcef, de Aïn Kahla et de Chaâbet El Hamra sont susceptibles de trouver
bientôt de nouveaux acquéreurs. Un pays qui dispose d’autant de
ressources, a-t-il besoin de recourir au financement extérieur pour
faire avancer ses exploitations minières ?
Fodil B.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Fodil B.

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