ILS ONT MANIFESTÉ HIER POUR RÉCLAMER LEURS SALAIRES ET DÉFENDRE LE SIGLE DE LEUR ENTREPRISE: Des milliers de travailleurs de la SNVI Rouiba durement réprimés

Lesoir; le Mercredi 2 Decembre 2015
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Cela a commencé par la sortie des milliers de
travailleurs de la SNVI de Rouiba (ex-Sonacome) qui ont tout juste
traversé la RN5 pour rejoindre la Direction générale de leur entreprise.
Ils voulaient voir le P-dg afin de lui exiger le virement de leurs paies
du mois de novembre «et la sauvegarde du sigle de l’entreprise», mais
ils ont été durement réprimés par des centaines de gendarmes
anti-émeutes très rapidement dépêchés sur les lieux.
Les affrontements ont duré plus de deux heures. Selon le premier bilan
que nous a livré, vers 13 heures, Rachid Khelfouni, président du Comité
de participation (CP) et membre du Conseil syndical de la SNVI, plus de
60 travailleurs ont été blessés «à l’intérieur des ateliers», tiennent à
préciser les dizaines de travailleurs qui l’entouraient. «Une
travailleuse enceinte a été durement choquée, elle risque de perdre son
bébé. Elle a été évacuée en urgence», témoigne un agent.
Comme en pareille circonstance, il n’y a aucun responsable, sur place,
en mesure de nous indiquer s’il y a des blessés parmi les forces de
l’ordre et leur nombre. Il est également question de l’arrestation d’une
quarantaine de travailleurs dont des représentants syndicaux.
Le président du CP ne pouvait pas, au vu de l’heure des événements, être
formel sur le bilan. Vers 13 heures, à notre arrivée au niveau de
l’entrée principale de l’ex-Sonacome, implantée dans la zone
industrielle de Rouiba, l’entrée qui fait quasiment face au petit
château où est située la Direction générale de la SNVI, le calme était
précaire.
Des milliers de travailleurs ont quitté leurs ateliers pour se
rassembler dans les espaces vides du complexe. Leur colère était
palpable. Ils venaient de vivre des moments de dure répression.
Devant les deux principales entrées de ce complexe, des dizaines de
gendarmes de la compagnie anti-émeutes sont déployés. Pour rappel, la
compagnie en question est stationnée à la périphérie de la ZI. Pas loin
de l’une des deux entrées, nous avons accroché M. Khelfouni. Avant de
nous relater les durs moments qu’il venait de vivre avec ses collègues,
il a tenu à préciser que la protestation était partie sur un sentiment
pacifique.
Approuvée par des dizaines de voix qui se sont élevées, il nous a
affirmé que leur action n’a aucun lien avec la politique. Des voix se
sont également fait entendre dans cette foule pour fustiger un journal
arabophone, proche du pouvoir, qui, selon eux, a versé dans la
manipulation et lancé de fausses allégations. Par la suite, le président
du CP nous a décrit les terribles moments et comment ils ont commencé.
Selon lui les travailleurs étaient inquiets du retard mis pour le
versement de la paie du mois de novembre. «Le mois passé, c’est-à-dire
le 3 novembre, la paie d’octobre n’avait pas encore été virée. Les
travailleurs ont réclamé et le 4 ils ont reçu leur dû. Ils voulaient
donc refaire la même réclamation et par la même occasion demander au
P-dg des explications sur les graves problèmes économiques et financiers
auxquels est confrontée notre entreprise. Ils se sont donc rassemblés.
Par la suite ils sont sortis et ont traversé la route pour rejoindre la
Direction générale qui est en face du complexe. Arrivés sur les lieux
ils ont exigé la sortie du premier responsable de la société pour qu’il
s’adresse à eux. Ce dernier a refusé mais il était disposé à recevoir
une délégation de 20 travailleurs. Entretemps les gendarmes sont
arrivés. Dès leur déploiement les provocations ont commencé. Alors que
j’étais en discussion avec le P-dg dans son bureau, les affrontements
ont commencé. C’est à ce moment-là que les dizaines de travailleurs qui
entouraient leur représentant se sont déchaînés pour dénoncer le
comportement des gendarmes.» «Comment considérez-vous un gendarme qui
lance des pierres sur la foule ?», nous interpelle l’un d’eux. «Ils nous
ont poursuivi à l’intérieur de nos ateliers pour nous agresser.»
«Certains gendarmes sont montés sur les voitures des travailleurs pour
nous bombarder de gaz lacrymogène et de pierres.» Khelfouni intervient.
«Nous avons en stock des produits hautement inflammables. Une étincelle
aurait pu causer un drame. Comment peut-on lancer une bombe lacrymogène
à l’intérieur d’un atelier.»
Les protestataires ne manquent pas, en outre, de fustiger les pouvoirs
publics qui ont laissé leur entreprise végéter dans d’inextirpables
problèmes comme le blocage depuis 3 ans d’une commande, leur P-dg arbore
en public le sigle d’une société concurrente de la SNVI. «Nous voulons
sauvegarder le sigle SNVI.» C’est une exigence réitérée à plusieurs
reprises. «Pour l’heure, les 7 000 travailleurs de la SNVI sont en grève
jusqu’à la résolution de leurs problèmes et la libération de leurs
collègues», conclura Khelfouni.
Pour sa part le DG de la SNVI refuse de communiquer. Plusieurs confrères
qui se sont présentés devant la DG ont trouvé portes closes. En tout
état de cause, la célérité avec laquelle la brigade anti-émeutes s’est
déployée en face des travailleurs de la SNVI, la dureté de la charge
contre ces mêmes travailleurs, les deux choses placées dans le contexte
national de l’heure ont leur lecture.
Abachi L.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Abachi L.

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