La Grande-Mosquée de Bruxelles et les Fins Limiers du Royaume : «Schuman» entre l’enseignement des Frères musulmans et les prêches du wahhabisme

Lesoir; le Samedi 28 Novembre 2015
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De notre bureau de Bruxelles Aziouz Mokhtari
La Grande-Mosquée de Bruxelles —financement saoudien—, à quelques
encâblures du quartier européen, est, désormais, sous les feux de la
rampe.
Les services belges secoués par les attentats de Paris, tous conçus et
préparés minutieusement à partir de Molenbeek, «le petit Maroc» de la
capitale européenne, passent à l’action directe. Les fins limiers du
royaume mettent la pression sur les politiques pour les obliger à
prendre les décisions qui s’imposent. 
Ils obtiennent quelques succès dus, sans doute, à l’émotion créée par
les expéditions punitives sur la Ville Lumière.
La plus retentissante est sans nul doute l’annulation d’une convention
fiscale entre la Belgique et l’Arabie Saoudite. Cette mesure n’est pas
symbolique du tout, même si Riyadh ne souffrira pas financièrement de ce
redressement. N’empêche ! L’écho et les dimensions politiques d’une
telle prise de position de la part de la Belgique, pays d’habitude si
calme, si près de ses sous, si «vicieux» pour obtenir des contrats
juteux sans être trop regardant, porteront un coup au moral et à la
diplomatie des Al-Saoud, porteurs du wahhabisme destructeur, la
doctrine, en définitive, de Daesh, du takfirisme et du djihadisme
criminels.
Pour mettre en exergue le rôle de l’Arabie Saoudite dans l’encouragement
du terrorisme à l’international, les renseignements belges ont mis au
point un scénario intelligent, imparable. Il a été détecté, selon la
police, un colis suspect, devenu, subitement, de la «poudre», selon un
média du sensationnel, proche traditionnellement de la police, ensuite,
un quotidien du soir, «sérieux», évoquera une «attaque à l’anthrax»
pour, enfin, le lendemain on arrive à la conclusion que c’était de la
«farine». Ce cirque royal n’est pas, pour autant, inutile. Il a permis
de drainer une foultitude de journalistes, de cameramen, de
photographes, d’observateurs et de curieux vers la Grande-Mosquée de
Bruxelles.
Ce lieu de culte, à l’architecture moderne et plutôt correct, a toujours
bénéficié de la part des autorités publiques, ici, d’une attention
particulière. Les imams, prédicateurs et propagateurs de l’Islam d’ici,
ne dépassent pas des déclarations incendiaires ou des mots provocateurs,
des limites qui seraient contraires à la législation. Cependant, et tous
le savent dans Bruxelles et ses environs, la Grande-Mosquée de Bruxelles
n’est pas si innocente que les postures tout en nuances et en amabilités
de ses gestionnaires le laissent supposer. 
La culture en Islam portée par «Schuman» (c’est ainsi que la désignent
les musulmans ici) est rigoriste, fermée qui ne laisse pas d’espace à la
réflexion, à la philosophie ou à l’interprétation du dogme selon des
approches éclairées, de lumière. Les dirigeants de la Grande-Mosquée de
Bruxelles ne sont jamais aux premières lignes de la dénonciation des
actes terroristes qui se font au nom de la religion de Mohamed.
Pas un mot sur les massacres commis en Algérie dans les années noires et
rouges de la passation de pouvoirs entre le chadlisme décadent et les
FIS-GIA-AIS.
Les analyses les plus pointues concernant la Grande-Mosquée estiment
qu’elle navigue, avec tact, entre les thèses des Frères musulmans et le
wahhabisme politique. Aux premiers, l’enseignement des jeunes immigrés
qui veulent apprendre l’arabe et la religion des parents et des
grands-parents (les Frères musulmans sont-ils les mieux indiqués pour
cela ?) et aux seconds, les prêches et les discours des vendredis, des
jours saints, des fêtes du Sacrifice et de la fin du Ramadhan. Pourtant,
peu d’incidents — ou pas du tout — ont marqué les relations entre la
Grande-Mosquée et les autorités belges, Bruxelles ne se mêlant jamais de
ce qui regarde les autres, les musulmans pour peu qu’ils se tiennent
tranquilles et qu’ils ne foutent pas la pagaille dans le
royaume. L’Etat, ici, est neutre, une approche de la laïcité
intelligente, rassurante qui n’est pas celle — révolutionnaire — de la
France, ni celle, trop laxiste, des Anglo-Saxons.
Le wahhabisme, argenté et conquérant, a su trouver en Belgique et dans
toute l’Europe des espaces intéressants pour lancer sa doctrine
rétrograde, décadente et pourrie. Les attentats de Paris via la
Belgique, annoncent-ils la fin de l’impunité à Bruxelles de l’Arabie
Saoudite, du Qatar et des mouvances qui portent Daesh ? On verra
bien. L’Europe ayant toujours assisté le cambrioleur et versé des larmes
de compassion avec la victime (tesraq maâ essaraq ou tebki maâ moul
eddar).
A. M.

Categorie(s): monde

Auteur(s): A. M.

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