LA QUESTION SAHRAOUIE VUE DE BRUXELLES : Le Maroc de plus en plus isolé

Lesoir; le Mercredi 25 Novembre 2015
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De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari
Messahel, puis Ouyahia, puis Lamamra et, enfin, le Président Bouteflika
ont, certes, installé un cordon de sécurité autour de Saâdani pour
enlever les odeurs puantes que ses déclarations sur le Sahara occidental
dégagent. Récit bruxellois des Saâdaniates.
Les médias marocains, nombreux à Bruxelles, s’intéressent à deux sujets
— majeurs — pour eux. Molenbeek, «le petit Maroc» d’où les expéditions
punitives sur Paris ont été planifiées. Et la position de Saâdani sur le
Sahara occidental.
«Plus importante pour nous, se confie un journaliste très proche du
palais de Rabat, que le discours de Mohammed VI à Laâyoune».
Le cordon sanitaire dressé autour de Saâdani par l’Etat algérien sur le
dossier sahraoui suffit-il, suffira-t-il à se débarrasser des ôdeurs
puantes des «Saâdaniates». 
Pas sûr... C’est une condition nécessaire mais pas suffisante... Par ici
le récit et la sortie.
Les portiques de sécurité installés par l’Etat algérien autour de
Saâdani suffirait-ils à circonscrire le feu que le SG du FLN a allumé
pour incendier la diplomatie, affaiblir la doctrine algérienne en
matière de décolonisation.
Pas sûr, du tout. Même la nécessaire et revigorante rencontre entre
Bouteflika et Abdelaziz, Présidents algérien et sahraoui, semble
insuffisante. Les fautes morale, politique, historique, diplomatique du
trouvère Saâdani sont d’autant plus lourdes de conséquences qu’elles
interviennent au moment précis où le Makhzen était isolé sur la question
sahraouie. L’ONU avait rabaissé le caquet de Mohammed VI qui voulait
éconduire Christophe Ross. La conférence de Madrid de soutien au peuple
sahraoui, succès retentissant, a pu réunir autour d’un impressionnant
consensus espagnol (Droite-Gauche-Gauche unitaire — Verts — nouvelles
configurations qui montent aux dépens des partis socialistes et
Conservateurs telles Podemos ou Ciudadamos), l’ensemble de la société
civile, en plus du fait que le Forum de la capitale castillane a vu
intervenir dans la salle des congrès de Marcelino Camacho une brochette
de personnalités européennes de premier rang. Karin Scheele, ministre
autricheinne, ex-présidente de l’inter-groupe parlementaire européen
«prix pour le peuple sahraoui», des leaders politiques et d’opinions
venus des quatre coins du monde : Argentine, Mexique, Slovénie, Panama,
USA, Chili.
Une forte délégation française, ce qui est important, Paris étant
traditionnellement réticente au plan de paix de l’ONU et plutôt en
faveur du statu quo actuel.
Pierre Laurent, responsable du Parti communiste français et coordinateur
du Front «Gauche unie» européen, devait assister à la rencontre de
Madrid, les attentats du vendredi noir à Paris en ont empêché. Une
semaine auparavant, «Juristes du monde associés» avait, à Bruxelles, au
sein même du Parlement européen (PE), demonté et cassé l’argumentaire de
Rabat sur la «Marocanité» du Sahara occidental. «Juristes du monde
associés» est un regroupement composé d’experts, d’avocats, de
procureurs, de chercheurs indépendants et de femmes et hommes du droit
internatinal. Toutes et tous ont conclu à «l’illégalité de la présence
marocaine au Sahara occidental», dénoncé «le pillage des ressources
naturelles, de cette ex-colonie espagnole» et exigé «la programmation,
dans les délais les plus raisonnables, d’un référendum
d’autodétermination».
Parmi eux, Sara Ruiz Calvo, Barreau de Madrid, qui a pu obtenir d’un
juge espagnol que les «crimes», «exactions», «tortures», «enlèvements»
perpétrés par le Maroc sont de la responsabilité de l’Etat espagnol.
C’est une évolution-révolution dans le droit espagnol et qui mettra les
justices marocaine et espagnole en conflit direct. Sara Ruiz Calvo s’est
basée sur la doctrine de l’ONU qui ne reconnaît pas au Maroc le statut
de puissance administrante, ce dernier étant dévolu à l’Espagne. D’autre
part, la «sortie promarocaine» intervient au moment même où Ban Ki-moon,
Secrétaire général de l’instance onusienne, se positionne clairement —
et le déclare — pour l’organisation, rapidement, du référendum au Sahara
occidental.
Moon prévoit même de se rendre dans la région pour accélérer le
processus référendaire. Entretemps, Fédérica Mogherini, Madame politique
extérieure et de sécurité de l’Union européenne, chef de la diplomatie,
en définitive des 28, se positionne nettement et de façon qui ne prête à
aucune équivoque en faveur des «droits fondamentaux» des Sahraouis dont
le fondamental celui de l’autodétermination. Jamais le Maroc n’a été
autant isolé sur la question sahraouie. Les déclarations de Saâdani ont
été pour la presse du royaume du pain bénit. Les variations sur le thème
du Sahara occidental de Saâdani ont été plus commentées à Rabat que le
discours de Mohammed VI à Laâyoune colonisé.
A. M.

Categorie(s): monde

Auteur(s): A. M.

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