Le champ d’action de la diplomatie algérienne: Rapide aperçu et réflexions générales

Lesoir; le Mercredi 6 Novembre 2013
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Par Zineddine Sekfali
Géographiquement, humainement et culturellement, l’Algérie fait partie
de deux zones géopolitiques et géostratégiques qui sont le monde arabe
et l’Afrique. Rien de ce qui s’y passe en termes d’événements
politiques, militaires et économiques ne saurait laisser les Algériens
indifférents. Les enjeux y sont nombreux et, dans bien des cas, d’un
intérêt majeur pour notre pays.

Certaines parties de ces deux zones sont des lieux de tensions, de
luttes d’influence et parfois d’affrontements armés. La situation est
bien entendu suivie et analysée par les chancelleries étrangères ainsi
que par les institutions internationales. Elle fait aussi l’objet d’une
attention particulière par les services de renseignements des Etats
voisins ou lointains qui ont des intérêts économiques ou politiques à
préserver.
Pour l’Algérien lambda, plus ou moins attentif à l’environnement
international de son pays, les dossiers arabes et africains prioritaires
sont tout naturellement la Palestine, la Syrie, le Sahara occidental et
le Mali. On sait que ce sont là des pays où il existe soit des
affrontements armés soit des risques réels de dérapage vers des
situations conflictuelles susceptibles de déborder hors des frontières.
Il me semble aussi que certains comportements de la Ligue arabe et
l’Union africaine perturbent beaucoup d’Algériens et créent en eux
malaise et incompréhension.
Nombreux sont ceux aussi qui ne comprennent pas ce qui se passe en Libye
et en Tunisie, comme il est difficile à d’autres d’admettre qu’on n’aide
pas ces deux pays si proches du nôtre à se sortir des turbulences qu’ils
subissent.

La Palestine : «dhalma
aw madhlouma ?»
Comme on le sait, la question palestinienne est posée depuis au moins 65
ans. Ella a déjà donné lieu à trois guerres israélo-arabes «ouvertes»,
en 1948, en 1966 et en 1973. L’Algérie a militairement participé à celle
de 1973. Ni les unions arabes instituées et aussitôt dissoutes ni «les
Fronts du refus» proclamés, et tout aussi rapidement effondrés, n’ont
fait oublier ces guerres qui ont été perdues. La dernière d’entre elles,
en brisant la capacité offensive des armées égyptienne et syrienne, a
drastiquement réduit pour longtemps le rôle et l’importance de l’Egypte
et de la Syrie en tant que puissances militaires régionales.
Leurs armées, qui ressemblent désormais à des polices dotées de
matériels de guerre, ne font plus que des opérations de maintien de
l’ordre. Indiquons, pour éviter toute équivoque, que certains chefs
d’Etat arabes ou «hommes forts» n’étaient pas encore nés en 1948, année
de la proclamation de l’Etat d’Israël.
Ceci est notamment le cas de l’homme fort égyptien, le général
Abdelfattah Al Sissi qui est né en 1954.
L’autre chef d’Etat arabe, qui n’a participé à aucune de ces guerres,
est le président Bachar Al Assad, puisqu’il naquit en 1965, deux ans
avant l’occupation du Golan toujours occupé par Israël. Cet
ophtalmologue de profession a été fait colonel par son père après une
rapide formation militaire. Il est devenu président de la République par
voie successorale et par défaut, en quelque sorte, car son frère aîné
Bassel, qui était le dauphin désigné, est mort dans un accident de la
route.
S’agissant du «personnel politique palestinien vivant», on citera
d’abord Mahmoud Abbas, né en 1935, vieux militant de la cause depuis
1950, devenu en 2005 président de l’Autorité palestinienne, une entité
juridico-politique sui generis créée par les accords d’Oslo en 1993.
Il faut aussi mentionner Ismaël Haniyeh, né en 1962, devenu Premier
ministre en février 2006, suite à la victoire de son parti aux élections
législatives, mais démis de ses fonctions par le président Abbas en juin
2007. Un grand nombre de députés du Hamas ont été arrêtés par les
services israéliens, et le Parlement palestinien élu ne peut plus
siéger. L’Autorité palestinienne, échaudée par les résultats des
précédentes législatives, ne tient pas à organiser de nouvelles
élections législatives. De ce fait, Haniyé et son parti Hamas sont
renvoyés à l’agitation clandestine et aux actes extrémistes par ceux-là
mêmes qui ne cessent de crier au loup !
On voit bien aussi à travers ces péripéties antidémocratiques et les
multiples règlements de comptes politiques inter-palestiniens que
l’interlocuteur privilégié d’Israël et des Etats-Unis est Mahmoud Abbas.
Il faut bien également se rendre à l’évidence que le dossier
israélo-palestinien est, depuis longtemps, du ressort quasi exclusif des
Etats-Unis. Les Etats-Unis sont les initiateurs des réunions entre
Palestiniens et Israéliens (à Camp David, à Oslo, etc.) ; ce sont eux
qui en établissent les ordres du jour et fixent le contenu ainsi que les
limites des accords à adopter. Le dossier palestinien échappe évidemment
aux Arabes.
Or, ce sont les pays arabes qui ont recueilli les dizaines de milliers
de réfugiés palestiniens. De plus, l’Egypte et la Syrie ont subi
l’occupation militaire israélienne pour avoir pris fait et cause pour la
Palestine. La Ligue arabe, qui a déjà «mis une sourdine» sur tous les
dépassements israéliens, n’a pratiquement plus voix au chapitre sur la
question palestinienne. Pis encore, la situation s’est emballée du côté
arabe, puisqu’à présent, l’armée syrienne bombarde sporadiquement le
camp de réfugiés de Yarmouk à Damas, tandis que l’armée égyptienne a
entrepris de détruire les maisons et les tunnels par lesquels les
Ghazaouis s’approvisionnent en vivres, en médicaments et en matériaux de
construction. Récemment, le 30 octobre 2013 exactement, le quotidien
électronique français Fr24 titrait : «L’armée égyptienne resserre l’étau
autour de Ghaza» et écrivait : «De nombreux Palestiniens de Ghaza se
plaignent désormais d’être sous le coup de deux blocus, l’un israélien,
l’autre égyptien» !
L’agence AFP signalait de son côté, le même jour, qu’«Israël accélère la
colonisation de Jérusalem-Est en contrepartie de la libération des
prisonniers palestiniens» ! Cela m’a inspiré ce petit problème de calcul
à poser aux petits élèves des écoles primaires arabes : «Sachant
qu’Israël libère 25 prisonniers palestiniens tous les 45 jours, combien
de temps lui faudra-t-il pour coloniser Jérusalem-Est en totalité ?»
D’où ces questions que tout citoyen arabe lambda se pose : y a-t-il un
ministre arabe des Affaires étrangères assez franc pour interpeller son
homologue américain sur la poursuite par Israël de la colonisation de la
Palestine sur ce que l’on envisage de faire des réfugiés palestiniens
sur le droit à l’indemnisation des propriétaires arabes expropriés ?
Qu’est-ce qui empêche le secrétaire général de la Ligue arabe de saisir
celle-ci d’une liste de mesures à adopter pour faire cesser les
atteintes commises par Israël contre les biens des Palestiniens, contre
leur intégrité physique, contre tous leurs autres droits inaliénables,
contre les outrages au caractère sacré de la mosquée El Aqsa ?
Les ministres arabes des Affaires étrangères restent-ils muets comme des
carpes parce que leurs gouvernements sont gravement compromis,
irrémédiablement impuissants, totalement soumis aux injonctions
étrangères et frappés d’une peur-panique devant l’Oncle Sam? Quel est le
chef d’Etat arabe qui a rendu visite à Ghaza, cet «arabistan», au cœur
du pays de l’apartheid ?

Le Sahara occidental :
la quadrature du cercle ?
L’autre conflit qui s’est déjà inscrit dans la longue durée, c’est celui
du Sahara occidental. Il a surgi en 1974, il y a donc 39 ans. Les
évènements qui peuvent, d’une certaine manière, nous éclairer sur les
tenants et les aboutissants de cette affaire, sont, à mon humble avis,
les suivants :
- le 17 octobre 1975 la Cour internationale de justice a rendu un avis
consultatif, dont le caractère mi-chèvre, mi-chou a été souligné par
beaucoup de commentateurs du droit public international ;
- le 6 novembre 1975, le Maroc a lancé «la marche verte», et pratiquant
la politique du fait accompli, s’est annexé le Sahara occidental ;
- le 14 novembre1975, un «accord de Madrid» a été conclu entre
l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie. L’Espagne, en se dégageant
officiellement du Rio de Oro et de Saguia El Hamra, a partagé ce
territoire entre le Maroc et la Mauritanie. On ignore à ce jour sur
quelle base juridique l’Espagne de Franco a procédé à ce partage ;
- le 27 février 1976, le Polisario proclamait la création de la RASD et
aussitôt lançait des opérations de guérilla contre les Marocains et les
Mauritaniens ;
- les 26 et 27 janvier 1976 a eu lieu la première bataille d’Amgala qui
a causé, ceci est aujourd’hui notoire, de nombreuses pertes humaines et
le départ en captivité de dizaines de soldats algériens ;
- les 14 et 15 février 1976 a eu lieu une deuxième bataille d’Amgala, au
cours de laquelle toute une garnison marocaine fut anéantie et environ
150 soldats des FAR furent capturés. Tout le monde le sait aujourd’hui.
Suite à ces deux sanglantes batailles et aux graves tensions qu’elles
ont générées entre l’Algérie et le Maroc, l’ONU a désigné un médiateur
en la personne de Olof Rydbeck, ambassadeur de Suède auprès de l’ONU,
grâce auquel le pire – c’est-à-dire une nouvelle guerre des sables — a
pu être évité.
- En août 1979, la Mauritanie a signé avec le Polisario un accord par
lequel elle renonçait à sa part dans le Sahara occidental. Le Maroc a
aussitôt occupé cette partie «mauritanienne» du Sahara ;
- en août 1980, le Maroc entreprenait la construction d’un mur de
protection long de plus de 2 000 km ; ce mur a été achevé en 1987. Sa
surveillance mobiliserait, dit-on, plus de 100 000 hommes de troupe et
bien entendu un imposant arsenal de guerre ;
- en 1982, la RASD a été admise à l’OUA que le Maroc avait aussitôt
quittée (notons que bien que l’ONU se soit saisi du dossier de l’affaire
de Sahara occidental, la RASD n’est pas admise en qualité de membre de
cette organisation internationale) ;
- le 27 mai 1987 a eu lieu un échange de prisonniers militaires
marocains et algériens, capturés à Amgala en 1976 et donc restés en
captivité durant 11 années. Ces libérations ont permis de faire baisser
la tension entre les deux pays et de relancer la construction du Maghreb
arabe ;
- le 17 février 1989 a eu lieu la proclamation de l’UMA. Mais cette
institution dans laquelle certains avaient vu le cadre idéal pour le
règlement du conflit du Sahara occidental est rapidement entrée en
hibernation ; elle y est toujours ;
- le 6 septembre 1991, le Polisario proclamait un cessez-le-feu,
celui-ci est encore en vigueur ;
- le 29 avril 1991, l’ONU crée la Mission des Nations unies pour
l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso). Son mandat
est renouvelé annuellement ; il faut aussi noter que l’ONU a désigné, à
ce jour, au moins quatre envoyés spéciaux pour le Sahara occidental,
soit un Néerlandais (Peter Van Walsum), un Péruvien (Alvaro de Soto) qui
n’exercera que 9 mois, mais surtout deux Américains en l’occurrence
l’ancien secrétaire d’Etat James Baker (de 1997 à 2004), et depuis 2009
à ce jour, Christopher Ross, un diplomate en retraite, familier du monde
arabe (il a notamment servi en Algérie et au Maroc) ;
- en avril 2013, les Etats-Unis ont proposé d’élargir la compétence de
la Minurso en lui confiant la surveillance du respect des droits de
l’homme dans le Sahara occidental, puis sont revenus sur cette
proposition. Pour faire bonne figure, le Conseil de sécurité a alors
adopté, le 26 avril 2013, une résolution dans laquelle il «encourage les
parties à poursuivre l'action qu'elles mènent chacune pour renforcer la
promotion et la protection des droits de l'homme au Sahara occidental et
dans les camps de réfugiés de Tindouf (Algérie)».
On voit bien la différence qui existe entre «encourager» le respect des
droits de l’homme et en «contrôler» leur respect. De même, on aura
remarqué que l’appel s’adresse aux «parties» et s’inquiète aussi de la
situation des droits de l’homme dans les «camps de réfugiés de Tindouf».
Il paraît que dans le langage diplomatique, c’est là une résolution
«équilibrée»…
- Fin octobre 2013, le représentant de l’Algérie à la Conférence
africaine de solidarité avec la cause sahraouie, réunie à Abuja du 27 au
30 octobre 2013, a lu une communication tendant à confier à la Minurso
la prise en charge du contrôle du respect des droits de l’homme par le
Maroc dans le Sahara occidental. Du coup, la tension «diplomatique»
entre l’Algérie et le Maroc a atteint un nouveau pic : l’ambassadeur
marocain a été rappelé en consultation à Rabat - ce que l’Algérie déplore
- et des manifestations hostiles à l’Algérie se sont
produites devant l’ambassade et un consulat algérien d’où le drapeau
national a été arraché puis déchiré par des individus surexcités.
L’Algérie a dénoncé ces faits avec fermeté.
Mais il semble que depuis le retour à Alger de l’ambassadeur du Maroc et
les excuses officielles présentées par le Maroc, relativement aux
incidents qui se sont produits devant le consulat d’Algérie à
Casablanca, la tendance est au retour au calme.
- D’un point de vue général, il n’est pas sans intérêt d’observer que la
RASD a été reconnue par de nombreux Etats d’Afrique, d’Amérique latine
et des Caraïbes. Il convient cependant de signaler que certains pays ont
par la suite retiré leur reconnaissance. On remarque surtout qu’aucun
pays arabe, excepté l’Algérie, n’a reconnu la RASD. On observe aussi
qu’aucun des cinq Etats membres permanents du Conseil de sécurité de
l’ONU n’a reconnu la RASD. Ceci expliquant peut-être cela, on ne doit
pas non plus oublier que de nombreux cadres du Polisario, dont certains
ont été ministres, ont fait défection durant les années 1990. Il n’en
demeure pas moins que le Polisario a beaucoup d’amis et de sympathisants
dans le monde.
De ce qui précède, on retient les points positifs suivants :
1- Il n’y a plus de guerre au Sahara occidental depuis 1991 ;
2- l’ONU continue à rechercher les voies et moyens de parvenir au
règlement de ce conflit par des voies diplomatiques et pacifiques et
s’interdit d’envenimer la situation ;
3- malgré quelques pics de tension, les relations diplomatiques entre
l’Algérie et le Maroc sont maintenues dans un état plus ou moins normal
et les canaux de contacts directs ne seraient pas coupés. Ceci dit, il y
a lieu de signaler quelques points négatifs :
a- L’UMA est dans un profond état d’hibernation ;
b- la coopération économique entre les deux pays concernés reste à un
niveau très bas ;
c- le dossier du projet industriel colossal de Gara Djebilet, récemment
évoqué par la presse, est toujours dans l’attente d’une solution
définitive du conflit du Sahara occidental. En effet, pour être lancé
avec quelques chances qu’il soit amortissable puis rentable dans des
délais raisonnables, le complexe minier de Gara Djebilet doit être relié
par une ligne de chemin de fer à la côte Atlantique qui n’est située
qu’à 250 ou 300 km, alors que la côte méditerranéenne est à 1 600 km ;

d- la frontière terrestre avec le Maroc est fermée depuis neuf ans, ce
qui n’empêche pas que le «trabendo» et le «hallaba» d’être fructueux
pour les uns et catastrophiques pour d’autres ;
e- les diplomates et les politiciens nord-américains sont de plus en
plus présents dans le champ d’action des relations intermaghrébines ;
ils le sont davantage – ne nous faisons pas trop d’illusion — pour
protéger leurs intérêts stratégiques que pour les «beaux yeux» de tel ou
tel chef d’Etat ;
f- la situation aux frontières reste cependant volatile et propice aux
incidents. La conclusion, qui s’impose à propos de ce conflit, est que
les positions des parties sont restées figées. Elles sont du reste si
opposées que les rapprocher relève de la quadrature du cercle !

La Syrie, de Genève 1 à Genève 2, qu’en restera-t-il ?
Le conflit syrien est assurément parti pour durer. Personne, y compris
les agents les mieux informés des services des renseignements, ni les
initiés de la diplomatie et de la politique internationale ne
s’aventurerait à dire quand s’arrêteront les massacres, les destructions
et l’exode des populations syriennes. Ce que ce conflit inter-syrien a
révélé, c’est d’abord la persistance de ce l’on nommait la guerre froide
: il y a dans ce conflit, comme «un bras de fer», entre les Etats-Unis
et la Russie, ou une très dure «partie d’échecs» qui n’a toutefois rien
de ludique, car les pions y sont des Syriens – hommes, femmes et enfants
— et accessoirement les peuples arabes.
L’affaire syrienne a aussi mis à nu la désolante impuissance du Conseil
de sécurité de l’ONU, tiré à hue et à dia, par deux grandes puissances,
et enfin l’incapacité flagrante des Arabes à régler d’eux-mêmes et entre
eux-mêmes les problèmes arabo-arabes.
Chaque fois que l’occasion leur est offerte, les Etats arabes ne
manquent pas de donner raison à Jamal Eddine El Afghani qui a dit : «Ils
se sont mis d’accord pour n’être jamais d’accord.» Sa célèbre formule
est devenue une règle ne souffrant d’aucune exception.
Pis encore, dans cette guerre civile, où tous les coups sont permis, les
interférences multiples et les acteurs d’implacables sanguinaires, les
Etats arabes, au lieu de tenter une médiation, prennent partie pour un
camp dont ils deviennent les complices objectifs, et jettent l’anathème
sur l’autre camp, traité comme leur propre ennemi. Cela a donné lieu,
lors des réunions de la Ligue arabe, à quelques «tempêtes dans un verre
d’eau» et à des échanges d’invectives peu diplomatiques. Par ailleurs,
on ne peut passer sous silence, l’insupportable inertie de la Ligue
arabe devant ce qui se passe aujourd’hui au Caire et dans toute
l’Egypte.
Alors que Catherine Ashton, la commissaire européenne aux affaires
étrangères, a déjà effectué deux missions au Caire, la Ligue arabe, qui
est sur place et qui de surcroît a pour secrétaire général un Egyptien,
ferme les yeux et fait le mort ! Quant à l’ONU, elle a certes tenté une
médiation entre les Syriens par l’entremise de Kofi Annan puis de
Lakhdar Brahimi. Mais il y a dans le travail assumé par M. Brahimi
quelque chose qui rappelle le mythe de Sisyphe avec son rocher qui
dégringole la pente chaque fois qu’il arrive au sommet !
Le conflit a de plus en plus des allures sectaires et de guerre de
religions. Le régime syrien prend la posture du protecteur des minorités
et des chrétiens d’Orient et, de son côté, la Russie reconnaît
ouvertement qu’elle défend les chrétiens persécutés par les musulmans
fanatiques. J’y reviendrai, si possible dans une autre contribution, sur
la violente guerre médiatique ouvertement menée à l’occasion de ce
conflit. On remarque aussi qu’il s’est produit durant ces trois mois
écoulés une sorte de transfert de l’ensemble du dossier syrien aux deux
super-grands, qui ont sorti leurs navires de guerre et mis en état
d’alerte leurs aviations. Puis alors que la tension était à son
paroxysme, un coup de théâtre s’est produit : la Syrie a décidé de
détruire son arsenal chimique. Le spectre de la guerre s’étant évanoui,
tout le monde a applaudi, y compris ceux qui ne manquent pas de cynisme,
les Etats qui disposent d’un arsenal nucléaire, chimique et biologique.
On retiendra également de ce conflit qu’il est très rare que la
diplomatie, lorsqu’elle n’est pas solidement adossée à des forces armées
conséquentes, aboutisse à régler pacifiquement les conflits armés
localisés ou les guerres civiles.
«La diplomatie sans armes, c’est comme la musique sans instruments», a
dit Bismarck. Staline aurait dit à Churchill, qui plaidait la cause des
catholiques vivant dans les pays occupés par l’Armée rouge : «Le pape,
c’est combien de divisions ?» Disons, pour résumer tout cela, qu’il est
bien vrai que chaque Etat n’a que la diplomatie de ses moyens militaires
! Pour autant, cela ne signifie pas que «le militaire prime sur le
diplomate»…

L’affaire malienne, suivie
du déshonneur de l’UA
Le conflit malien a, quant à lui, débuté en janvier 2013 comme une
véritable guerre des sables. A présent, il prend les allures
d’opérations de police antiterroristes. Or, nous Algériens, nous savons
par expérience, si je puis dire, que la lutte contre le terrorisme peut
prendre beaucoup de temps.
Il semble en tout cas que cette «évolution» d’une guerre se transformant
en une opération de rétablissement de l’ordre a été prévue, puisque
l’ONU a levé, pour y faire face, une force de maintien de l’ordre de
plus 6 000 hommes. Ce qui pose problème, c’est la présence concomitante,
sur le terrain, de troupes spéciales françaises qui seront bientôt
renforcées par d’autres contingents occidentaux et la présence dans les
airs de drones américains de surveillance et d’attaque.
La situation malienne, en évoluant de cette manière, a rendu caduques
deux structures qui avaient été mises en place sur proposition de
l’Algérie : un état-major militaire commun aux quatre pays du champ
(entendre par-là l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie),
installé à Tamanrasset en avril 2010 ainsi qu’un service centralisé du
renseignement installé à Alger en septembre 2010. Comme quelques-uns, je
suis de ceux qui croient – mais on peut se tromper — que l’on ne serait
pas arrivé à cette situation malsaine, si notre action diplomatique
auprès des chefs des bandes armées qui pullulaient dans le Sahel et des
chefs religieux influents de cette région avait été soutenue par des
frappes militaires hors de nos frontières, suffisamment fortes pour
couper court aux activités subversives et terroristes de ces bandes
armées ou réduire leur nocivité.
Pour l’Algérie, les occasions de réagir étaient nombreuses : il y a eu
d’abord l’attaque à Tinzaouatine (juin 2010) contre un groupe de
gardes-frontières, qui a fait douze morts, dont un officier ; il y a eu
ensuite le rapt de trois humanitaires étrangers à Tindouf (octobre
2011), lieu réputé sécurisé à 100% ; il y a eu aussi les attentats
contre des édifices militaires à Tamanrasset (mars 2012) et à Ouargla
(juin 2012) chefs-lieux de wilaya ; il y a eu en plus l’enlèvement de
sept employés algériens de notre consulat à Gao (avril 2012) ; et pour
couronner le tout, des terroristes, commandés par un Algérien rempli de
haine pour son pays, ont attaqué le complexe pétrolier de Tinguentourine
(janvier 2013).
La position doctrinale de l’Algérie serait la suivante : l’ANP
s’interdit par principe d’intervenir en territoire étranger. Je partage
le point de vue de ceux qui pensent que cette position est spécieuse et
que le principe invoqué est injustifié. Ceci pour deux raisons
essentielles : la première est que l’ANP est déjà intervenue à
l’étranger, en allant appuyer l’armée égyptienne bousculée par l’armée
israélienne, en 1973 ; la seconde est qu’en intervenant militairement en
territoire malien pour donner la chasse aux terroristes qui ont attaqué
des Algériens ou des intérêts algériens, l’ANP ne s’attaque pas au Mali,
ne commet aucune agression contre ce pays et ne viole pas sa
souveraineté. Rappelons au passage que si notre pays a créé, en 2010
avec le Mali, le Niger et la Mauritanie, un état-major commun et un
service central du renseignement militaire, ce n’est sans doute pas pour
s’interdire de pourchasser les terroristes où qu’ils se trouvent ; ce
serait absurde.
Pour clore ce chapitre consacré à l’affaire malienne, signalons que
l’Union africaine qui, volens nolens, a fini par donner son accord à une
intervention militaire étrangère au Mali, puis a accepté de fournir des
contingents de soldats africains, vient d’adopter une résolution
appelant à octroyer l’immunité et l’impunité aux génocidaires et autres
dictateurs passés ou actuels du continent africain.
C’est simplement choquant. Voici du reste ce que pense de cette
résolution l’une des plus grandes consciences de l’Afrique, l’homme de
religion Desmond Tutu, prix Nobel de la paix. Dans un appel plein
d’humanité et de courage, dont voici quelques extraits, il dit : «Au fil
de mes longues années d’existence, j'ai beaucoup travaillé et voyagé, et
j’ai compris que le combat pour la justice est long et difficile (…).
J’ai été le témoin du pire au Darfour et au Rwanda comme du meilleur
avec la réconciliation en Afrique du Sud. Toute ma vie, j’ai vu naître
d’immenses progrès qui protègent les faibles contre les plus forts et
nous redonnent espoir à tous. (…) La CPI est une de ces avancées,
véritable symbole d'espoir.
Cette institution unique est menacée précisément parce qu’elle fait son
travail. (…) La Cour joue un rôle essentiel : elle redonne espoir à ceux
qui sont terrifiés par les armées, les milices et les fous qui font la
guerre aux innocents.
C’est une lumière dans le noir que l’on ne peut laisser s’éteindre (…)
Le principal argument des dirigeants qui n’ont pas la conscience
tranquille est que la CPI est l’instrument d’une chasse aux sorcières
orchestrée par les pays du Nord, car la plupart des procès portent sur
l’Afrique. Cependant, rien n’est plus faux, c’est une institution créée
par 20 pays africains, 5 des 18 juges sont originaires du continent et
le procureur principal est une femme gambienne…».
Z. S.

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Auteur(s): Z. S.

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