Le coup de bill’art du Soir: Raymonde «Taous» Peschard

Lesoir; le Samedi 6 Decembre 2014
2

Par Kader Bakou
Le 26 novembre 1957, Raymonde Peschard est morte pour l’indépendance de
l’Algérie. Malgré le fait que le groupe était sans armes, Rachid
Belhocine, Arezki Oukmanou et Redjouani furent sauvagement tués.
Raymonde Peschard réagit vigoureusement. Elle trouva «le courage de
déverser sur les soldats un flot d’injures, les traitant de sauvages, de
barbares et de nazis», écrit Djoudi Attoumi dans son livre Avoir vingt
ans au maquis.
Raymonde Peschard était dans un groupe de maquisards en partance vers la
Tunisie. Le groupe a été repéré par l’armée française à Draâ Errih, sur
le djebel Tafertas, un chaînon des Bibans, à une vingtaine de kilomètres
de Medjana (Bordj Bou-Arréridj). Raymonde Peschard fut capturée avec
Rachid Belhocine, médecin, Arezki Oukmanou et Redjouani, étudiant en
mathématiques. Ligotée, couchée, le visage contre le sol, elle reçut une
balle de révolver dans la nuque, tirée à bout portant par un officier.
Dans un communiqué lu à la radio et diffusé par la presse, Robert
Lacoste, ministre résident, présenta sa mort comme un titre de gloire
pour l’armée française.
Raymonde Peschard venait de boucler ses trente ans. Elle est née le 15
septembre 1927, à Saint-Eugène (aujourd’hui Bologhine), à Alger. Elle
grandit à Constantine chez son oncle paternel Edouard qui l’accueillit à
la mort de sa mère. Elle reçut une bonne instruction. Elle doit son
éveil politique à l’oncle Edouard, membre du Parti communiste algérien (PCA),
très estimé de la population constantinoise, témoigne William Sportisse,
son camarade de lutte.
Les années 1940-1950 marquent son engagement dans les luttes sociales et
politiques. En 1950, elle mobilisa les femmes constantinoises dans la
lutte contre les arrestations des membres de l’Organisation Spéciale
(OS). Militante du PCA, elle était aussi au Comité de lutte contre la
répression aux côtés de Cheikh Hamani et de Réda Houhou, dirigeants
locaux de l’Association des oulémas. Fichée par la police politique,
Raymonde Peschard fut expulsée du département de Constantine en 1955.
Après un bref passage en France puis à Oran, elle regagna Alger où elle
trouva un emploi d’assistante sociale à l’EGA (Electricité et Gaz
d’Algérie).
Elle intégra le FLN et prit le chemin du maquis de la Wilaya III au mois
de mars 1957. Elle demanda elle-même à faire partie d’un groupe de
combat. Les paysannes remarquèrent sa beauté et sa bonté et lui
donnèrent le nom de Taous.
A l’indépendance, sa dépouille fut transférée au cimetière de
Constantine où elle repose auprès de son oncle Edouard, décédé en 1949.
En 1963, l’Algérie indépendante reconnaissante donna son nom à une
grande artère de la ville de Constantine. Ceci en attendant la promesse
d’une place Henri Maillot à El Mouradia (Alger), toujours en attente,
après l’inexplicable l’annulation de son inauguration, le 19 mars 2014.
K.  B. 
bakoukader@yahoo.fr

Categorie(s): culture

Auteur(s): bakoukader@yahoo.fr

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..