LE SOIR DE L'EST

Lesoir; le Dimanche 23 Decembre 2012
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Un quart-monde dans un pays riche
En ce mois de décembre, dans la wilaya de Bordj Bou- Arréridj, il fait
froid et des centaines de familles nombreuses ne peuvent pas se
chauffer.
Il s'agit principalement de familles nombreuses du chef-lieu de la wilaya
et des communes en zone rurale, à savoir Rabta, El Hamadia, Djaffra, Ras
El Oued, Bordj Ghedir, Khelil, Aïn Tagrout. La cause ? Les factures de
gaz et d'électricité impayées, ce qui engendre fatalement des coupures
d'énergie, la privation de chauffage pour des centaines de ménages qui
se retrouvent dans cette situation. S'ajoute à cela la hausse générale
des prix des denrées alimentaires. A titre illustratif : un kilo de
pommes de terre coûte 70 DA, la courgette 100 DA, le poivron doux 130
DA, l’aubergine 80 DA, la salade verte 50 DA, le choux-fleur 100 DA, la
mandarine 100 DA , la viande rouge 1 300 DA le kg, la viande blanche 350
DA. Il est impossible pour un père de famille qui a une moyenne de
quatre enfants à charge, percevant comme salaire le SMIG à 18 000 DA par
mois de subvenir aux besoins de sa famille sur le plan nourriture,
fournitures scolaires, effets vestimentaires, loyer et charges
locatives. Sur les marchés des fruits et légumes, l’on voit tous les
jours des enfants, des femmes, des pères de famille à la recherche d’un
fruit ou d’un légume, ce qui sera leur unique repas de la journée. Le
chômage aidant, il y a des enfants qui n’ont jamais vu leurs parents
travailler ni même se lever le matin et qui décrochent du système
scolaire dès la première année secondaire, reproduisant le schéma
familial. Des femmes souvent jeunes font des enfants, car être mère est
un statut, un moyen de décrocher un logement social ou faire de la
mendicité. Les hommes vivotent en travaillant au noir ou s’adonnant à
des trafics en tous genres, ou en ne faisant rien de leur journée. Ils
pensent que c’est la faute de l’Etat, ils n’arrivent pas à comprendre
pourquoi ils n'ont pas la même qualité de vie qu’un Suisse, un Emirati
ou un Saoudien, étant donné la richesse du pays. Mais où vont les
milliards de dollars de la rente pétrolière ? L’on voit certains
fonctionnaires rouler carrosse et mener un train de vie princier, devant
la misère insolente du peuple, alors qu'ils perçoivent un salaire
maximal de 50 000 DA. Normal, dit un père de famille, de surcroît
chômeur. La corruption est devenue une culture, voire un sport national
en Algérie. Les inégalités s'accroissent par le haut, ce qui veut dire
que ce sont les hauts revenus qui augmentent, alors que les bas revenus
diminuent, ce qui fait que les pauvres sont toujours plus nombreux à se
retrouver dans la fourchette la plus basse. Le fait d’être pauvre est
vécu comme une injustice insupportable. Il ne s'agit pas seulement du
niveau de ressources mais de conditions de vie ressenties. La cohésion
sociale d'un pays dépend en grande partie de la façon dont les richesses
sont réparties et de la manière dont la population juge cette
répartition. Pauvreté et inégalités sont donc indissociablement liées. A
force de vivre en marge de la société, ces laissés-pour-compte
n’imaginent pas rejoindre un jour la communauté, vivre autrement que
sans ambition ou au jour le jour, logés dans des immeubles où plusieurs
générations cohabitent, dans la même cage d’escalier, voire le même
appartement, les grossesses précoces, la prostitution, les violences
familiales, parfois piqués par des insectes, l’alcoolisme ou la drogue,
la malnutrition, l’échec scolaire ou l’analphabétisme. Les maux
consécutifs au chômage ou à la mauvaise vie sont nombreux et se
perpétuent ainsi de père en fils et de mère en fille. La seule chose
qu’ils partagent en toute équité est l’odeur et la misère. La population
pauvre trouve le soleil sous un ciel désespérément bas sans la moindre
ombre d'espoir.
Layachi Salah Eddine

Categorie(s): régions

Auteur(s): Layachi Salah Eddine

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