LE SOIR DU CENTRE

Lesoir; le Mercredi 28 Novembre 2012
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IMPLANTATION D’UN CENTRE DE
TRAITEMENT DES ORDURES MÉNAGÈRES À RÉGHAÏA
Les citoyens stoppent les travaux d’aménagement
Des citoyens de Réghaïa et Heuraoua, à l’est de la wilaya d’Alger,
de Boudouaou, Boudouaou El Bahri et Ouled Heddadj, à l’ouest de la
wilaya de Boumerdès s’organisent pour s’opposer à l’implantation d’un
centre de traitement des ordures ménagères qui n’est pour eux qu’une
«décharge».
Ce projet sera érigé sur le terrain de l’EAC n°5 de la ferme Aïssa
Bouraâda sur une superficie de 25 ha. Cette ferme est située à quelques
centaines de mètres à l’est de la ville de Réghaïa. L’endroit choisi est
un plateau, situé au centre des localités citées plus haut. Selon les
citoyens qui nous ont rendu visite, les autorités comptent transférer la
décharge d’Ouled Fayet vers l’est d’Alger. Les contestataires ont d’ores
et déjà stoppé les travaux d’aménagement de ce site et le 16 octobre
dernier, ils ont fermé la route (ex RN5) reliant Boudouaou à Réghaïa.
Parallèlement à cette action de rue, les opposants à ce projet font
circuler une pétition. Cette résolution citoyenne sera envoyée au
président de la République pour demander son intervention en vue
d’annuler l’implantation de cette unité de réception d’ordures dans la
région. «Nous agissons pacifiquement et nous essayons de calmer les
jeunes mais nous ne garantissons pas le calme dans le cas où ce projet
serait maintenu », nous diront nos visiteurs. Il est clair que des
jeunes sont prêts à en découdre avec les pouvoirs publics à cause de ce
projet. Les citoyens craignent des nuisances et une atteinte à leur
cadre de vie, et surtout leur santé. Dans ce dossier, seul le maire
sortant de Réghaïa, Bachir Lezhari, a consenti à répondre à nos
questions en nous donnant quelques vagues indications. Il nous a déclaré
que l’institution qu’il gère n’est pas concernée par ce projet. «La
commune n’a aucune relation avec ce projet mis en exécution par le
gouvernement en 2006 bien avant notre arrivée à l’APC.» Selon lui, c’est
un centre de triage et de recyclage des ordures ménagères doté de moyens
modernes et qui sera réalisé par une entreprise européenne. De son côté,
le président de l’EAC, touchée par ce projet, Amar Malaoui, nous a
confirmé que les travaux ont été lancés sur une parcelle de 25 ha d’une
ferme qui en compte 90. Selon lui, cette ferme produit des céréales, du
raisin de table et une partie est utilisée comme pépinière. Questionné
sur les modalités de l’expropriation, il dira qu’il n’a reçu à ce jour
aucun document officiel. «Au début des travaux, j’ai avisé la
subdivision agricole de Rouiba qui m’a informé verbalement que le
gouvernement a décidé d’implanter cette décharge. Evidemment, nous les
membres de cette EAC, nous nous opposons à ce projet mais que pouvons-
nous faire contre la puissance de l’Etat», dira-t-il. Ignore-t-il que la
loi lui donne des droits ? De son côté, un spécialiste de
l’environnement, membre de l’Association écologique de Boumerdès (AEB),
nous a déclaré : «A ma connaissance, ce n’est pas une décharge mais un
centre d’enfouissement technique des déchets ménagers.» Notre vis-àvis
précisera en outre : «Un tel centre requiert une gestion très stricte
pour éviter des désagréments aux populations. Or, le seul va-et-vient
quotidien de centaines de camions chargés d’ordures qui laisseront une
bonne partie de leurs cargaisons en cours de route sera source de
désagréments.»
Lois sur l’environnement et l’expropriation violées ?
Nous avons tenté d’avoir plus d’éclaircissements de la part des
responsables d’institutions concernées par ce projet. Pour ce faire,
nous avons joint par téléphone la Direction de l’environnement de la
wilaya d’Alger que nous avons, par ailleurs, relancée par courrier par
le biais de la cellule de communication de la même wilaya d’Alger. Nous
avons également pris attache avec le cabinet du wali délégué de Rouiba.
Aucun responsable n’a daigné éclairer notre lanterne. En l’absence d’une
précision officielle, c’est la désignation citoyenne de ce projet qui
reste pour nous la bonne. Plus important, ces éclaircissements restent
nécessaires d’autant que, a priori, les autorités ont violé la
réglementation en matière d’implantation d’unités classées, notamment
les articles 74, 83, 90, 91 et 131 de la loi n°03/10 du 19 juillet 2003
portant sur l’environnement dans le cadre du développement durable mais
surtout l’article 10 du décret exécutif n°07/145 du 19 juillet 2007,
concernant les obligations du promoteur, s’agissant de l’élaboration de
l’enquête sur l’étude d’impact et le droit des citoyens d’être associés
et par conséquent informés du processus. La loi leur donne, en effet, le
droit d’émettre un avis lors de l’enquête. Au passage, les pouvoirs
publics auraient également malmené quelques articles de la loi 83/03 du
5 mars 1983, relative à la protection de l’environnement. Par ailleurs,
si les propos du président de l’EAC, disant qu’il n’a reçu aucun
document lui notifiant l’expropriation de la parcelle où sera implantée
cette «décharge» sont confirmés, il y a donc violation des articles 11,
13 et 25 de la loi 91/11 fixant les règles relatives à l’expropriation
pour utilité publique et l’article 11 du décret exécutif 93/186 portant
modalités d’application de la loi susmentionnée.
Abachi L.

Categorie(s): régions

Auteur(s): Abachi L.

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