LE SOIR DU CENTRE

Lesoir; le Jeudi 6 Decembre 2012
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TIPASA
Des moudjahidine de la Wilaya IV en conclave
C’est dans le cadre du cinquantenaire de l’Indépendance que les
associations «les amis de Cherchell» et «Alaouzerf» de Hadjret Ennouss,
ont réuni en conclave plusieurs moudjahidine de la Wilaya IV historique. L’objectif de ce conclave, selon M. Kebilene, un des dirigeants de
l’association «les amis de Cherchell», était «d’organiser une évocation
des hauts faits d’armes de la révolution armée dans la Wilaya IV
historique mais aussi de pérenniser et d’écrire l’histoire de l’Algérie
par le témoignage de ceux qui sont encore en vie». Ce conclave s’est
tenu tout au long du mois de novembre, dans des lieux réputés
historiques où se sont déroulés des hauts faits d’armes, avec la
contribution d’éminents responsables locaux de la révolution algérienne.
Ce fut l’association «Alaouzerf» de Hadjret Ennouss, et sa section
«histoire» dirigée et animée par l’historien et chercheur Mohamed Rebah
et les dirigeants Ghilassi et Nacer Melhani, qui proposa plusieurs
thèmes, notamment l’évocation des hauts faits d’armes du chahid Abdelhak
dans la célèbre bataille de Lalla Aouda, le chahid Lakhdar Bouchema,
dans l’affaire Si Salah et, enfin, le rôle des camps de regroupement, ou
SAS, dans les efforts de démantèlement de la lutte armée dans la Wilaya
IV et dans toute l’Algérie. Des personnalités prestigieuses de la Wilaya
IV historique étaient présentes, à l’instar du commandant Lakhdar
Bouregaa, des moudjahidine Hmimed Ghebalou, Mohamed Younes, Ali Azibi et
autres valeureux témoins et acteurs de la lutte armée. Le témoignage du
moudjahid Younes Mohammed, membre du commando Abdelhak, contemporain des
chouhada Bouchema et Abdelhak, a été édifiant. Ce moudjahid qui a
rejoint le maquis en 1956, fut le témoin vivant des combats, mais aussi
l’ami et l’allié des héros de la Wilaya IV-ALN, à l’instar des leaders
de la 1re Section commando FLN/ALN, tels Si Abdelhak, Bouchema Lakhdar,
Zegrar, Abdi, Bendifallah, Djeloul Benmiloud et tant d’autres héros
tombés au champ d’honneur. A ce propos, il retraça une brève biographie
du chahid Bouchema, en disant que «Bouchema Lakhdar avait milité
activement dans une cellule de postiers au centre de triage d’Alger-
Gare. Ce fut à cette époque qu’il fit la connaissance du colonel M’hamed
Bouguerra, recherché par la police coloniale de Cherchell et rejoignit
le maquis de la Wilaya IV, en octobre 1956. Intellectuel, stratège et
combattant émérite, il sut gravir tous les échelons de l’organisation
politicomilitaire de la Wilaya IV. Il fut l’une des figures marquantes
de la guerre de Libération nationale, tant sur le plan national au sein
de la Wilaya IV, dont il était l’officier supérieur chargé des liaisons
et du renseignement, qu’au niveau externe avec «l’affaire de l’Elysée»,
dite aussi «affaire Si Salah», dont il joua un rôle majeur». Pour sa
part, le moudjahid Ghebalou Hmimed a rapporté que «le colonel Bouguerra
avait toujours apprécié les capacités et les compétences de Lakhdar, qui
furent précieuses pour la Révolution algérienne. Il emmena ensuite
Lakhdar avec lui dans la zone de combat de Tenès. Il avait prédit un
rôle et une mission historique à Lakhdar». Quant au commandant Bouregaa,
son intervention et son témoignage à propos de Lakhdar Bouchema furent
émouvants. «Il fut un compagnon d’armes, un intellectuel et un héros de
la Révolution algérienne. Il fut tué à son retour de Paris, après
l’entrevue des dirigeants de la Wilaya IV, avec le général de Gaule»,
déclarait avec émotion Bouregaa, qui demanda la tenue d’une autre
conférence de ce type, regroupant tous les acteurs ou témoins vivants de
cette tragédie. Mohamed Younes, à l’appui de son poignant témoignage,
tira de ses poches de vieux documents écrits par le chahid Bouchema, en
guise de témoignages écrits depuis le cœur des zones de combat, intitulé
«Tatouilt ou le souvenir» que l’orateur déclama fièrement et avec
émotion : «Les colonnes françaises progressaient lentement, car hier au
matin, dans les monts du Zaccar… car hier au matin, dans les monts du
Zaccar… la décision héroïque d’atteindre l’ennemi avait été prise… La
bouleversante fraternité qui unit les moudjahidine avait joué, et pour
dégager la «Hamdania» du Zaccar, 100 braves allaient affronter plusieurs
régiments soutenus par l’artillerie et l’aviation.» Mohamed Younes, tout
au long de sa lecture, ponctua son récit pour reprendre fièrement le
manuscrit de Bouchema : «Au loin, une rumeur sourde monte derrière les
monts Aneb ; les hélicoptères tels des pachydermes volants, déversent
plusieurs bataillons de parachutistes en renfort. Presque aussitôt, les
escadrilles de Jaguar, T6 et Mistral emplissent le ciel d’une clameur
immense. Lâcheté suprême, le commandant français fait donner du napalm.
Le tonnerre des batteries 105 se déclenche. La première section repérée
engage le duel avec l’aviation. L’explosion des roquettes labourant le
sol, déchire les tympans et la terre meurtrie semble vomir ses
entrailles !...» Quant au moudjahid Ali Azibi, il évoqua «le sort
dramatique et poignant qui fut réservé à plusieurs femmes du camp de
regroupement de Messelmoune, dont certaines furent surprises hors de ce
camp portant du café, du sucre et de la galette aux moudjahidine campés
dans les maquis de Hayouna, à Gouraya. Ces femmes héroïques furent
assassinées par les soldats coloniaux du sinistre 22e Régiment
d'infanterie et jetées à la mer sur la plage de Bois Sacré». Evoquant
une brève biographie de ce chahid, Ghebalou Hmimed, un de ses fidèles
compagnons, a déclaré que «Noufi Ahmed de son vrai nom, Abdelhak,
déserta l’armée française pour rejoindre Alger clandestinement. De là,
il rejoignit le maquis de Palestro en 1955, dans lequel se trouvait Ali
Khodja. Ce fut en compagnie de Ali Khodja que Abdelhak se distingua par
sa bravoure et son engagement guerrier.Il fut désigné par Abane Ramdane,
en même temps que Soufi et Hmimed Ghebalou, en juillet 1956 pour
organiser le maquis à l’Ouest et effectuer la jonction avec l’Oranie. Il
décéda héroïquement en 1957 lors de la bataille de Lalla Aouda Damous.
Son corps fut exposé sur un halftrack au cœur de la ville de Cherchell».
Et Ghebalou Hmimed d’ajouter : «Le sacrifice de Abdelhak a été un
sacrifice intelligent.» L’historien et chercheur Rebah, dans son exposé,
avait évoqué la douloureuse période des camps de regroupement et des
sinistres SAS. A ce titre, il mit l’accent sur «le parcage inhumain de
la population rurale, déracinée et délocalisée contre son gré et
encerclée par des barbelés et totalement démunie au sein de ces camps de
regroupement».
Larbi Houari

Categorie(s): régions

Auteur(s): Larbi Houari

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