Lettre de province: APN : illusoire sursaut d’orgueil

Lesoir; le Samedi 28 Novembre 2015
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Par Boubakeur Hamidechi
boubakeur.hamidechi@Yahoo.fr
Ce
qu’il y a d’émouvant et d’illusoire à la fois dans l’atmosphère
électrique que vient de connaître le Parlement n’est pas dans le fait
que des députés réhabilitent l’interpellation critique, donnant ainsi du
mordant aux débats, mais plutôt qu’ils le fassent en toute connaissance
de cause. Celle qui est toujours en vigueur et qui leur rappelle qu’ils
ne pourront guère censurer le gouvernement.
Comme quoi ils ne sont plus dans la confrontation politique avec ses
probabilités d’échec mais aussi de succès mais bel et bien dans une
sorte de manifestation gratuite des vieilles colères cachées qui les ont
accompagnés durant leurs 3 années de mandature. Artistiquement, il
apparaît clairement que nos parlementaires ne manquent guère de talent
lorsqu’ils se veulent frondeurs pour peu que les postures de la
désobéissance qu’ils assument dans l’immunité de l’hémicycle ne leur
soient pas préjudiciables pour la suite de leur carrière. Cette prudence
remarquable habituellement chez les «élus» de la majorité n’est
cependant pas partagée par ceux qui se reconnaissent dans l’opposition.
Ceux-là appréhendent leurs mandats d’opposants comme des actes de
témoignages dès l’instant où ils sont minoritaires, d’où le punch dont
ils viennent de faire preuve en riposte au contexte trouble que connaît
le régime. Toutefois, en marge de la vigueur de leurs critiques, il s’en
est trouvé singulièrement quelques grognards qui ont osé défier la
discipline de leur «grand parti» et son orthodoxie en se rangeant du
côté des frondeurs. Et c’est cette rarissime espèce, dont la voix s’est
jusque-là dissoute dans l’unanimisme du parti, qui indique que les
mécontentements en petits comités pourraient faire tache d’huile dans
les maisons partisanes afin d’en finir avec ce parlementarisme de
pacotille. Sauf que dans l’immédiat, ces quelques infidélités solitaires
compteront si peu au moment où les mains se lèveront pour adopter les
désidératas du gouvernement. C’est que l’on est loin de la possibilité
démocratique de modifier un projet ou, plus radicalement, le retoquer.
C'est-à-dire rejeter purement et simplement la copie de l’exécutif. A
l’origine de notre régression, il y eut avant tout la perception
antidémocratique du président de la République qui, il y a 10 années de
cela, s’était autorisé, à travers une de ses multiples foucades, de
brocarder le pluralisme partisan. «Pour nous, l’instauration de la
démocratie pluraliste et représentative n’est pas une fin en soi»,
décrétera-t-il sur le ton de l’ironie et du mépris. Il ne fait donc pas
de doute que nous demeurons toujours coincés par cette volonté de
verrouillage que maquille le formalisme des urnes. Sur cet aspect, le
fonctionnement du pouvoir législatif atteste de sa neutralisation. En
effet, le Parlement continue à assumer tous les (mauvais ? !) rôles sauf
celui de contrôler l’action des pouvoirs publics. Et c’est cet
empêchement de taille qui vaut aux deux chambres les plus détestables
réputations. Dès lors qu’il est notoirement avéré que le «repeuplement»
cyclique de ces deux instances doit peu à l’électorat et que la
recomposition des majorités en leur sein a toujours été l’œuvre
exclusive de Bouteflika, il ne pouvait y aller que de la crédibilité de
l’Etat dès l’instant où la notion même de «représentation nationale» a
perdu son sens premier. Après trois législatures et autant de mandats
présidentiels, la décomposition des institutions a fini par déboucher
sur une forme inattendue relative au militantisme. Celle qui a inspiré
la dérision populaire en qualifiant celui-ci de «trabendo politique» par
allusion au tremplin de l’argent ayant permis à des hommes d’affaires
véreux de siéger dans l’hémicycle et pour le moins nantis de devenir
maires de quelques juteuses cités. Mais comment expliquer une pareille
dérive sans l’imputer, d’abord à la permissivité du pouvoir dont
l’objectif permanent a été d’aliéner tous les vecteurs qui le menacent
et de s’attarder ensuite sur les rôles des partis les plus en vue qui
ont confondu libéralisme économique et libéralités politiques en ouvrant
leur porte aux puissances de l’argent devenues pourvoyeuses de notables
politiques. Définitivement confinés dans des liens de soumissions, ces
appareils qui fournissent l’essentiel de cette fausse majorité au
Parlement sont eux-mêmes coupables de l’actuel état de pourrissement.
Autant dire que la rupture avec le monolithisme du parti-Etat n’a pas
permis l’émergence de la culture de la diversité espérée.
En définitive, ce qui à son époque était présenté comme l’axe de la
rupture n’avait été qu’une insidieuse opération de reclassement de la
vieille élite politique issue d’une même matrice idéologique et que l’on
retrouve à l’œuvre dans deux ou trois pôles. D’où la fâcheuse
inclination de cette nébuleuse de ne jamais s’autoriser à faire la leçon
au pouvoir. D’ailleurs le modèle de cette servitude droite dans ses
bottes n’est-il pas incarné par Ouyahia qui disait et n’a cessé de le
répéter de nos jours qu’il « ne savait pas ce que le mot opposition
voulait dire».
Passée donc de l’ancien statut de chambre d’enregistrement muette à
celui de forum de toutes les approbations, l’APN a fait étonnamment
reculer la morale politique bien plus que ne le fit l’article 120 de
triste mémoire, garde-fou du parti unique. Et pour cause, ils y ont
ajouté la tromperie des enseignes politiques à la traditionnelle
cooptation. Cela dit, l’on comprend pourquoi il n’y a pas lieu de faire
grand cas de tous les chahuts auxquels s’adonnent de temps à autre nos
députés, lesquels n’ont jamais déstabilisé le moindre «ministricule» et
encore moins contraindre un gouvernement à retirer un projet de loi.
D’une session à une autre, le spectacle est rejoué sur le même scénario
avec l’assurance qu’il ne se conclura jamais par de fâcheuses
conséquences.
B. H.

Categorie(s): chronique du jour

Auteur(s): B. H.

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