LETTRE DES USA: Le terrorisme des armes

Lesoir; le Jeudi 20 Decembre 2012
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Ici le deuil est national. La douleur est immense. Quelques jours après le massacre de Sandy Hook, une école primaire d’une petite ville du Connecticut, l’horreur est toujours dans les esprits. Deuxième plus grande tragédie liée aux tueries de masse, la sauvagerie dont ont été victimes 20 enfants âgés de 6 à 7 ans, ainsi que 6 adultes, est plus que jamais le déclic tant espéré pour relancer le débat sur le deuxième amendement qui consacre la liberté du port d’armes aux USA. Un débat qui divise certes, mais qui va certainement pousser les législateurs à introduire des retouches à cette loi, concernant surtout l’acquisition des armes semi-automatiques. Les Américains n’aimeraient pas renoncer totalement à l’une des libertés consacrées par la Constitution. Mais la tendance est à sa révision. La puissante NRA (National Rifle Association), qui prône la défense du 2e amendement, est comme crainte au sein du Congrès. Elle est considérée comme l’un des plus influents lobbies à Washington. Ce qui explique un peu le statu quo qui règne surtout depuis que la loi interdisant les armes d’assaut introduite au temps de Bill Clinton en 1994 a pris fin en 2004, sans qu’elle soit renouvelée. La NRA, pour sa part, par la voix de son président, tient à rappeler que même si l’opinion publique va encore la pointer du doigt pour ce énième massacre, n’en demeure que l’Etat fédéral a sa part de responsabilité. Selon lui, si à l’école on avait le droit d’avoir des armes (ce qui est interdit par la loi), il n’y aurait pas eu autant de victimes. Mais cet argument est cité à chaque tuerie, ce qui a amené un internaute à écrire : «Cette fois-ci, la NRA va reprocher aux enfants de ne pas être armés.» Le débat qui sommeillait vient donc d’être relancé par le président Barack Obama en personne. Dans son message émouvant à la nation le jour du massacre, il appelle à agir et à dépasser les différences politiques. C’est connu, les républicains sont plus défenseurs du droit au port des armes que les démocrates et leur électorat tend à posséder plus d’armes aussi. De leur côté, certains sénateurs promettent de soumettre dès le début de l’année un avant-projet de loi dans le sens d’interdiction des armes semiautomatiques. Ils sont confiants cette fois-ci de réussir à avoir l’aval du Congrès et faire approuver la loi. Ils ne comprennent pas comment cet arsenal de guerre est en libre circulation, alors que le 2e amendement ne concernait pas à l’époque de son adoption (1791) ce genre d’armes. Dans un pays où la croyance populaire fait que si tu n’as pas d’armes tu n’es pas américain, les choses vont peut-être changer. Comme l’a dit Obama dans son discours à Newtown, la ville aux enfants martyrs, il n’est plus question de laisser se reproduire ce genre de tragédie. Comme tous les parents, il n’a pas pu s’empêcher de pleurer ces petits disparus, dont les corps ont reçu de 3 à 11 balles. Mais la question des attaques armées est complexe. La prise en charge psychologique et ou psychiatrique à temps de ces jeunes assassins est aussi une facette de l’équation à résoudre. Le contrôle de l’identité de l’acheteur et de son casier judiciaire est aussi un aspect à revoir dans plusieurs Etats. L’innocence prise d’assaut au sein même d’une école censée la protéger est quelque chose que l’Amérique n’est pas près d’oublier et espère ne plus revivre. Les petits corps commencent à être enterrés par leurs familles et leurs fantômes hanteront à jamais chaque adulte…
Karima Brahimi - Boston

Categorie(s): voxpopuli

Auteur(s): Karima Brahimi - Boston

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