Maître Mokrane Aït Larbi :: «Le peuple algérien saura pourquoi le général Hassan a été condamné à huis clos»

Lesoir; le Dimanche 29 Novembre 2015
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L’onde de choc provoquée par la condamnation du
général Hassan à cinq années de prison à l’issue de son passage devant
le juge du tribunal militaire d’Oran, jeudi dernier, n’a pas fini de
susciter les réactions. L’une des plus véhémentes est tombée hier sous
forme d’une déclaration dont l’auteur n’est autre que maître Mokrane Aït
Larbi, un des avocats commis pour la défense du général.
Usant d’un rappel historique des plus douloureux de l’histoire de
l’Algérie indépendante, pour mettre en exergue «l’iniquité» du procès
dont il venait d’être un des acteurs, maître Mokrane Aït Larbi écrit :
«Le 3 septembre 1964, le colonel de l’ALN Mohammed Chabani a été
condamné à mort par la Cour martiale d’Oran et exécuté 2 heures après le
verdict. Le 26 novembre 2015, le tribunal militaire permanent d’Oran
(quelle coïncidence !) condamne le général Hassan à la peine maximale.
Le peuple algérien sait aujourd’hui pourquoi le colonel Mohammed Chabani
a été exécuté. Demain il saura pourquoi le général Hassan a été condamné
à huis clos».
Un parallèle entre le destin de deux militaires très révélateur sur le
genre de sentiment qui anime l’avocat qui, tout en observant
l’obligation de ne pas évoquer les débats de l’affaire sur le fond, n’en
donne pas moins son point de vue entier, au grand jour parce que : «Je
n’ai jamais demandé à un journaliste de garder l’anonymat. Je signe mes
déclarations en ma qualité d’avocat. Quand je veux faire de la
politique, je ne me cache pas derrière ma profession, encore moins
derrière un prévenu détenu et réduit au silence. Je fais de la politique
comme citoyen libre et responsable.» L’avertissement clairement établi,
Mokrane Aït Larbi s’est engagé, dans la suite de sa déclaration, à
relever quelques-unes parmi les «incongruités» ayant fini par le
convaincre que ce procès n’a pas été équitable. «Les droits de la
défense dans l’affaire du général Hassan sont violés, de son arrestation
jusqu’au prononcé du jugement» atteste l’avocat en énumérant des faits,
à commencer par le non-bénéfice de l’assistance d’un avocat pendant plus
d’un mois.
L’avocat affirme également que les ordonnances ne lui ont pas été
notifiées pour exercer les voies de recours. «Le procureur militaire n’a
pas convoqué le général de corps d’armée Toufik. Et le tribunal n’a même
pas statué sur ma demande de renvoi pour convoquer ce témoin capital»
relève encore l’avocat du général Hassan avant de conclure par ce qu’il
appelle une «violation des principes élémentaires du code de justice
militaire et du code de procédure pénale» du fait que les jugements du
huis clos et de la condamnation n’ont pas été rendus en audience
publique. Puis, bien qu’étant conscient qu’il prend un risque, Mokrane
Aït Larbi s’offusque du fait que la justice militaire ait, d’une part,
convoqué des témoins à charge qu’il a qualifiés de manière peu
glorieuse, et d’autre part, refusé la convocation du général Toufik,
chef hiérarchique du général Hassan. C’est donc un Mokrane Aït Larbi
très en colère qui a livré le fond de sa pensée sur un procès qui risque
de faire date dans l’histoire récente du pays avant de s’aider d’un
autre rappel lorsqu’il écrit : «Je rappelle avec beaucoup de colère que
les militants de la guerre de Libération, dont l’héroïne Djamila
Bouhired, ont été jugés par le tribunal militaire colonial à l’audience
publique avec des comptes-rendus dans la presse».
Puis, pour clore sa déclaration, et comme s’il voulait faire un peu dans
l’ironie, l’avocat reprendra des extraits du texte par lequel le général
Hassen avait cité à l’ordre de l’armée par le général de corps d’armée
Ahmed Gaïd Salah, il y a moins de cinq ans de cela.
A. M.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): A. M.

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