MOHCINE BELABBAS ÉVOQUE LE SCRUTIN :: «Une manifestation d’une stratégie suicidaire»

Lesoir; le Samedi 1 Decembre 2012
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Pour dire que le pouvoir, à travers l’aveu du non-assainissement du fichier électoral par le Premier ministre, le vote des militaires et la fuite des bulletins de vote FLN, assume publiquement la fraude électorale, le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Belabbas, n’avait pas besoin d’attendre la proclamation des résultats officiels par le ministre de l’Intérieur. «Ce scrutin est la manifestation d’une stratégie suicidaire », a-t-il asséné, hier, à la mi-journée, lors d’une conférence de presse.
Sofiane Aït Iflis - Alger (Le Soir) - Le président du RCD, qui a
affirmé s’honorer de ce que son parti ait, pour l’essentiel, préservé
ses positions grâce au dévouement de ses militants, a placé au banc des
accusés le pouvoir qui «ne tire toujours pas la leçon de ses échecs».
Serein, comme la veille lorsqu’il suivait le déroulement de l’élection,
depuis le siège national du parti, Mohcine Belabbas a relevé la
dangerosité du choix opéré par le pouvoir et la voie sans issue que ce
dernier emprunte. «A travers les élections locales du 29 novembre, le
pouvoir vient d’apporter une réponse de plus quant à sa volonté de
soumettre le pays en fermant le jeu politique par la corruption et
l’abus d’autorité. Ce choix est dangereux, cette voie est sans issue»,
a-t-il souligné dans la déclaration liminaire à sa conférence de presse,
ajoutant que «ce scrutin est la manifestation d’une stratégie
suicidaire. Tous les observateurs ont noté la détermination du pouvoir à
promouvoir la délinquance et l’incompétence à travers ses listes,
aggravant les risques d’une déstabilisation nationale. La création de
néoformations, dopées par les voix des corps constitués, ne visait qu’un
objectif : polluer davantage la scène politique, assujettir le citoyen
pour le transformer en client dépendant des réseaux maffieux qui sont,
aujourd’hui plus que jamais, la substance de la représentation politique
dans le système algérien. Cette fermeture par la violence, la pollution
morale et la corruption, chacun peut le voir, a ses raisons et ses
objectifs : maintenir par le pourrissement un régime qui a échoué à
l’intérieur et sans voix à l’extérieur». Plus explicite, le président du
RCD a soutenu que le vote des corps constitués n’a pas profité qu’à un
seul parti. «Le vote des militaires a bénéficié aux concurrents
immédiats des listes du RCD.» Mohcine Belabbas s’est, par ailleurs,
longuement étalé sur la fraude électorale qui a entaché le scrutin,
citant, à titre illustratif, des cas de flagrants délits de bourrage des
urnes, comme la commune de Bir D’hab dans la wilaya de Tébessa où la
fraude a été filmée en direct et diffusée sur les réseaux sociaux. «Le
seul endroit d’Algérie où la fraude n’a pas pu être massive et
systématique, malgré le vote des corps constitués, c’est la Kabylie.
Cela est une réalité. Il est bon que les Algériens le sachent et
l’entendent. L’arbitraire, le clientélisme et la corruption ne sont pas
fatalités. A Haizer, dans la wilaya de Bouira, les citoyens ont même
empêché les militaires en stationnement dans leur commune de voter. Ce
précédent doit être médité ; c’est l’un des événements les plus
significatifs quant au potentiel de mobilisation qui existe dans le
peuple.» Cependant, en dépit de cette fraude systématique, le président
du RCD a estimé que son parti a pu atteindre les objectifs qu’il s’est
fixés à travers sa participation aux élections locales. «En ce qui nous
concerne, notre engagement dans ce scrutin avait un objectif : démontrer
que les militants animés par une conviction personnelle, fidèles à un
projet alternatif démocratique, peuvent se battre et honorer leur
mandat. Ce n’est donc pas un rapport de force que nous avons engagé pour
provoquer un changement immédiat mais un combat éthique et politique
dont la vocation pédagogique est fondamentale dans ces moments de
fermeture et de violence institutionnelle.» Le président du RCD a
revendiqué 31 communes sur les 59 où il a présenté des listes dans la
wilaya de Tizi-Ouzou, 9 communes dans la wilaya de Béjaïa et 5 communes
à Bouira.
Un paysage politique préfabriqué
Le président du RCD n’a pas partagé l’idée qui voudrait que les
résultats des élections allaient reconfigurer la scène politique
nationale. Selon lui, pour parler de reconfiguration, il faudra au
préalable que le scrutin soit libre et transparent et que les résultats
soient l’exact reflet de la volonté populaire. «On est dans la
préfabrication d’un paysage politique.» Mohcine Belabbas a estimé, par
ailleurs, que cette élection n’influera pas directement sur la
présidentielle de 2014. «Je ne pense que les résultats influent sur la
présidentielle. Cette dernière se joue au niveau des officines. » Mais
cette élection est porteuse de l’aggravation du désastre annoncé. «On a
pu dire pendant la campagne que cette élection étant une répétition de
toutes les autres, c’est un tort. Cette élection est la démonstration
d’une précipitation d’un désastre annoncé. Plus le pouvoir est isolé,
plus il est contesté, plus il se braque», a affirmé Mohcine Belabbas,
enchaînant : «Que peut-il rester comme crédit à un Premier ministre et
un ministre de l’Intérieur qui déclarent quelques jours avant le vote
que les militaires voteront par procuration alors que l’on constate que
jamais le vote des corps constitués n’a été grossièrement manipulé ? Que
pourra dire l’institution militaire qui a accepté d’être
instrumentalisée de façon aussi caricaturale ? Comment préserver un
minimum de respect envers les institutions quand l’argent sale a irrigué
la campagne au mépris des lois en vigueur et de la morale ?» Le
président du RCD, qui affichait des signes évidents de fatigue, pour
avoir veillé jusqu’à une heure tardive de la nuit de jeudi à vendredi, a
estimé que la solution réside dans l’implication des citoyens dans le
combat politique. Le même leitmotiv qu’il a partagé avec la presse la
journée du jeudi. Lui-même avait éprouvé de la difficulté à voter. Il
lui a fallu insister auprès des préposés au bureau de vote où il devait
voter pour qu’ils retrouvent son nom sur le fichier électoral. La même
mésaventure est arrivée à l’ancien président du parti, Saïd Sadi qui,
redevenu simple militant du parti, était venu partager quelques moments
de cette journée électorale avec les responsables du RCD, qui ont suivi
le vote au niveau du siège national.
S. A. I.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): S. A. I.

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