MUSTAPHA MERZOUK, PDG DE TONIC INDUSTRIE: «Reconquérir le leadership dans l’industrie du papier»

Lesoir; le Jeudi 20 Decembre 2012
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Entretien
réalisé
par Ahmed Amri
Mustapha Merzouk décline les grandes lignes de la stratégie de Tonic
Industrie publique visant à l’affranchir du lourd passif hérité du temps
de Tonic Emballage et de la repositionner sur l’échiquier économique
national, avec pour ambition la reconquête de sa place de leader dans
l’industrie du papier en Algérie.Le Soir d’Algérie : Vous êtes à la tête de Tonic Industrie depuis
une année, comment avez-vous géré le passif hérité de Tonic Emballage ?

Mustapha Merzouk : Pour nous, la faillite de Tonic Emballage fait
partie désormais du passé. Néanmoins, il y a une réalité indéniable, ce
sont les importants investissements engagés pour améliorer la situation
de l’entreprise. Tonic Emballage a connu une faillite, puis il y a eu la
reprise par l’Etat qui a consenti d’énormes efforts. Aujourd’hui, il
faut construire le succès sur la base du respect du passé, une
connaissance rigoureuse du présent, tout en ayant une vision positive
sur l’avenir. Depuis notre installation, nous nous sommes attelés à
construire un nouveau projet d’entreprise qui est Tonic Industrie,
appelée à se positionner par rapport à son marché, à la concurrence
nationale et internationale et à reconquérir sa position de leader. Pour
ce faire, nous avons décliné cette vision en actions opérationnelles :
la mise en place de l’ensemble des systèmes de gestion et du processus
de direction, l’encadrement de la relation du travail qui nous a permis
de mettre en place un règlement intérieur et l’élaboration d’une
convention collective, d’un système de stimulation pour nos travailleurs
et d’un programme de mise à niveau. Comme seconde phase, nous avons en
projet des investissements pour compléter notre gamme de produits et
nous lancer dans de nouveaux domaines stratégiques, entre autres la
production de carton compact dont l’Algérie est un importateur net et la
remise en l’état de la machine Liner. A l’horizon 2018, nous projetons
l’acquisition d’une nouvelle machine à papier pour produire des qualités
assez spécifiques. Dans ce cadre, nous avons élaboré un programme
d’urgence évalué à 2,3 milliards de dinars consentis par l’Etat pour
régler les problèmes d’adduction d’eau, d’électricité et de réaliser une
station de traitement des eaux. Nous avons eu l’accord de principe pour
engager un projet d’une machine à carton pour 10 milliards de dinars et
à l’horizon 2018-2019, nous avons un programme d’investissement de
l’ordre de 10 milliards de dinars. Dans le cadre de ces programmes, la
priorité est donnée à la mise à niveau et au recouvrement des capacités
de production (2,3 milliards de dinars), la formation des ressources
humaines (40 millions de dinars) et la modernisation de tout le système
d’information.
Parmi tous ces chantiers visant à mettre l’entreprise sur les rails
après des années de gestion marquée par de graves déséquilibres, quels
sont vos chantiers prioritaires ?
Je dois dire que l’une de nos priorités aujourd’hui est de recouvrer nos
capacités de production, car le taux d’utilisation des capacités varie
en moyenne de 10 à 70% pour diverses raisons, dont le problème des
charges, des approvisionnements en matière première et les problèmes de
contentieux avec les anciens équipementiers. Nous avons des programmes
d’actions pour normaliser la situation. Je saisis cette occasion pour
dire que l’entreprise est entrée dans une logique de recherche de
résultats car nous sommes une entreprise économique. Maintenant, c’est à
nous de montrer que nous sommes capables de redresser cette situation et
d’être désormais une entreprise performante. Il faut sortir du syndrome
de l’échec et opérer les changements nécessaires pour mener à bien ces
transformations. Aussi, je fais appel à nos travailleurs pour qu’ils
cessent de s’interroger sur le devenir de l’entreprise et sur les échecs
supposés. Il faut, par contre, se mettre sur une trajectoire de gagnants
même si les problèmes du passé et du passif empoisonnent la vie dans un
environnement souvent difficile. Notre objectif est de maîtriser et
d’assainir cet environnement.
Tonic Industrie fait face donc à une baisse de ses capacités de
production. Est-ce que c’est lié aussi à la non-maîtrise technologique
des équipements dont dispose l’entreprise ?
Je pense que l’insuffisance du taux d’utilisation des capacités de
production s’explique beaucoup plus par l’état des équipements qui
exigent une mise à niveau. Il y a certains équipementiers qui ont
pratiquement cessé de nous approvisionner en pièces de rechange car ils
n’ont pas été payés. Cela fait partie de l’héritage. Par ailleurs, nous
avons perdu beaucoup de main-d’œuvre qualifiée. A cela, il faut ajouter
les problèmes d’approvisionnement en matière première, ce qui a engendré
des ruptures de stocks. Cette situation se normalisera d’ici la fin de
l’exercice et nos stocks seront reconstitués.
Qu’en est-il de la situation financière de Tonic Industrie aujourd’hui
par rapport à l’année dernière ? Et qu’en est-il de vos prévisions
financières pour le prochain exercice ?
Quand j’ai été désigné à la tête de Tonic Industrie, l’entreprise
connaissait déjà une situation financière assainie. L’enveloppe de 2,3
milliards de dinars qu’a consentie l’Etat que nous avions évoquée a
permis de parer au plus pressé. Sur le plan financier, si on exclut les
amortissements qui sont des investissements importants, la situation
s’équilibre. Les déficits ont été réduits de plus d’un milliard de
dinars par rapport à l’exercice antérieur. Pour l’année 2013, nous nous
sommes engagés à ne pas enregistrer de pertes. Il faut au minimum
arriver à des situations d’équilibre en dégageant des résultats
positifs.
Tonic Industrie a connu début 2011 quelques grèves. Où en est la
situation aujourd’hui, surtout après la récente mise en œuvre d’une
convention collective et l’introduction d’une nouvelle grille de
salaires ?
Dès mon installation, il fallait introduire l’équité et la justice
dans la politique des salaires. J’ai découvert alors 142 niveaux de
salaires. Une situation inédite qui reflète un déséquilibre flagrant
entre les rémunérations des travailleurs. Il y a en exemple trois ou
quatre rémunérations pour un même poste. Donc, il fallait absolument
harmoniser tout cela par la mise en place d’un règlement intérieur,
d’une convention collective et d’une nouvelle grille des salaires. Un
projet destiné à l’encadrement de l’entreprise est actuellement en
cours.
Dans la wilaya de Tipasa et à Bou Ismaïl, en particulier,
l’environnement constitue une préoccupation centrale au sein de la
population. Que fait votre entreprise pour réduire ses rejets et
protéger l’environnement dans lequel elle évolue ?
Tonic Industrie, qui entend devenir une entreprise citoyenne, a fait
siennes les préoccupations liées à l’environnement, notamment dans la
région de Bou Ismaïl. Un des projets que nous avons initié concerne une
station de traitement des rejets dont les travaux seront achevés au
premier semestre 2013. Cette station nous permettra de réduire notre
consommation d’eau qui passera de 36 m3 à 10-12 m3 la tonne produite et
récupérer l’ensemble des fibres et les produits chimiques. La SGP-Gephac
nous a donné son accord pour la réalisation d’une autre station de
traitement de rejets des unités de Bou Ismaïl (site I) pour un montant
d’un milliard de dinars, ce qui nous permettra d’être aux normes OMS.

Quels sont les contours de votre stratégie pour pénétrer les marchés
internationaux à travers l’exportation de vos produits ?
Nous abordons les marchés extérieurs prudemment et il nous importe
de rester un fournisseur agréé et pérenne pour les clients étrangers.
Pour l’exercice 2012, nous avons repris le contact avec nos clients
étrangers, nos exportations pour cette année sont d’un montant modeste,
mais nous avons l’ambition de réaliser des exportations de l’ordre de 5%
de notre chiffre d’affaires, pour l’exercice 2013. Actuellement, nous
sommes en discussion avec des partenaires américains, européens et
asiatiques représentant de grandes chaînes de distribution pour
d’éventuelles opérations d’exportation de nos produits.
A. A.

Categorie(s): economie

Auteur(s): A. A.

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