NEZZAR EN COLÈRE SUITE AU PROCÈS DU GÉNÉRAL HASSAN: L’antiterrorisme condamné

Lesoir; le Dimanche 29 Novembre 2015
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Nezzar n’a pas été avare en termes durs pour
qualifier le verdict prononcé par le tribunal militaire d’Oran à
l’encontre du général Hassan. Un procès et un verdict prononcé dans un
contexte «où les turbulences sont constatées au plus haut niveau de
l’Etat», prouvant ainsi que quelque chose va mal dans la maison Algérie.
Le Président, interpellé sur cette affaire par le général Toufik alors
en fonction, nous apprend Nezzar, n’a pas daigné répondre.
C’est une condamnation «criminelle et infamante» ! Ces propos sont ceux
du général à la retraite Khaled Nezzar, qui réagissait au verdict de 5
ans d’emprisonnement prononcé par le tribunal militaire d’Oran à
l’encontre du général Abdelkader Aït Ourabi, plus connu sous le nom de
Hassan. Dans la réaction publique de Nezzar, parue in le journal
électronique Algérie Patriotique et venue immédiatement après cette
condamnation, Nezzar nous apprend que le général Mediene, chef
hiérarchique du général Hassan, a, lui le premier et alors qu’il
assumait encore ses responsabilités, saisi, par lettre, le Président
Bouteflika sur cette affaire déclarant qu’il assumait seul, en tant que
hiérarchique du général Hassan, la responsabilité de ce que l’on
pourrait lui reprocher. Une lettre, nous apprend Nezzar, restée à ce
jour sans réponse.
Excédé par le verdict, Nezzar, comme beaucoup d’hommes politiques qui se
sont exprimés sur cette affaire, s’interroge : «il est curieux que ce
procès intervienne à ce moment précis où des turbulences sont constatées
au plus haut sommet de l’Etat : la maladie du Président, la course
effrénée pour le pouvoir, la lutte des clans et j’en passe…» et de
poursuivre : «Je me pose la question, en cette période d’incertitudes,
de savoir si le général Hassan n’a pas servi d’alibi aux commandeurs de
cette mascarade.» En fait, Nezzar explique qu’il ne pouvait pas ne pas
réagir alors que, dit-il, «l’on voue aux gémonies un corps qui a
consacré sa vie à la sauvegarde des institutions de la République…»
Et dans la foulée, il n’omet pas de rappeler que dans cette mission de
sauvegarde des institutions assurée depuis plus de 50 ans, figure aussi
«l’institution présidentielle et à sa tête le président de la
République». Rappel pour le moins indispensable à tous et en premier
lieu à Bouteflika lui-même.
Nezzar explique qu’eu égard aux fonctions antérieures qu’il a eu à
assumer — ministre de la Défense, chef d’état-major et ayant eu sous sa
responsabilité les services secrets —, il ne pouvait ne pas se sentir
interpellé et partant, ne pas considérer qu’il est le mieux indiqué pour
réagir. Déclarant d’entrée de jeu ne pas connaître le général Hassan, il
argumente sur les délits reprochés, à savoir «l’infraction aux consignes
générales et destruction de documents» pour rappeler que le code de
justice militaire est plus que flou et que le «qui-fait-quoi n’a jamais
été précisé».
En matière de sécurité, de «renseignements et d’opérations secrètes, la
règle pour les responsables qui y activent est de ne jamais dévoiler
leurs sources ni les membres des réseaux qui les assistent». Dès lors,
n’aurait-il pas été plus juste que le général Hassan passe par une
procédure disciplinaire ? Nezzar est convaincu que la conjoncture
actuelle, que «les déclarations et les postures des uns et des autres
sont la preuve irréfragable que quelque chose va mal dans la maison
Algérie» et demande ainsi au Président de mettre fin à «cette
mascarade». Nezzar se pose cette question mais il a sûrement la réponse,
puisqu’avant lui, le premier responsable des services, le général
Toufik, a interpellé en vain Bouteflika, qui n’a l’air de ne plus
entendre personne, sauf peut-être «les commanditaires de cette
«mascarade».
Khedidja Baba-Ahmed


Ali Benflis, au sujet du procès du Général Hassan :
«Une épuration politique pour crime de non-allégeance est en cours»

Tout en précisant qu’en tant que chef du parti de Talaie El Houriyet, il
est attentif à ne se prononcer de manière catégorique que sur des
dossiers dont il maîtrise les données, hier Ali Benflis a néanmoins tenu
à s’exprimer sur l’affaire du général Hassan, jugé, jeudi dernier par le
tribunal militaire d’Oran et condamné à 5 ans de prison ferme.
«Les pouvoirs publics ont entouré cette affaire de tellement de secrets,
de tellement de mystères et de tellement de non-dits qu’il est difficile
pour qui que ce soit de prétendre pouvoir porter sur elle un jugement
informé et serein», dit-il. Toutefois, Ali Benflis a tenu à exprimer ses
sentiments concernant cette affaire.
Il estime que l’opacité totale qui entoure cette affaire et l’absence de
toute communication officielle à son sujet «amènent naturellement à
penser qu’il y a des arrières-pensées et des manipulations de la part du
régime politique en place».
Tout en s’interrogeant sur l’utilité de l’instrumentalisation de la
justice à d’autres fins que celles d’une bonne administration de la
justice,
Ali Benflis estime que «le pays fait face à une impasse politique d’une
exceptionnelle gravité et il est difficile de ne pas lier cette affaire
et la manière dont elle est traitée à l’existence de cette impasse
politique et à la tournure dangereuse pour le pays qu’elle est en train
de prendre».
Pour le président de Talaie El Houriyet, une épuration politique pour
crime de non-allégeance est en cours dans le pays. «Je ne serai donc pas
étonné personnellement que cette affaire ne soit qu’une des facettes de
cette entreprise d’épuration politique».
Am. B.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Am. B.

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