Omar en compétition officielle aux JCC: Un film épidermique et sensuel

Lesoir; le Jeudi 4 Decembre 2014
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De notre envoyée spéciale à Tunis, Sarah Haidar
Le long métrage Omar de Hany Abou Saad (Paradise now, 2005) a été
projeté lundi au Théâtre municipal de Tunis dans le cadre des 25es
Journées cinématographiques de Carthage. Contrairement à son précédent
film, le cinéaste parvient à tisser un récit à la fois puissant et
nuancé où la question palestinienne se révèle dans toute sa complexité.

Prix du jury «Un certain regard» au Festival de Cannes, Oscar du
meilleur film étranger… Autant dire que le cinéaste palestinien Hany
Abou Saad a su brasser dans Omar les multiples aspects
cinématographiques et politiques qui correspondent aussi bien à un
certain type de films chocs qu’à une forme de cinéma engagé. Mais si
dans Paradise now, le réalisateur privilégie le spectaculaire et tend
souvent à expliquer le phénomène traité, il élabore dans Omar un langage
beaucoup plus convaincant grâce notamment à un scénario tout en reliefs
et à l’interprétation généreuse de l’ensemble des acteurs. De plus, le
souci d’objectivité parfois trop appuyé de Paradise now est entièrement
balayé dans ce nouveau film où Hany Abou Saâd opte pour un choix
épidermique, sanguin et subjectif. Omar campé par l’excellent acteur
Adam Bakri vit en Cisjordanie. Il risque quotidiennement sa vie en
escaladant le mur d’apartheid afin de rejoindre ses deux amis d’enfance
Tarek et Amjad, mais surtout pour voler quelques mots en compagnie de
Nadia (Leem Loubany), son amoureuse. Le trio exécute une attaque contre
un camp militaire israélien, suite à laquelle Omar est arrêté, torturé
et confronté au choix de passer sa vie en prison ou bien trahir les
siens.
Il a affaire à un agent machiavélique (Waleed Zuaiter) qui alterne
brutalité et humanisme pour convaincre le jeune Omar. Mais au milieu de
ce thriller psychologique, il y a aussi une histoire d’amour aussi
attendrissante que fragile qui ne tardera pas à se confondre avec le
propos politique et devenir un enjeu dramatique essentiel.
C’est sans doute grâce à cette bicéphalie narrative qui joue sur les
demi-teintes, les mises en abîme, l’intrigue et l’épaisseur
psychologique des personnages, que Abou Saad offre un cinéma en
perpétuel mouvement dont la mise en scène tantôt grisante tantôt lyrique
suscite de fortes émotions, des frissons de suspense et de la réflexion.

Le regard qu’il porte sur la question palestinienne est loin d’être ce
schéma manichéen rebutant qui a tant caractérisé les nombreux films sur
ce thème. Son écriture maîtrisée et son intimisme poétique permettent à
Omar de transcender un nombre de poncifs véhiculés sur le drame
palestinien mais surtout d’éliminer intelligemment le «prêt-à-penser».
Omar et ses amis ne sont pas des soldats de plomb piochés dans un
catalogue démagogique ; l’agent israélien n’est pas cet ogre barbare et
déshumanisé ; les Palestiniens ne passent pas leurs journées à se faire
exploser ou à pleurer sur leur sort, ils sont aussi capables de s’aimer,
s’amuser, raconter des blagues décapantes, vivre, tout simplement. Le
film est cependant très politisé puisqu’il questionne le cheminement
personnel d’individus anonymes qui aboutira au choix de la Résistance :
les vexations, les humiliations gratuites, le mur, l’injustice… Il
montre également une atmosphère de suspicion et de violence qui règne au
sein des cellules de combat palestiniennes. Abou Saad n’hésite pas à
faire des digressions documentaires à travers des scènes dont l’extrême
violence est aussi psychologique que physique. Malgré une fin bâclée,
Omar est certainement le film le plus conséquent de Hany Abou Saad qui
semble touché par la grâce tant son œuvre joint l’élégance à la force
politique et le thriller à l’exigence esthétique. Il ne serait pas
exagéré de dire que ce film est, au même titre qu’un poème de Mahmoud
Darwich, une sublimation de l’être palestinien.
S. H.

Categorie(s): culture

Auteur(s): S. H.

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