OMERTA

Lesoir; le Mardi 4 Decembre 2012
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On remarque parfois dans les routes des conducteurs qui
font des signaux avec les codes pour informer leurs «frères» qu’il y a
un barrage ou un radar de contrôle routier et qu’ils doivent ralentir un
peu et mettre leur ceinture de sécurité, une sorte de fraternité qui se
moque du pouvoir avec une sorte de complicité hypocrite, car le
lendemain, au marché, on voit l'un de ceux qui aident un «frère» à
tromper l’Etat, tromper à large échelle cent autres «frères» trompe ce
dernier et cent autres «frères». Dans le commerce, entre autres, il n’y
a plus de «fraternité», il n’existe plus que l’intérêt individuel et il
arrive même que l’un dénonce son «frère» pour éliminer une concurrence…
En voyant ce «consensus » plusieurs fois sur la route, je me suis
souvenu un jour de ce mot dont j’aime le ton et la musicalité même s’il
n’a pas tout à fait un lien explicite avec le phénomène : omerta.
Omerta. Ce mot a une mélodie imposante et solennelle, surtout lorsqu'on
prononce le «r» avec cet accent russe, roulé et tranchant, tyrannique et
résonnant. C'est comme un ordre de la part d’un tsar redouté, rude et
qui parle d’une voix si rauque que tout le monde se met à trembler après
la première lettre, un grand «O» majuscule, parfaitement rond comme un
cercle vicieux et couvert de brume, un «O» qui traverse la Volga comme
une braise qui ne s’éteint jamais et dont la chaleur touche et brûle
toute la population à laquelle s’adresse le tsar. La deuxième lettre est
un «m» sournois et presque silencieux, caché dans l’ombre comme un
renégat attendant le dos d’un inattentif pour y planter son poignard et
boire son sang. Le reste de ce mot tombe comme un marteau sur une
enclume et ça produit un son avec un écho infini : «erta». L’ensemble du
mot déchire l’éther et fait baisser les têtes. Ainsi, le mot «Omerta»
perdit sa nationalité italienne et les mafiosi les plus redoutés qui le
prononçaient jadis avec trop d’autorité et menace perdent leur prestige
vêtu de cruauté et maculé de sang en laissant «le mot» aux «vrais
hommes». Soit dit en passant, si on prend seulement la prononciation de
ce mot et chercher le sens de sa musicalité on obtient, «tu as été
ordonné», en arabe : «Omerta»… Omerta. Tout le monde se tait. Cette loi
du silence est devenue un peu différente car le silence n’est plus le
même, il a pris une voix et il parle une langue, ce silence qu’on écoute
sur les chaînes télévisées et les journaux, ce silence qui n’a pas
d’écho, un silence qui se perd avec les paroles sourdes...
L’indifférence de l’Etat, le pessimisme du peuple. Grosso modo, si le
silence est d’or, la parole est du fer rouillé ; mais quoi faire, on
nous a mis entre le lourd marteau oppressif du pouvoir et la froide
enclume de la vie…
Diodes K.

Categorie(s): voxpopuli

Auteur(s): Diodès K.

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