PÉRIPLE EN ZONE 6 AVEC LA COMBATTANTE SALIHA OULD KABLIA, MARTYRE DE LA RÉVOLUTION, D’ALI AMRANI: Une belle séquence de courage et de bravoure

Lesoir; le Dimanche 9 Decembre 2012
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Un jour, à Mascara, le
moudjahid Ali Amrani fit une découverte qui l’avait profondément remué.
Il vit cette inscription sur le fronton d’un établissement public :
Centre de formation professionnelle Ould- Kablia-Saliha. C’était le nom
d’une martyre de la guerre de libération et qu’il avait côtoyée au
maquis. Elle était tombée au champ d’honneur, les armes à la main. En
proie à une vive émotion, il se dit que pareil hommage ne pouvait
suffire «à sortir l’héroïne Saliha de l’anonymat dans lequel le temps
l’a engloutie», même si en d’autres lieux son nom avait été également
honoré. Pour Ali Amrani, l’hommage «de façade» doit être complété par
les témoignages écrits, si précieux, des compagnons d’armes qui
l’avaient connue directement. Parce que, souligne-t-il, «la mémoire de
nos héros, de nos martyrs surtout, devrait être gravée (...) dans les
cœurs. Leur histoire est notre histoire et leur mort a donné un sens à
notre combat, donc à notre vie». Par devoir de mémoire, il a alors écrit
ce livre. Un ouvrage né en reconnaissance à l’engagement d’une jeune
combattante qui avait consenti le sacrifice suprême et, à travers son
exemple, rendre aussi hommage à toutes les femmes algériennes qui se
trouvaient à la pointe du combat armé. Ali Amrani prend le soin
d’expliquer que son témoignage se veut une modeste contribution à
apporter un néclairage sur «une partie de la vie de Saliha dans le
maquis ; une simple séquence de son parcours de combattante». Aussi,
Périple en zone 6 n’a d’autre prétention que de «retracer les faits
(...), sans passion, sans parti pris». un témoignage sur le vif. Cela
étant précisé, ladite séquence sera brève, car elle n’englobe que la
durée du périple. Mais ces deux mois au maquis, tels que racontés par
l’auteur, sont d’une grande valeur historique. Grâce à ce récit qui se
lit d’un trait, les jeunes générations en particulier pourront en
apprendre davantage sur ces héroïnes de la Révolution qui, à la fleur de
l’âge, avaient écrit une belle page d’histoire. En cette année 1958, à
la mi-juillet, le jeune Ali Amrani rejoint le maquis. Il n’a que 18 ans.
Celui dont le nom de guerre sera Fawzi est affecté au poste de
commandement de la 1re Région, en zone 6. Quelques jours plus tard, dans
le douar Souadkia, près de Mascara, il rencontre pour la première fois
Saliha Ould Kablia. Il raconte : «C’était la première fois que je voyais
une djoundia. Elle avait un peu plus de 20 ans, portait un treillis,
pistolet 9 mm et grenade à la ceinture, mocassins aux pieds et casquette
sur la tête. J’ai été impressionné par son air grave et son allure
déterminée. Elle s’affairait sur une caisse de médicaments et prenait
des notes sur un calepin.» Un image forte pour le jeune homme qui
faisait ses premiers pas au maquis. Par la suite, il allait découvrir
d’autres facettes de sa personnalité et qu’il résume en une phrase :
«Saliha, responsable de la santé, exerçait son rôle avec compétence,
dévouement et un sens aigu des valeurs humaines.» Au cours du périlleux
périple qu’ils effectueront en groupe, Ali Amrani aura l’occasion
d’apprécier le sens de l’ordre et de l’organisation de la jeune
combattante, sa foi et son courage, mais aussi son esprit critique et
son entêtement à défendre ses idées. Etant chargée d’une mission
délicate et responsable du groupe, Saliha se devait d’avoir de telles
qualités. En effet, elle avait été «désignée pour faire parvenir de
toute urgence à un hôpital secret de l’ALN, tout le stock de médicaments
et de matériel médical dont elle disposait. Cet hôpital (...) était
situé dans la région de Saïda dans la 2e Région de Saïda de la zone 6».
Pour Ali Amrani, c’était le baptême du feu. Par contre, Saliha «avait
déjà fait le circuit à plusieurs reprises». C’est donc le récit de cette
expédition que l’auteur fait dans ce petit livre. Un périple éprouvant,
plein de dangers et ponctué d’accrochages avec l’armée ennemie. C’était
un miracle que d’avoir pu échapper aux mailles du filet. Surtout, au fil
des jours apprenait à découvrir la forte personnalité de Saliha Ould
Kablia, cette «intellectuelle qui avait fait des études supérieures à
l’université d’Alger où elle préparait le diplôme de
chirurgien-dentiste. Tous ceux qui l’avaient côtoyée au maquis avaient
appris quelque chose d’elle (...). Là, sur le djebel Karsout, j’appris
en plus d’elle deux qualités : la sobriété et la persévérance.» Avec les
populations, le courant passait aussi très bien, ajoute-t-il dans son
témoignage. Car, «en plus de sa fonction de médecin, Saliha remplissait
le rôle de commissaire politique». Ses rares moments de faiblesse,
c’était sans doute lorsqu'elle pensait à ses frères au maquis, au «drame
du plus jeune d’entre eux, tombé au champ d’honneur trois mois
auparavant». Après bien des péripéties que l’auteur relate dans les
chapitres du livre, le périple prend fin. Mission accomplie. C’est le
moment de se séparer. Hélas, Saliha allait partir pour un dernier
voyage. «L’une des plus illustres combattantes de la ville de Mascara »
était tombée au champ d’honneur, trois jours plus tard. C’était lors
d’une embuscade où «elle avait suivi à la lettre la loi de la guérilla,
ne jamais faire demi-tour (...). Elle avait foncé droit devant elle en
tirant rageusement pour ouvrir son chemin. Mais l’ennemi ne lui avait
laissé aucune chance, son élan avait été brisé net. Criblée de balles,
elle tomba en véritable héroïne». Le lendemain de sa disparition
tragique, exactement le 20 septembre 1958, était proclamé le GPRA (le
gouvernement provisoire de la République algérienne). Zoubida Ould
Kablia (dite Saliha), née le 10 juillet 1934, n’avait que 24 ans. Selon
Ali Amrani, «il semble reconnu et admis qu’elle fut l’unique
universitaire tombée au champ d’honneur dans les maquis». Ce témoignage
rigoureux, sans fioritures, parfois poignant est enrichi d’un volet
iconographique (dont des photographies de la martyre).
Hocine Tamou
Ali Amrani, Périple en zone 6 avec la combattante Saliha Ould Kablia,
martyre de la Révolution, 118 pages.

Categorie(s): culture

Auteur(s): lesoir

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