PROCÈS DU GÉNÉRAL HASSAN AJOURD'HUI A ORAN: L’énigme Toufik

Lesoir; le Jeudi 26 Novembre 2015
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Le tribunal militaire d’Oran a une lourde tâche
aujourd’hui : tenter de rétablir la vérité sur les accusations portées
contre le général Hassan, ancien chef de la lutte antiterroriste au sein
du DRS, emprisonné depuis le mois d’août dernier.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Connu pour ses hauts faits d’armes,
l’homme est présenté comme une victime de la situation politique
sensible que traverse le pays.
Les conditions de son arrestation, son emprisonnement et les entraves
faites à ses avocats ont généré un flou et aggravé l’opacité de
l’affaire de Zeralda. Car tout semble être parti de là en fait puisque
dans les jours qui ont suivi l’éclatement de coups de feu dans la
résidence présidentielle (en juillet), des bouleversements historiques
ont été apportés au sein de l’ossature des services de renseignement qui
faisaient la réputation de l’Algérie. Il est de notoriété publique que
le général Hassan est l’un des premiers hauts gradés à avoir fait les
fais de cette situation. Selon ses avocats, son arrestation s’est
déroulée en violation de la loi du moment que la loi interdit les
arrestations de nuit dans les domiciles (pas après 20h) alors que le
prévenu, lui, a été arrêté chez lui à 21h. Plus grave, la défense n’a eu
aucune possibilité de rencontrer son client durant la première dizaine
de jours de sa détention, ni même eu accès à son dossier à tel point que
nul n’était en mesure de connaître les accusations portées à son
encontre.
Au cours d’une conférence de presse, un parti politique, le PT en
l’occurrence, a déclaré que l’un des faits reprochés à l’ancien chef de
la lutte antiterroriste est «l’insubordination et la création d’une
organisation armée, la rétention d’informations et la détention d’armes
à feu». Il a fallu attendre de longues semaines pour que l’opinion
apprenne qu’une action publique avait été enclenchée par le
vice-ministre de la Défense et le procureur militaire de la République
contre le général Hassan pour «destruction de documents et infraction
aux consignes». Entre-temps, deux de ses avocats, Mes Sellini et Miloud
Brahimi, se retirent du dossier pour protester contre les graves
irrégularités qui entachent l’affaire.
Le prévenu, lui, croupit toujours en prison. Pour des raisons de
compétence territoriale, M. Gaïd Salah annonce sa décision de le
transférer de la prison militaire de Blida à Ourgla. La nouvelle a été
rendue publique par Mokrane Aït Larbi lequel a révélé que «le
vice-ministre de la Défense nationale a désigné sur la base de l’article
30 du code de justice militaire le tribunal militaire d’Oran comme
juridiction compétente pour juger le général Hassan».
Le tribunal militaire de Blida où se sont produits plusieurs changements
également liés à l’affaire de Zeralda se voit ainsi déchargé du dossier
qui a été transmis à la cour militaire d’Oran. Même si le transfert
annoncé s’inscrit juridiquement dans un souci de compétence
territoriale, l’opinion n’a pas manqué de s’interroger sur l’existence
d’un lien entre les changements survenus quelques mois auparavant au
sein du tribunal de Blida. L’inspecteur et le procureur ont été limogés
peu de temps après le procès du jeune lieutenant accusé d’être impliqué
dans l’affaire de Zeralda.
Aujourd’hui, Mokrane Aït Larbi, le défenseur du général Hassan, a décidé
de jouer gros pour «faire éclater la vérité et rétablir la justice».
Depuis quelques jours, la polémique tourne ainsi autour de la présence
du général Toufik à ce procès. Mercredi dernier, il avait déposé une
demande auprès du procureur militaire pour sa convocation en tant que
témoin puisqu’il était le chef hiérarchique du général Hassan au moment
des faits. Un débat juridique a été depuis enclenché afin d’établir la
faisabilité de cette procédure. Certains ont jugé la demande
impraticable dans la mesure où seuls les témoins entendus au cours de
l’instruction sont habilités à être appelés.
Me Mokrane Aït Larbi ne l’entend pas de cette oreille. Selon lui,
l’article 31 du code de justice militaire stipule clairement que
l’inculpé ou son défenseur ont la possibilité de transmettre au
procureur militaire de la République le nom et l’adresse des témoins
qu’il veut faire entendre. Dans le cas présent, l’ancien patron du DRS
constitue la principale personne, sinon la seule, habilitée à apporter
les clarifications nécessaires au dossier. Tous les éléments de réponse
sont à ce niveau du moment qu’il se trouvait encore en poste au moment
de l’arrestation du général Hassan ce qui laisse même supposer
l’existence de traces, voire d’écrits sur les faits.
Reste à savoir à présent si la demande adressée par Me Mokrane Aït Larbi
a été transmise par le tribunal au général Toufik comme le veut la
procédure. Et si tel est le cas, acceptera-t-il de se déplacer au
tribunal militaire d’Oran pour le procès de son ancien collaborateur ?
Quelle que soit sa décision, elle restera à jamais inscrite dans
l’histoire de l’Algérie.
A. C.DÉCLARATION DE MAÎTRES KHALED BOURAYOU ET AHMED
TOUPHALI TAYEB, AVOCATS DU GÉNÉRAL HASSAN
Un héros de la lutte antiterroriste risque d'être condamné
Un des vaillants officiers de l'Armée nationale
populaire, parmi ceux qui ont sauvé le pays du péril terroriste et
épargné au peuple algérien l'anéantissement programmé ; le général
Hassan, risque une lourde condamnation.
Dès son arrestation tard dans la nuit dans des conditions dégradantes,
indignes d’un Etat qui se dit de droit, il a été jeté en pâture à
l’opinion publique avec de très lourdes charges pénales qui ne tiennent
pas la route.
Son incarcération a provoqué une vive émotion parmi tous les patriotes
du pays.
Ceux qui l’ont toujours côtoyé et partagé son parcours connaissent aussi
bien son dévouement à la patrie que ses qualités humaines.
La réalité est qu’il n’est qu’une victime collatérale de la féroce
guerre de clans qui se livre à un haut niveau de la sphère politique.
S’il est condamné, quel signal l’Algérie va-t-elle donner à tous ceux
qui, en Algérie et dans le monde, livrent une bataille acharnée contre
le terrorisme interne et transnational qui a redoublé de férocité ces
dernières années ? Personne ne comprendra que l’Algérie, citée
aujourd’hui en exemple dans la lutte contre le terrorisme, en arrive à
condamner injustement un des héros du combat contre la barbarie.
Toujours dans l’œil du cyclone, avec des périls terroristes à ses
frontières, notre pays a plus que jamais besoin de ses courageux fils :
soldats , officiers et citoyens qui font le choix de combattre le
terrorisme. Notre patrie ne peut se passer d’un exemple aussi
retentissant de l’anti-terrorisme tel que le général Hassan qui a
incarné, des dizaines d’années durant, l'efficacité du renseignement au
service de la sécurité et de la défense du pays.
S’il est condamné, alors qu’il n’a rien à voir avec les charges qui sont
retenues contre lui, une page sera tournée en Algérie : celle d’un pays
de résistance et d'héroïsme au profit d’un Etat dévitalisé, déroulant le
tapis rouge devant les émirs assassins d’hier, revenus sur la scène
politique pour glorifier leurs crimes en toute impunité, s'ennoblissant
de leurs forfaits en toute illégitimité, osant offenser les institutions
et par là même l’Algérie de la Résistance.
Me Khaled Bourayou
Me Ahmed Touphali Tayeb, avocats du général Hassan

Categorie(s): actualités

Auteur(s): lesoir

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