RENCONTRE: Le tumulte des mots dans la théorie du chaos

Lesoir; le Mercredi 28 Novembre 2012
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Quand les grands esprits se rencontrent, il en résulte toujours quelque chose de magique et d’inattendu. Ziani Cherif Ayad, en imaginant un nouveau concept qui allie théâtre et littérature, devait être lui-même surpris du résultat tout comme Mohammed Abbou, l’auteur du Mythe en héritage dans le brouhaha d’un «tumulte des mots» naissant et qui promet de belles perspectives.
Le spectacle de la troupe café-théâtre El-Gosto, qui s’est inspiré des nouvelles parues aux Editions Dar El- Hikma de l’année en cours, a apporté un nouveau souffle au paysage littéraire. Une initiative qui a été possible grâce au concours de la directrice du palais de la culture, Mehadjia Bouchentouf, qui lui a ouvert ses portes dernièrement. Le spectacle est une belle performance agréablement soutenue par deux jeunes comédiens au talent avéré, Sofiane Attia et Mohamed- Seghir Bendaoud, ponctué «d’intrusions» musicales de Nourredine Saoudi. Ils ont tenu en haleine le public pendant une heure. Les textes choisis pour le lancement de ce concept racontent de façon hilarante et souvent sarcastique et satirique une réalité dans laquelle se reconnaît tout Algérien que le système maintient dans un état de retrait et d’expectative. Le rôle de l’intellectuel cantonné à constater sans jamais pouvoir émettre des idées qui sont écartées dès qu’il introduit une réflexion. Et sans doute à la réflexion que nous invite le metteur en scène de Gourbi ya mon ami qui dit être «sidéré par les esprits obtus de certains responsables qui manifestent une telle résistance quand il s’agit d’apporter une idée nouvelle par peur du changement». Dans quelle mesure peut-on changer les choses ? L’intellectuel doit-il rester simple spectateur ou s’impliquer ? Et surtout, le laisserait-on s’impliquer ? La réponse à cette interrogation qui n’a rien de métaphysique se trouve dans un texte que Mohammed Abbou a clairement identifié dans «l’intelligence en retrait». Une intelligence persécutée et marginalisée, car elle apporte des solutions pratiques aux problèmes posés mais surtout elle dénude l’ignorance et l’incompétence qui ont rendu la société amorphe et soumise. Mais c’est inexorablement la superstition et la rumeur érigées en mode de gouvernance qui traduit le plus la réalité de notre pays à travers le saint Sidi Feltane, le patron spirituel du village imaginaire de Aïn El-Khobza, la trame qui raconte l’histoire d’une population «criblée» de maux, désespérée, à la recherche d’un sauveur. Finalement, cette population crédule va laisser son sort entre les mains d’élus et responsables opportunistes qui vont la précipiter dans le chaos. Aïn El- Khobza deviendra Aïn El-Harba. N’est-ce pas la réalité de ce qu’est devenue l’Algérie ? Ziani Cherif Ayad, qui aspire à travers ses spectacles à inciter à la réflexion et au débat, compte récidiver au mois de janvier prochain. Leïla Aslaoui sera l’auteur dont les textes feront l’objet d’un spectacle. Pour le metteur en scène, «le tumulte des mots» est un concept qui allie littérature et théâtre et qui obéit à une aspiration artistique incitant à la réflexion. Le choix des textes n’est motivé que par un élan de cœur et d’esthétisme visant à faire apprécier au public des auteurs algériens et étrangers de genres différents et variés. Les débats qui suivront la lecture ont pour but d’associer le public à l’œuvre présentée et de créer une interactivité entre les livres, les auteurs et tous ceux qui aiment l’art et la littérature. Ce concept n’est pas statique. Il est dynamique et a pour objectif de stimuler le débat et le questionnement ».
Fatma Haouari

Categorie(s): culture

Auteur(s): Fatma Haouari

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