Société Générale: 20 millions de dollars disparus dans une transaction pétrolière au Nigeria

Lesoir; le Lundi 30 Novembre 2015
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À Genève, une société nigériane vient de faire perdre
20 millions de dollars à la banque française Société générale dans un
tour de passe-passe qui implique aussi British Petroleum (BP).
L'affaire est révélatrice des mœurs de la profession et permet de faire
une plongée dans les arcanes de la corruption pétrolière au Nigeria qui
dispose de relais en Suisse.
Il se passe de drôles de choses à Genève, l'un des centres mondiaux du
négoce de matières premières.
Pas un mois sans qu'une société de trading soit confrontée à un litige,
un problème de retard ou de qualité de pétrole ou qu'une banque ne se
ronge les sangs avec un financement qui n'aboutit finalement à aucune
transaction, faute d'une logistique suffisante pour livrer la
marchandise. Mais cette fois-ci, l'affaire est singulière.
L’antenne genevoise de la Société Générale, dédiée au financement de
matières premières (Société Générale Corporate and Invesment Banking) se
débat actuellement dans une sale histoire de pétrole nigérian.

Le dindon de la farce
Elle vient d’enregistrer une perte de 20 millions de dollars, pour avoir
financé une transaction pétrolière pilotée par Taleveras, une société
nigériane. L’opération commence à s’ébruiter chez les concurrents
bancaires genevois et certains spécialistes du négoce. Que s’est-il
passé ? En juin dernier, Taleveras s’est adressée à la Société Générale
CIB alors qu’elle venait d’obtenir un cargo de brut nigérian. Une lettre
de crédit d’une valeur de 50 millions de dollars était émise par la
banque en faveur de la Nigerian national Petroleum Corporation (NNPC),
la société étatique pétrolière. Taleveras a ensuite livré la marchandise
à BP qui aurait dû rembourser la Société Générale de 50 millions. Mais
au lieu de cette somme, BP s’est acquitté de seulement 30 millions,
laissant un trou béant de 20 millions. Stupéfaite, la banque a alors
découvert qu’une opération de compensation s’était déroulée dans son
dos, faisant d’elle le dindon de la farce. Suivant une transaction
parallèle, BP a livré à Taleveras une cargaison de produits pétroliers
d’une valeur de 20 millions de dollars destinée à être importée au
Nigeria. Cette somme a été déduite des 50 millions. Le micmac est total.

Categorie(s): corruptions

Auteur(s): lesoir

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