TNA: Prise d’otages !

Lesoir; le Dimanche 10 Mai 2015
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Rarement le Théâtre national algérien Mahieddine-Bachetarzi
n’a connu un orchestre de sifflements aussi tonitruant. Le public
nombreux qui a rempli les trois niveaux de la salle attendait avec
impatience le début de la Générale de la pièce El Haycha, une adaptation
du Rhinocéros d’Eugène Ionesco, par Mohammed Cherchal. Mais au bout d’un
quart d’heure de retard, c’est le comédien Hamid Rabia, également membre
de la commission financière du Fdatic, qui monte sur scène en invitant
l’ensemble des artistes présents dans la salle à le rejoindre. Déçu, le
public pense d’abord à une brève allocution de bienvenue mais il se
heurtera à un discours préparé qui n’est autre qu’une tribune politique
en soutien à la ministre de la culture, Mme Nadia Labidi, «victime de
l’acharnement et des accusations immorales de la présidente du Parti des
travailleurs, Mme Louisa Hanoune».
Il s’agit bien entendu des récentes révélations de la leader trotskiste
et de ses députés quant à de présumées affaires de corruption dans
lesquelles Mme Labidi serait impliquée. Usant de termes parfois
grossiers, Hamid Rabia s’attaque frontalement à Mme Hanoune et ne tarit
pas d’éloges sur la ministre. Très vite, le public se met à huer ce
détournement politique et partisan d’un événement culturel et presse
l’orateur de quitter la scène.
Or, ce dernier n’en démord pas et continue à lire son long discours, ne
prenant nullement compte de l’avis de la salle. Pis encore, une fois le
plaidoyer terminé, c’est autour de l’actrice Bahia Rachedi, également
membre de la commission Fdatic, de dérouler un autre parchemin à la
gloire de Mme Labidi ! Le public, d’abord respectueux envers la dame, ne
tardera pas à la siffler avec une égale véhémence en déplorant une telle
«prise d’otage» d’une pièce de théâtre. Certains spectateurs ont
d’ailleurs quitté la salle et décidé de boycotter l’événement. De plus,
les artistes invités sur scène par M. Rabia ne semblaient pas au courant
de la nature du discours et avaient tout l’air d’être, eux aussi, piégés
par les instigateurs de cette «action de soutien». Quant au metteur en
scène de El Haycha, Mohammed Cherchal, il n’a vraisemblablement pas jugé
nécessaire d’interrompre cette tribune politique incongrue malgré
l’indignation du public venu voir sa pièce.
S. H.

Categorie(s): culture

Auteur(s): S. H.

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