TRIBUNAL MILITAIRE D’ORAN: Le général Hassan condamné à 5 ans de prison

Lesoir; le Samedi 28 Novembre 2015
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Ce jeudi à l’approche du premier barrage de police
mis en place au niveau de l’allée qui mène au tribunal militaire qui se
situe à Marsa El Kebir, notre véhicule est tout de suite sommé de faire
demi-tour nous précisant qu’il s’agit là d’une zone militaire et donc
interdite à la presse.
Nous expliquons que nous aimerions qu’un responsable au niveau du
tribunal militaire nous signifie officiellement ce huis clos puisque
nous savions selon nos sources que le procès n’avait pas encore
commencé, il était 8h30 du matin. Un officier en civil s’avance et nous
lance «des journalistes ? Mais ne filmez rien, allez rejoindre les
autres (des journalistes) là-bas dehors au niveau du parking et ne vous
approchez pas de l’allée face à vous qui mène au tribunal».
Aucun doute, ordre avait été donné avant même l’annonce de la tenue du
procès de l’ex-chef de la lutte antiterroriste, le général Hassan, de
son vrai nom Abdelkader Aït Ouarabi, que la presse allait être mise à
l’écart. Plus précisément encadrée étroitement par des éléments de la
Sûreté en civil qui surveillaient chaque fait et geste. Pourtant de là
où nous étions, face à nous, un CEM Nouari-Mehdi et un lycée Ben Daoud,
nous n’avions vraiment aucun moyen de transgresser le périmètre de
sécurité que l’on nous avait désigné comme limite de mouvement envers le
tribunal militaire.
Contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, la présence de la
presse (une dizaine de titres) n’était pas si importante en ce jour
pourtant unique où l’on jugeait un général ex-chef de la lutte
antiterroriste arrêté en août et présenté devant le juge d’instruction
du tribunal militaire de Blida avant que son dossier ne soit transféré
au tribunal militaire d’Oran. Le général Hassan était accusé de
«destruction de documents» et «d’infraction aux consignes».
Le procès débute à 9h30 et l’accusé plaide non coupable. Au fil des
heures, l’attente devenait de plus en plus pénible, un journaliste qui
n’a pas accès à l’information ne peut pas exercer son métier. Aucune
information n’avait filtré sur le début ou non du procès. Ce n’est qu’en
apercevant les proches du général Hassan sortant du tribunal aux
alentours de 9h45 que l’on a pu obtenir les premières informations aussi
maigres soient-elles «dès l’ouverture de la séance dirigée par un juge
civil et deux assesseurs gradés, après délibération, il a été décidé la
tenue du procès à huis clos et les proches du prévenu invités à quitter
la salle». Nous n’obtiendrons aucune déclaration de ces derniers sur
l’état du général Hassan, mis à part qu’il va bien. Etaient présents
pour assurer la défense du prévenu trois avocats Me Mokrane Aït Larbi,
Me Khaled Bourayou et Me Ahmed Toufali Tayeb. Puis durant des heures,
plus aucune information mis à part le va-et-vient des élèves qui se
rendaient à leurs établissements.
C’était un jour d’examen et ils étaient bien loin de se soucier de notre
présence, ni d’ailleurs de celle inhabituelle du dispositif sécuritaire
mis en place aux alentours, entre police, gendarmerie et militaires.
Enfin, nous apercevons les trois avocats sortant à pied du tribunal, il
était 13h30.
Pour les journalistes présents, il n’était pas question de perdre une
seconde et vite, on se disperse pour questionner chacun des avocats.
Soudain, à ce moment précis, sortis de tous les côtés, des gamins en
tabliers âgés à peine de 13 ans commencent à nous entourer et pire à
nous caillasser de petits cailloux.
Personne ne sera épargné même pas les avocats qui ne comprenaient pas
«cet accueil». Les journalistes non plus ne comprenaient pas l’attitude
de ces jeunes et surtout ne comprenaient pas l’inaction des gendarmes
stationnés à proximité. Tant bien que mal et même en recevant une pierre
sur la tête, nous avons dû résister pour pouvoir décrocher quelques
détails sur le déroulement du procès. L’on saura que le prévenu a plaidé
non coupable.
Au sujet de la demande formulée par son confrère en citation de témoin à
décharge du général Toufik, Me Bourayou nous dira «mon confrère va
joindre sa demande, au fond et seul lui pourra vous en dire plus sur ce
sujet». Justement interrogé sur ce sujet Me Aït Larbi était
intransigeant «il s’agit d’un procès à huis clos, je n’ai rien à dire».
La matinée était consacrée à l’audition du général Hassan.
Toujours selon ses avocats, la procédure a été respectée dès le début de
l’audience, avec toutefois cette précision «on parle de l’audience pas
du dossier». La défense était unanime sur la sérénité avec laquelle
l’accusé a répondu lorsqu’il a été interrogé sur les chefs
d’inculpation. Ainsi Me Bourayou dira : «Il s’est très bien défendu,
très sereinement et avec beaucoup d’arguments, beaucoup d’explications
et d’illustrations.» Et Me Toufali d’enchaîner «le général a été à la
hauteur de sa réputation, à la hauteur de son grade et de son
intégrité».
L’après-midi consacrée aux témoignages. Après une pause d’une heure,
l’audience a repris et sans pour autant le déclarer officiellement, mis
à part que le nombre des témoins était de sept, aucun des avocats n’a
dit clairement que le général Toufik ne figurait pas parmi eux.
Toutefois, il n’y avait pas de doute, le général Toufik ne s’est pas
présenté au procès, selon nos sources il n’a tout simplement pas été
convoqué en tant que témoin. Les plus longues heures ont défilé pour les
quelques journalistes restés qui tentaient de «suivre» un procès vu de
l’extérieur en attendant le verdict. Les avocats de la défense avaient
clairement laissé entendre que le tribunal militaire statuerait le jour
même sur le sort de leur client. La nuit tombe peu à peu, le froid
s’installe, la fatigue également et surtout ce sentiment d’être au
mauvais endroit forcé à rester dans cette zone que des journalistes ont
fini par surnommer «parking presse». Pour détendre l’atmosphère et
passer le temps, un journaliste lance avec humour «au moins on est
assuré qu’on ne se fera plus caillasser puisque tous les petits sont à
présent chez eux». Effectivement, sur place seule une dizaine de
journalistes étaient présents à faire le pied de grue à l’affût d’un
signe des avocats, ainsi que la présence du véhicule de la gendarmerie
leur faisant face, tandis que celui de la police était stationné plus
bas, l’entrée du tribunal toujours aussi bien gardée par des militaires.

A 20h30, le verdict tombe : le général Hassan est condamné à 5 de prison
ferme. Remarquant un soudain positionnement des gendarmes et un
va-et-vient de quelques militaires, on comprend que le procès venait de
prendre fin. A 20h30, c’est Me Toufali qui a eu la tâche d’annoncer à la
presse le verdict. «Le procureur a demandé la peine de cinq ans et le
verdict a confirmé cette peine. Nous avons huit jours pour introduire
une cassation. La défense a très bien plaidé et on a touché des points
de procédure et des points de fond, mais le tribunal est libre de juger
comme il veut et nous, nous sommes libres de faire recours.»
Tout en précisant que la défense a eu gain de cause concernant sa
requête stipulant que les témoins ne doivent pas parler sous prestation
de serment ayant été des subalternes du général Hassan, il ajoute «et
c’est ce qui a été fait». Et de conclure : «Heureusement qu’il y a des
voies de recours et je peux vous dire qu’à l’annonce du verdict le
général Hassan a su être digne et calme.»
Amel BentolbaDes avocats sous le choc
Le verdict annoncé jeudi soir par le tribunal
militaire d’Oran semble avoir choqué ses avocats qui évoquent «une peine
très lourde» prononcée contre un général ayant «passé 51 ans au service
de l’ANP».
Me Bourayou a regretté le fait que son client n’ait pu bénéficier de
circonstances atténuantes. «Il a 70 ans, nous-a-t-il déclaré hier par
téléphone, c’est un homme malade et il a passé toute une vie au service
de la patrie, il est donc regrettable qu’il n’ait pu bénéficier de
circonstances atténuantes». La raison ? «probablement pour en faire une
exemple», dit-il en rappelant que le général Hassan est un héros de la
lutte anti-terroriste.
«Personne ne peut le nier, il a d’ailleurs été félicité pour sa bravoure
par les plus hautes autorités du pays qui le poursuivent aujourd’hui.»
L’opinion publique n’en saura cependant pas plus sur le contenu du
procès. Selon cette même source, le huis clos interdit à quiconque, y
compris la défense de commenter ou de rapporter ce qui s’est passé sous
peine de poursuites pénales. On sait seulement que l’accusé «est apparu
fatigué, mais courageux», et qu’il «s’est bien défendu en apportant des
explications rationnelles aux questions qui lui ont été posées».
Jeudi, Me Bourayou avait ajouté que le général Hassan avait affirmé que
«tout ce qu’il a fait entrait dans le cadre d’une stratégie de défense
des intérêts de l’Etat. Les renseignements ont permis de sauver beaucoup
de vies et de protéger des institutions». Me Mokrane Aït Larbi a, de son
côté, affirmé lui aussi que son client a écopé d’une «peine très sévère
puisqu’il a eu le maximum». La veille de l’ouverture du procès, deux des
avocats du général Hassan, Me Bourayou et Ahmed Touphali Tayeb, ont
adressé aux médias une lettre alertant l’opinion sur le fait qu’un
«héros de la lutte antiterroriste risquait d’être condamné». «S’il est
condamné, poursuit la déclaration, alors qu’il n’a rien à voir avec les
charges retenues contre lui, une page sera tournée en Algérie, celle
d’un pays de résistance et d’héroïsme au profit d’un Etat dévitalisé,
déroulant le tapis rouge au profit des émirs assassins d’hier (…)».
A. C.

Categorie(s): actualités

Auteur(s): A. C.

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