Trois histoires sur le divorce

Lesoir; le Mardi 11 Decembre 2012
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Le divorce, un mot lourd de sens,
un phénomène de société, très en vogue en ... hiver ! Si, durant l’été
la météo permet les mariages, avec fanfare et grandes voitures de luxe,
réunissant beaucoup d’amis et toutes les racines et ramifications de la
famille, les divorces se font en solitaire, dans les salles d’audience
lugubres et des bancs ternis par le temps et les usagers qui sont passés
par là pour les mêmes raisons ou pour d’autres... Que ce soit un mariage
d’amour avec un grand A, ou de raison pour ne pas dire de poison comme
on le nomme, beaucoup d’entre ces deux finissent aux tribunaux ; entre
l’un et l’autre type, il y a seulement la différence dans le
pourcentage. Certains phénomènes nouveaux ont accentué le nombre de
divorces. Autrefois, le fondement de la société était le mariage ; la
cellule familiale ne pourrait pas se former s’il n’y avait pas ce
premier nœud qui est le mariage sacré entre un homme et une femme. Ces
dernières années, plusieurs facteurs économiques ont rendu le mariage
difficile. Les problèmes sociaux, de vie commune dans le carcan familial
ou les aléas de la vie moderne constituent des facteurs de séparation.
Des facteurs économiques ou psychologiques servent également de
catalyseurs qui favorisent l’acheminement vers cette issue fatale. Si
dans certains cas, le divorce rend fous les adultes, ce sont plutôt les
enfants qui en prennent vraiment un coup. Il n’y a pas de statistiques
dans notre pays sur le nombre d’enfants issus de parents divorcés et
moins sur leur comportement à l’école ou dans la rue. Une chose est sûre
: selon les spécialistes de la question, les enfants de parents divorcés
sont plus perturbés et plus agressifs que les autres. Cette agressivité
peut être envers son entourage ou dans des cas envers soi-même ; elle
peut atteindre le seuil ultime du suicide. Dans ma vie, j'ai eu affaire
à trois cas par pur hasard ; des rencontres fortuites au fil du temps et
de la vie. Dans le premier cas, l'enfant de jadis était devenu adulte,
le destin nous a fait rencontrer dans un taxi qui se dirigeait de Béjaïa
vers Alger. Un monsieur dépassant la trentaine nous a raconté qu’en
1962, après l’indépendance, son père qui était tombé au maquis, avait
laissé une veuve jeune avec lui comme petit enfant. Il jurait qu’il ne
pouvait pas oublier ce jour où son grand-père maternel était venu
chercher sa fille, c'est-à-dire la mère de notre conteur. Comme elle
était encore jeune, les us et coutumes l'obligent à se remarier, de peur
qu'elle commette des erreurs aux conséquences fâcheuses. Il nous
racontait qu’il s’était agrippé aux pans de sa mère, mais sa grand-mère
paternelle l’avait arraché d’un coup de main. Il avait dit que la
douleur qu'il a ressentie était plus forte que ... l’extraction d’une
dent sans anesthésie. Après cela, son cousin l’avait pris à Alger pour
vivre avec lui, mais cette séparation était un fait marquant dans sa
vie. Ces faits lui ont même tracé non seulement sa destinée, mais ont
surtout forgé son caractère. Il s’est marié à son tour et a eu des
enfants. Il avait juré qu'il ne referait pas la même chose à ses
enfants, quel que soit le différend qui l’opposera à sa femme : «Je ne
les priverai jamais de leur mère. Combien de fils de chahid ont perdu
non seulement leur père mais aussi leur mère, par la bêtise des parents
et autres proches qui n’ont jamais pris en considération l’effet sur les
enfants ?» La deuxième scène, je l'ai vécue à l’intérieur d’un tribunal.
J’étais témoin par la prise de force d’une fillette qui pleurait et
criait à tue-tête. Elle essayait de s'accrocher aux jambes de sa mère,
mais cette dernière lui enlevait les mains et la repoussait vers son
père. Je ne connaissais pas toute l’histoire du début jusqu’à la fin ?
Est-ce que le juge a donné la garde à son père ? Ou est-ce que c’était
le compromis à l’amiable ? Toutefois, c’était une image cruelle qui est
restée dans ma mémoire, indélébile, d’une mère qui pousse sa progéniture
vers d’autres, sans pitié et avec cruauté. La troisième expérience vient
de ce couple qui s’était marié et qui avait eu cinq enfants. Le père
avait répudié la mère et pour ne pas les laisser seuls à la maison, il
les ramenait chaque jour à la plage. On pouvait lire la tristesse sur
leurs visages, mais surtout la crainte de ce père violent qui à la
moindre réclamation, leur donnait des coups d’une extrême barbarie avec
des mots crus qui n’ont pas à être cités ici. Ces trois expériences
donnent à réfléchir si, par malheur, vous êtes dans ce cas. Avant de
couper les liens sacrés du mariage et faire des victimes innocentes, il
est impératif de juger le pour et le contre et d’appeler à la sagesse
des deux parents pour éviter un drame familial perpétuel. Les enfants
d’un divorce, quand ils deviennent adultes, risquent de reproduire les
mêmes schémas que leurs parents en raison du traumatisme psychologique
qu’ils ont vécu.
A. Gouchene, Aokas - Béjaïa

Categorie(s): voxpopuli

Auteur(s): A. Gouchene, Aokas - Béjaïa

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