13e jour du procès Khalifa, Stage de pilotage, voitures et hôtels de luxe

Liberte; le Mercredi 20 Mai 2015
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La journée d’hier a été consacrée à l’audition des personnes accusées d’abus de confiance ayant causé des préjudices au groupe Khalifa. Ils sont tous poursuivis pour non-restitution de biens mis à leur disposition au moment de l’entame de la liquidation. Pour des raisons de santé, le notaire Rahal était toujours absent du box des prévenus.

Lilia Ladjelat, licenciée en droit, avait été recrutée à Khalifa Bank en tant que chargée de clientèle avant de rejoindre en 1999 la compagnie Khalifa Airways comme attachée de direction générale chargée de plusieurs missions. Khalifa Airways étant à l’époque non entièrement structurée. Elle s’est occupée de tout ce qui est formation, réservation d’hôtels, démarches de visas. Elle s’est chargée par la suite de l’atelier de confection d’uniformes pour le personnel navigant. Elle nie avoir été conseillère du directeur général. Le magistrat lui demande si c’est sa sœur Nawel, ex-chargée  d’études à la BDL de Staouéli, qui l’a aidée à être recrutée pour connaître une telle ascension dans le groupe, en si peu de temps.
L’ex-chargée d’études à la BDL de Staouéli est soupçonnée, à titre de rappel, d’avoir aidé Moumen Khelifa à obtenir des crédits dans le cadre de la création de sa banque. “C’est une simple coïncidence. Après la publication d’une annonce de recrutement dans les journaux, je suis allée voir le directeur des ressources humaines qui a retenu ma candidature. Ma sœur n’a rien à voir. Elle a été souvent citée injustement dans cette affaire, mais elle n’a jamais été convoquée par la justice.” Le juge lui demande où se trouve actuellement sa sœur. “Elle occupe un poste très important dans un ministère au Canada, exactement à Otawa.” “C’est peut-être parce qu’elle n’est plus en Algérie qu’elle n’a pas été convoquée”, réplique le président du tribunal criminel. La prévenue réaffirme que sa sœur n’a jamais reçu de convocation de la justice.
Le magistrat s’intéresse ensuite à son jeune frère qui a été recruté en tant que pilote à Khalifa Airways. Il veut savoir si elle est intervenue en sa faveur. “Mon frère a eu le baccalauréat à 16 ans avec mention très bien. Il a passé un test avec brio et a suivi une formation. Actuellement, il est pilote à Air Algérie et fait la ligne Pékin et Djedda.” Elle ajoute que “les dossiers des pilotes passaient d'abord par le département d'exploitation qui sélectionnait et donnait son aval”, avant qu'elle ne procède à la mise en œuvre des modalités de leur déplacement à l'étranger particulièrement à l'école des pilotes d'Oxford.

Plus de 50 milliards de centimes de factures dans les hôtels de luxe
Et de poursuivre : “Des personnes passent le stage de pilote avec un niveau bac. Tout le monde pouvait être pilote, y compris moi”, dit-elle avant de se ressaisir et de soutenir que c’était une formation sérieuse effectuée à Oxford et encadrée par le ministère des Transports. “La plupart des personnes envoyées en stage de pilotage étaient des enfants de hauts cadres et chefs d’entreprise qui ont fait des placements à Khalifa Bank ?” interroge le magistrat. Lilia L. répond : “Pas à 100%. Il y avait des personnes de l’intérieur du pays aussi.” À la question de savoir si elle a assisté à des dîners dans la villa familiale de Moumen Khelifa, elle précise qu’elle est seulement allée à l’enterrement de sa mère et a accompagné une autre fois son responsable dans le cadre de la signature d’un contrat.
“Vous étiez très proche de Moumen Khelifa. Vous a-t-il contacté après son départ ?” À cette question, elle répond qu’elle est seulement restée en contact avec Djamel Zerrouk de Khalifa Airways. Lilia, en tant que directrice de Khalifa Couture, bénéficie, comme tous les cadres, d’un véhicule de service et d’un chauffeur. “Une Toyota Yaris et non une Polo comme indiqué par erreur dans le dossier judiciaire”, rectifie-t-elle. La justice lui reproche de l’avoir gardée à l’entame de la liquidation alors qu’elle n’était plus en fonction.
Pour cela, elle est inculpée pour abus de confiance. Elle se défend comme elle peut : “Comment pourrais-je être inculpée d’abus de confiance alors que quand il y a eu l’inventaire de Khalifa Couture, il ne manquait pas une aiguille.”
Le procureur général aborde, quant à lui, le volet de factures cumulées par le groupe Khalifa dans des hôtels de luxe dont le montant atteint plus de 50 milliards de centimes. Lilia déclare ignorer le montant exact de la facture, non sans préciser que le groupe avait une centaine de chambres réservées à l'année dans de luxueux hôtels de la capitale.
“Chachoua, directeur général de la société de sécurité du groupe Khalifa, était hébergé au Sheraton alors qu’il habitait à Blida”, conclut le procureur général Zarg El-Ras.
La parole est donnée à la défense de Moumen Khelifa. Son avocat déclare que le fait de créer une unité de confection d’uniformes ne conforte pas la thèse consistant à affirmer que le groupe Khalifa a été créé juste pour faciliter la fuite des devises. Bien au contraire, il a réduit les charges de Khalifa Airways. “Absolument on s’est dirigé vers cette option pour réduire les charges et on a même créé de l’emploi. On importait la même matière première qu’Air Algérie”, renchérit Lilia.
Le procureur général lance sur un ton sarcastique : “Un atelier de confection pour 26 avions.”

“Les employés de Khalifa TV voulaient tout piller”
Hakim Boukarma, ancien chauffeur à la chefferie du gouvernement, a intégré en 2003 Khalifa TV en tant que chargé de sécurité pour améliorer sa situation sociale. La justice lui reproche d’avoir gardé pendant une année un véhicule de service au nom de Khalifa Bank sans le remettre au liquidateur. “Je n’ai entendu parler du liquidateur que le jour du procès de 2007. Je n’avais aucun contact avec lui. De toute façon ce qui se passait à la villa, siège de la représentation à Alger de Khalifa TV, m’a ôté toute confiance en les gens. La voiture je ne l’aurais remise qu’à la police ou à la gendarmerie.” Il raconte que dès que les rumeurs ont circulé sur la faillite du groupe Khalifa, le personnel de Khalifa TV a entamé une opération de pillage des équipements.
À l’instar des caméras et des micro-ordinateurs. “Les employés et même les journalistes voulaient tout piller parce qu’ils n’étaient pas payés depuis trois mois”. C’était le désordre total en l’absence des agents de l’ordre qui n’assuraient plus leur mission, depuis déjà plusieurs mois. “La voiture c’est la directrice de Khalifa TV, Samira Bensouda, qui m’a autorisé à l’utiliser pour venir le soir travailler, car la matinée je devais m’occuper de mon père qui était malade.” Le magistrat lui rappelle que la voiture en question de marque Citroën Berlingo, il ne l’a rendue détériorée qu’après avoir été convoqué par la gendarmerie. “La voiture était versée avant dans le parc. Les chauffeurs l’ont utilisée avant moi. Je n’ai, pour ma part, abîmé que la trappe d’essence. J’ai de l’expérience dans le domaine. J’ai été chauffeur à la Présidence pendant dix ans.” Il affirme que l’inventaire a été fait en présence d’un huissier de justice et la voiture a été enregistrée. Après avoir quitté sa fonction au sein de Khalifa, il a été réintégré à son poste de chauffeur au sein du service de la chefferie du gouvernement et affecté comme chauffeur d’une ministre.
L'ex-directeur adjoint des moyens généraux à Khalifa Airways, Belkacem Rabah, a soutenu devant le juge Antar Menouar qu'il avait gardé la voiture de type Golf série 4, à cause de la tâche qu’il accomplissait pour le liquidateur de la compagnie de transport aérien. Par la suite, il s’est occupé de sa femme mourante. Il a restitué le véhicule en question en avril 2005.
Laggoun Madjda a comparu devant le tribunal en sa qualité de cliente de Khalifa pour la location de voitures. Elle a déclaré qu'elle avait des contrats mensuels de location de deux voitures qu'elle payait à près de 120 000 dinars. Gérante d'une entreprise d'importation de matières premières de conditionnement hôtelières, elle a soutenu qu’elle avait gardé les deux voitures après les déboires du groupe Khalifa parce que le liquidateur de Khalifa Rent, lui avait donné des assurances verbales qu’elle pouvait les acheter après les procédures de liquidation.
Elle fait remarquer au magistrat qu'elle payait les factures de la location au liquidateur, les documents en sa possession faisant foi. Elle quitte la salle d’audience en larmes.

N. H.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Nissa Hammadi

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