Au dixième jour du Procès Khalifa Bank, Les langues se délient

Liberte; le Dimanche 17 Mai 2015
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Au dixième jour du procès Khalifa Bank, les langues d’anciens cadres d’entreprises et organismes de l’État accusés dans ce scandale commencent à se délier pour convaincre le magistrat de leur innocence.

Abdelali Meziani, ex-président du conseil d’administration de la Caisse nationale de retraite et membre du secrétariat national de l’UGTA, chargé des finances, a affirmé hier, lors de son audition que les 8,5 milliards de centimes de l’UGTA ont été déposés à la banque Khalifa sur ordre du président du conseil d’administration, Abdelmadjid Sidi Saïd.
L’accusé, qui n’a pas eu l’occasion de développer davantage le placement des cotisations des travailleurs affiliés, s’est longuement étalé sur les
1 200 milliards de centimes placés dans la banque en septembre 2001. Soit juste une semaine après la réunion ordinaire du conseil d’administration où seulement 6 membres ont siégé au lieu de 29 membres comme le prévoient les textes juridiques. Poursuivi pour corruption, trafic d’influence et perception de concession et avantages, Abdelali Meziani explique au magistrat que le dépôt d’argent a été effectué cinq à six jours après la réunion du conseil d’administration par le directeur des finances, en l’occurrence Slimane Kerrar.
“Moi, en tant que président du conseil d’administration, j’ai donné juste mon avis du fait que les autres membres du conseil n’étaient pas présents pour approuver l’opération. C’était un avis et non un accord”, argumente l’accusé, qui avoue que le placement de l’argent n’était pas à l’ordre du jour de la réunion. “La logique dit que le conseil d’administration se réunit avec 29 membres, prend la décision et informe la tutelle ?”, interroge le président du tribunal. “Ce n’est pas moi qui avise la tutelle, c’est le rôle du DG”, répond l’accusé qui déclare que les membres du conseil d’administration se sont réunis six mois après avoir su que Kerrar avait transgressé le règlement intérieur en déposant l’argent. “C’est à ce moment-là que le conseil a ordonné le retrait de tout l’argent. Malheureusement, on n’a pu retirer que 8 milliards de dinars et il reste 4 milliards. Nous attendons le bilan du liquidateur”, a argumenté
l’accusé.

“Ma garantie est l’article 159 sur la monnaie et le crédit”
Aït Belkacem Mahrez, ex-directeur général de la Caisse nationale d’assurance chômage (Cnac), qui, lui aussi, fait l’objet des mêmes chefs d’accusation, explique au magistrat que le dépôt de 64 milliards de dinars effectué dans les banques publiques était garanti par la loi sur la monnaie et le crédit, la Banque d’Algérie et le Trésor public, tout comme le dépôt de 1,830 milliards de DA à la banque Khalifa.
Occupant actuellement le poste de consultant auprès de l’ONU et de l’UE, Aït Belkacem explique à l’instance judiciaire que durant les années 90, son organisme avait des comptes ouverts dans la plupart des banques publiques et à cette époque le taux d’intérêt est passé de 24% à 5 et 6%. “Une chute considérable pour nous. Vous savez monsieur le président qu’à cette époque nous avions une rentrée de 1 milliard de centimes tous les deux jours. Globalement, nous avons enregistré un bénéfice de 24 milliards de centimes, pour lesquels nous avons reçu des félicitations du conseil d’administration et même du gouvernement”, explique l’ex-DG de la Cnac en ajoutant qu’il voulait investir cet argent dans le foncier mais les membres du conseil d’administration ont refusé l’idée et l’ont orienté pour le faire fructifier dans une nouvelle banque privée qui était Khalifa qui offrait un taux d’intérêt de 11,25%. “Suite à une réunion du conseil, tenu le 6 août 2001, j’ai adressé une correspondance à la tutelle l’informant du dépôt du fonds à Khalifa Bank. Un mois après, je n’ai pas reçu de réponse. De toutes les façons, je n’ai jamais eu de réponse de la tutelle même quand j’ai placé l’argent dans les banques publiques”, souligne l’accusé qui revient sur l’argent de l’Agence nationale du microcrédit dont il était également l’ordonnateur. À ce sujet, il explique que Khalifa était la seule banque qui accordait les crédits aux jeunes liés à ce dispositif.
“La plupart des banques publiques n’acceptent pas d’adhérer à ce dispositif du fait qu’il représente un risque majeur. C’est à ce moment que j’ai signé une convention avec Khalifa Bank en partageant le risque à 50%. Il a fallu faire activer ce dispositif que l’État a créé au profit des personnes dépourvues de moyens. J’ai déposé une somme qui varie entre 5 et 600 millions de dinars”, explique l’accusé qui nie avoir obtenu un coup de pouce pour son fils qui a été recruté à Khalifa Airways pour être pilote comme il nie aussi avoir utilisé la carte de thalasso.

10 millions de dollars partis en fumée
Réda Rahal, DG de l’Entreprise nationale de géophysique, filiale de la Sonatrach, inculpé pour les mêmes accusations, explique que le placement de 300 millions de dinars et
10 millions de dollars US a été effectué comme toutes les autres
filiales de la Sonatrach, à l’exception de la société mère. Devant le président du tribunal, Rahal reproche au financier du groupe Sonatrach de n’avoir pas avisé les responsables des filiales sur le risque des placements dans Khalifa Bank. “Il aurait dû nous prévenir après avoir étudié le risque. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?”, s’est interrogé l’accusé qui a apprécié que des cadres de la banque privée ont effectué une visite à Hassi-Messaoud à cet effet. “À aucun moment les responsables des banques publiques ne sont venus à nous pour vendre leur produit”, témoigne l’accusé, évoquant que l’atout l’ayant incité à placer l’argent chez Khalifa était surtout la rapidité d’exécution des opérations des comptes en devises contrairement à la BEA.
À la question de savoir pourquoi il n’a pas mesuré les risques sur le placement, Rahal Réda répond sèchement qu’il s’agit d’une banque agréée par l’État et après le scandale ni l’administrateur et ni le liquidateur n’ont répondu à sa doléance pour récupérer les fonds. “Nous attendons le liquidateur”, conclut l’ex-DG qui justifie son acte par le fait que ce sont ses responsables qui l’ont orienté vers cette banque.

K. F.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): K.Fawzi

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