Cas d’infraction aux dispositions de la charte pour la paix, De la passivité à la démesure

Liberte; le Mardi 4 Avril 2006
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Les déclarations incendiaires des uns et les provocations dangereuses des autres parmi ces anciens éléments de la nébuleuse terroriste, Abdelhak Layada, Ali Benhadj et Madani Mezrag, pour ne citer que les plus en vue, n’ont pour le moment suscité aucune réaction notable de la part des autorités.L’affaire de la mise sous contrôle judiciaire du journaliste d’El Khabar, Mourad Mohamed, et les dégâts collatéraux qu’elle a charriés, si elle vient encore une fois relancer le débat à propos du droit à l’information, pourtant consacré par la loi fondamentale du pays et le code de l’information, elle ne manque pas non plus de remettre sur le tapis la question de la sauvegarde du secret professionnel. Cependant, la célérité et la violence avec lesquelles une institution publique, c’est-à-dire l’État en définitive, a réagi dans ce dossier laissent pantois plus d’un. S’il est tout à fait légitime pour l’État de ne pas rester les bras croisés lorsque sa sécurité ou sa pérennité est menacée par la divulgation d’une quelconque information de nature sensible, la réplique se doit de rester raisonnable et responsable pour éviter de s’égarer dans des dépassements qui ne peuvent que ternir l’image des institutions. Cela passe inévitablement par une application stricte des lois en vigueur, mais une application juste et équitable des dispositions pour tous les citoyens sans distinction.La pression, le chantage et la torture morale auxquels le journaliste d’El Khabar a été soumis afin de lui faire cracher le morceau ne peuvent être que condamnables. Me Bourayou souligne qu’il n’y a que l’autorité judiciaire qui est habilitée à lever la confidentialité sur une information dans le cas où on estime cela nécessaire. Par conséquent, les procédés employés par les policiers, pour faire parler le journaliste, dépassent, selon l’avocat, ce cadre et touchent directement l’article 37 du code de l’information qui dispose “le secret professionnel constitue un droit et un devoir pour les journalistes”. Cela relève de “l’extorsion d’aveu”, selon Me Bourayou, pour qui “il n’y a que le juge qui est à même de mesurer si le droit à l’information doit primer ou pas sur la nécessité de confidentialité”. Mais si l’on se fie au traitement express accordé à l’affaire en question par les autorités, il devient évident que ces dernières ne sont mues que par une volonté d’application, même avec un certain zèle, des dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. C’est cela qui aurait motivé cette réplique démesurée à l’égard du journaliste et de ses sources d’information. L’opinion de manière générale et la corporation journalistique plus particulièrement n’auraient peut-être pas trouvé à redire dans ce dossier si le même traitement était réservé à tous ceux dont les voix s’élèvent pour dénoncer et le contenu de la loi en question et ses concepteurs.Pourtant, la différence est de taille entre d’un côté un journaliste qui, mu par des considérations strictement professionnelles, a cru bon de rendre publiques des informations en rapport avec le très sensible sujet de la situation sécuritaire, et, de l’autre, d’anciens terroristes dont les pires méfaits se retrouvent effacés par la grâce de la charte. Hamid Saïdani

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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