Crédits accordés au P-DG de Khalifa Rent et au directeur du personnel navigant de Khalifa Airways, “Des dons au préjudice des clients”

Liberte; le Jeudi 14 Mai 2015
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Sur un simple accord verbal, ou un OK consigné sur une demande manuscrite en plein vol entre Dubaï et Alger, ces deux crédits accordés par Moumen Khelifa, sans pièces justificatives, sont assimilés par le tribunal criminel près la cour de Blida à un don, au préjudice des clients de Khalifa Bank.

Mohand-Arezki Amghar, l’ancien directeur général de Khalifa Rent (KRC) a comparu, hier, devant le tribunal criminel de Blida pour les chefs d’inculpation d’association de malfaiteurs, vol qualifié, escroquerie et abus de confiance en vertu des articles 176,177 et 372 du code de procédure pénale. Ancien retraité de la BNA, il rejoint en 2008, le groupe, sur recommandation de Kebbache Ghazi (en fuite), oncle de Moumen Khelifa, dans un premier temps en tant que DG de l’administration, avant d’être nommé à la tête de la direction générale de KRC, une filiale dans laquelle la banque et Khalifa Airways étaient actionnaires à parts égales.
Il a bénéficié en 1998 d’un crédit de 450 millions de centimes remboursable sur 96 mois à travers des retraits sur salaire. Ce crédit a servi à l’achat d’un bien immobilier.
Par la suite, en tant que directeur de Khalifa Rent, il sollicite Khelifa Rafik Moumen pour un autre prêt. Il lui donne un accord verbal, à condition que le montant ne dépasse pas un million de dinars.
Amghar en tant qu’unique ordonnateur de Khalifa Rent s’autosigne un prêt de 1,5 milliard de dinars qui sera validé par la comptabilité de la filiale sans pièces justificatives, lui reproche la justice. Une somme qui devait servir, à acheter un plus grand appartement que le logement de fonction de la BNA qu’il occupait à Hydra.
Pour le concerné, le chèque en soi est une pièce justificative.
Pour lui, il a servi à expliquer la somme manquante et permis l’établissement d’un échéancier pour le remboursement. “C’était quoi la garantie ?”, lui demande le juge.  “Mon salaire était la garantie. Je percevais 150 000 DA par mois”, réplique l’accusé.

Moumen Khelifa n’avait pas de bureau
Le magistrat cherche à savoir pourquoi un taux d’intérêt n’a pas été fixé pour la somme qu’il a encaissée. “C’est un prêt interne à l’entreprise que j’ai signé moi-même sur la base d’un accord verbal du patron et par la suite il y a eu convention de prêt”.
Le président du tribunal criminel reproche à l’ex-P-DG de Khalifa Rent de ne pas être allé voir Khelifa Moumen à son bureau pour lui présenter une demande manuscrite de prêt, au lieu de chercher à obtenir un accord verbal. L’inculpé répond que son ex-patron n’avait ni bureau ni secrétaire particulière.
Le juge perd son sang-froid : “Vous voulez faire croire au tribunal qu’un président-directeur général d’un groupe ne dispose pas de bureau ? Où tenait-il ses réunions, où recevait-il les gens qui venaient le voir ?” “Il se mettait dans n’importe quel bureau”, soutient Amghar.
Le procureur général soutient qu’il détient une lettre de la part d’Amghar adressée au liquidateur, dans laquelle il lui explique que le montant de 1,5 milliard est un don des membres fondateurs et actionnaires du groupe Khalifa. Amghar nie l’existence de cette lettre.
“C’est vrai que je ne me suis pas tellement entendu avec le liquidateur, mais au point de dire cela….” “Pourquoi vous êtes-vous précipité à vendre la maison avant sa saisie”, interroge le procureur général. Il soutient l’avoir vendue car le juge le pressait de rembourser sa dette sans échéancier.

40 voitures disparues dans la nature
Le procureur axe ses questions sur le sort des voitures bien présentes dans l’actif de KRC et qui ont disparu. En tout, une quarantaine de voitures ont disparu dans la nature. L’accusé le renvoie au liquidateur qui dispose, selon lui, plus d’informations. Il ne donne pas non plus d’explication plausible sur les véhicules affectés à la Fédération des cadres des finances, en dépit de l’insistance du juge. L’accusé dit ignorer leur sort. “Il y a peut-être des voitures qui ont été achetées au nom de KRC par le groupe et que je n’ai jamais vues”. Quant aux voitures libérées dans le cadre de l’Année de l’Algérie en France, il affirme que cette prestation a été facturée.
Zarg El-Ras lui dit que la filiale Khalifa Rent a été déclarée déficitaire en 2001, ce qui n’a pas empêché son conseil d’administration d’augmenter le capital pour l’exercice 2002. Une situation qu’Amghar justifie par “la multitude de charges qu’elle supportait”. Il affirme, toutefois qu’à la fermeture, Khalifa Rent enregistrait des bénéfices conséquents.

Un prêt accordé dans les airs
Après une carrière d’une vingtaine d’années à Air Algérie, Dahmani Nourredine rejoint Khalifa Airways pour le poste de directeur du personnel navigant. Il est poursuivi pour abus de confiance et condamné en première instance, à deux ans de prison avec sursis et une amende de 20 000 DA.
Il raconte : “Je voulais améliorer ma situation sociale. J’ai appris par les journaux que Khalifa Airways recrutait. J’ai passé une audition à l’hôtel Hilton et j’ai signé 15 jours après un contrat vu mon expérience en tant que chef de département au sein d’Air Algérie. Je suis resté employé de Khalifa Airways de 1999 à 2003.” Sur la demande du magistrat, il
précise qu’à Air Algérie, il avait un salaire de 30 000 dinars et chez Khalifa Airways, il a commencé à 40 000, puis est passé à 60 000 et enfin à 100 000 DA pour le dernier poste occupé. Le président du tribunal criminel veut savoir si les cadres de Khalifa Bank voyageaient beaucoup sur les lignes de Khalifa Airways et s’ils exerçaient des pressions sur lui pour le recrutement de leurs proches et connaissances. “Certains oui, mais je prenais en compte avant tout les critères requis, ce qui m’a valu énormément d’ennemis”.
Azziz Djamel, directeur de la caisse de Khalifa d’El-Harrach, il l’a connu lors du dépôt de sa demande de crédit de l’ordre de 130 millions de centimes. Cette demande de crédit a été signée par Khelifa Moumen en personne, lors d’un vol entre Dubai, Djedda et Alger. “J’ai profité de cette occasion parce que je savais qu’il était impossible de le voir à Alger. Je lui ai raconté mes déboires, il m’a mis sur la demande de crédit son OK et m’a demandé d’aller voir le directeur de l’agence d’El-Harrach”.

“Nous étions traités comme des pestiférés”
Il poursuit : “Je vivais dans une seule pièce avec femme et enfants. J’ai contracté un crédit principal auprès de la Cnep de 80 millions de centimes avec un taux d’intérêt de 4,5%, puis un crédit complémentaire de 50 millions de centimes avec un taux d’intérêt de 22%. Je n’ai pas fait attention au taux d’intérêt important du prêt complémentaire, d’où tous mes déboires. La Cnep a commencé à m’envoyer des mises en demeure. Il fallait rembourser dans l’urgence le crédit, alors que je n’avais que mon salaire. C’était pour construire une maison avec mes frères qui étaient tous au chômage”. Aziz Djamel lui dit de laisser la demande et de revenir dans deux à trois jours, après avoir rempli les formulaires pour l’ouverture d’un compte auprès de la caisse d’El-Harrach.
Le magistrat interroge : “Pourquoi vous êtes-vous adressé directement à Khelifa au lieu de la direction des ressources humaines de Khalifa Airways ? Donc c’est un cadeau et non un crédit ?”. Dahmani répond : “Je précise que c’est un prêt social et non un crédit. J’ai pris 250 millions de centimes. J’ai soldé le taux d’intérêt de la Cnep de l’ordre de 180 millions de centimes et le reste je l’ai utilisé pour continuer la construction de la bâtisse. Mais cela n’a pas suffi. Je l’ai habité alors que le sol était encore en ciment”. Le magistrat lui fait remarquer qu’à aucun moment, il ne s’est inquiété des modalités de remboursement. Il pensait, dit-il, que la direction de Khalifa Airways allait procéder à des ponctions sur salaire.
Il ne s’attendait pas qu’une entreprise, selon ses termes, aussi florissante, arrête de manière soudaine son activité. Le commentaire du magistrat bouscule un peu l’accusé : “C’est donc une sorte de cadeau qu’on vous a fait.” Dahmani : “C’est un prêt. C’est la vérité absolue. Je suis qui pour lui pour qu’il m’offre 250 millions de centimes ?”.
Après la cessation d’activité de Khalifa Airways, l’ex-directeur du personnel navigant est resté quatre ans au chômage. “Personne ne voulait engager les gens de Khalifa Airways. On était traité comme des pestiférés. Ensuite j’ai été embauché par une société étrangère de droit algérien pour 30 000 dinars avant de faire valoir mes droits à une retraite anticipée”. Il ajoute que depuis 2011, il rembourse 10 000 dinars par mois, le prêt contracté.

N. H.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Nissa Hammadi

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