Devant le silence des autorités à leurs revendications, Colère à Gué-de-Constantine

Liberte; le Mercredi 5 Avril 2006
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Près de 300 personnes, hommes et femmes, vieux et vieilles, étaient rassemblées hier devant le siège de l’APC de Gué-de-Constantine avant de se diriger vers l’autoroute reliant Zéralda à Dar El-Beïda. À 11h au lieu-dit Sonelgaz, le mot d’ordre est lancé pour fermer les deux voies. En l’espace de quelques secondes, le flot de voitures et camions s’est arrêté net devant des dizaines de “volontaires” couchés sur le bitume. La police arrive et quadrille le mouvement de masse. Les officiers entament les discussions avec les revendicateurs qui refusent de libérer la circulation.Leurs représentants, tout en appelant les citoyens au calme, expliquent à un commissaire qu’ils n’ont aucune intention violente, mais qu’ils veulent surtout faire entendre leurs revendications à qui de droit. “À l’origine de ce mouvement, nous reprochons aux autorités locales et particulièrement le maire et ses collaborateurs de ne prêter aucune attention aux problèmes que rencontrent les citoyens des quartiers Caseneuve et Haï Remli I. Deux grands bidonvilles où des familles vivent dans des conditions insupportables. Sans réseau d’assainissement conforme, sans eau courante, branchements collectifs d’électricité sans aucun respect des normes sont le gros de nos doléances. Inutile de parler de l’exiguïté, encore moins des conditions d’hygiène aggravées par la présence en grand nombre de rats qui prolifèrent dans ces deux quartiers. Nous avons toujours privilégié la voie du dialogue avec les élus, mais malheureusement il apparaît clair qu’on n’est pas disposé à nous écouter. Pis, nous constatons à chaque occasion que l’APC ne se gêne pas pour encourager des constructions illicites, alors que des projets nous concernant ont été bloqués. Aujourd’hui, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase”, dira M. Benhalima Sadek, représentant du quartier Caseneuve. Au fil des minutes, la file de voitures bloquées s’étale à l’horizon de part et d’autre de l’autoroute.Des policiers en civil, talkies-walkies en main, donnent un point de la situation à la salle de trafic. Un commissaire principal intervient auprès des revendicateurs à qui il fait endosser la responsabilité de bloquer le passage des véhicules prioritaires. On négocie pour une ambulance qu’on finit par laisser passer. Chez les automobilistes, les réactions sont mitigées.Ceux qui s’impatientent et se mêlent à la foule pour demander de débloquer la situation et ceux qui restent à l’écoute des négociations tout en manifestant leur sympathie aux revendicateurs. Le commissaire revient à la charge pour informer les manifestants que l’embouteillage a atteint déjà le tunnel d’Oued Ouchaïah où il y a risque d’asphyxie si jamais la situation devait persister longtemps. “Nous ne bougerons pas d’ici avant la venue du wali d’Alger”, lance un groupe. “Libérez la route, et il sera là”, répond un officier de police. Sa proposition n’est pas prise au sérieux. On lui rétorque qu’il peut venir en hélico.L’arrivée du wali délégué de Bir-Mourad-Raïs, M. Zitouni, fait monter la pression d’un cran. On court, on gesticule, on va à sa rencontre. Le premier contact “chaud” finit par baisser au fur et à mesure qu’il explique que les revendications allaient, selon chaque cas, être prises en charge. M. Zitouni appelle les citoyens au calme et les invite à une réunion au niveau du siège de l’APC à condition qu’ils libèrent l’autoroute. Cette dernière fut rouverte à la circulation après une heure de blocage. À l’APC, le maire n’a pas été ménagé par les représentants des quartiers. L’un d’eux parlera du “palais”, un terme que le maire n’a pas supporté. Pour ce dernier, les choses ne sont pas aussi faciles qu’on le pense. “Nous essayons de régler les problèmes en fonction des moyens dont nous disposons. On ne peut donner que ce qu’on a”, dira-t-il. Pour sa part, le wali délégué a promis aux revendicateurs qu’il veillera personnellement à la démolition des constructions jugées illicites.S’agissant de Haï Remli I qui compte 3 800 baraques, il a fait savoir qu’il a rencontré 800 personnes dans une première étape. “Nous connaissons les problèmes de Gué-de-Constantine qui compte 10 000 baraques sur 30 000 dans la wilaya d’Alger. On ne peut du jour au lendemain faire loger tout le monde, mais je vous garantis que les conditions d’hygiène seront immédiatement prises en charge. Nous attribuerons les logements à chaque fois que la commune en bénéficiera”. Une promesse qui a laissé les citoyens sceptiques. ALI FARES

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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