Douze ans après le séisme du 21 mai 2003, Les leçons n’ont pas été retenues

Liberte; le Jeudi 21 Mai 2015
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Ni le séisme du 21 mai 2003 ni la loi 90-29 du 1er décembre 1990 modifiée et complétée, encore moins la loi 08/15 n’ont découragé les gens de construire illicitement et, surtout, librement, sans qu’ils soient inquiétés.

Douze ans après la catastrophe sismique de Boumerdès, qui a fait plus de 2 000 victimes et de milliers de sinistrés, de nombreux observateurs et experts admettent qu’aucune leçon ayant une relation directe avec la sécurité du bâti en général n’a été retenue par les pouvoirs publics. Les constructions illicites se poursuivent à une vitesse effrénée. L’État demeure toujours impuissant pour lutter contre ces constructions.
Bien que les lois existent, les responsables à tous les niveaux chargés de leur application ont failli. Nos villes sont plus moches que jamais, les constructions hideuses et surtout dangereuses continuent de pousser un peu partout dans l’indifférence générale. Ni le séisme du 21 mai 2003 ni la loi 90-29 du 1er décembre 1990, modifiée et complétée, relative à l’aménagement et l’urbanisme, encore moins la loi 08/15 fixant les règles de mise en conformité des constructions et leur achèvement n’ont découragé les gens à construire illicitement et, surtout, librement, sans qu’ils soient inquiétés. Certains ont même érigé des villas sous des lignes électriques de haute tension ou sur des conduites de gaz. Et tout cela au vu et au su de tous les responsables.
“Les rares constructions démolies ciblent le plus souvent de petites baraques et bidonvilles. De telles opérations éclaires sont destinées juste pour parfaire des statistiques”, nous affirme un architecte exerçant au ministère de l’Habitat. La loi 08-15 relative à la mise en conformité, censée apporter une solution à ces constructions, n’a fait qu’encourager le phénomène. De nombreux constructeurs se sont engouffrés dans la procédure liée à cette loi pour se faire régulariser même pour les constructions édifiées après 2008. Même les institutions de l’État utilisent cette formule pour “régulariser” leurs constructions illégales.
Pourtant la loi est claire : “Il est interdit d'entreprendre des travaux de construction sans permis de construire ou de les réaliser au mépris des plans graphiques ayant servi à l'obtention du permis de construire”, indique l’article
76 de la loi n°04-05 du 14 août 2004 modifiant et complétant la loi n°90-29 du 1er décembre 1990 relative à l'aménagement et l'urbanisme. Mais les ministères concernés ont vite trouvé la parade en profitant  de la nouvelle instruction du ministère de l’Habitat portant le
n°4 datée du 6 septembre 2012 pour régulariser leurs constructions illégales, y compris celles érigées après mai 2003. Il est à rappeler que des milliers de logements ont été construits après le séisme sans permis de construire. Mais aussi des universités, des tribunaux, des mosquées, des hôpitaux, des sièges APC, des établissements scolaires, des établissements publics et des centaines de  blocs administratifs. Pis encore, des villes entières ont été bâties sans permis de construire ni permis de lotir. Toutes sont considérées comme des constructions illicites. Et dire que des lois draconiennes ont été promulguées au lendemain du séisme du 21 mai 2003. Des lois restées lettre morte.
“Et ce sont les institutions de l’État qui donnent le mauvais exemple, d’abord, en ne respectant pas, elles-mêmes, les lois de la République et, ensuite, en affichant un laxisme effrayant vis-à-vis des constructions illicites édifiées par des individus”, affirme un architecte. Le ministère de l’Habitat et le ministère de l’Intérieur, visiblement dépassés par la cadence de ces constructions, ne disposent pas de statistiques fiables et réelles. “Impossible de disposer de chiffres exacts quand le travail sur le terrain ne se fait pas sérieusement et régulièrement”, ajoute notre interlocuteur.

M. T.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Madjid T

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