Elle appréhende l’après-charte en l’absence de débat, Louisa Hanoune : “Il n’y aura ni guerre ni paix”

Liberte; le Samedi 18 Mars 2006
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“Même sur la question de la paix et la réconciliation nationale, tout comme pour le statut de la femme et les convictions religieuses…, le recours systématique aux ordonnances présidentielles, non seulement annihile les missions du Parlement censé incarner la souveraineté populaire, mais il conserve intactes les cartes servant de prétextes à l’ingérence étrangère. Il en est de même aux atteintes répétées au droit de grève.” Porte-parole attitré du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune prédit à l’Algérie un sort similaire à celui de l’Angola, ce pays du sud-ouest de l’Afrique qui a réussi à trouver un compromis à l’issue d’une guerre civile de près de 20 ans, mais qui reste précaire en raison de luttes internes, en ce sens qu’il n’y aura “ni paix ni guerre” après l’adoption par le Parlement, mercredi dernier, des ordonnances présidentielles sur la “paix et la réconciliation nationale”, celle portant organisation du culte et celle relative au statut de l’armée. “Avec cette façon de passer les ordonnances sans débat, il n’y aura ni guerre ni paix. On sera comme l’Angola”, a-t-elle estimé, hier, lors d’un point de presse animé à Zéralda, à l’issue de la clôture des travaux de la session ordinaire du conseil national de son parti. “Le recours aux ordonnances est inacceptable”, a-t-elle ajouté. Louisa Hanoune ne rejette pas les ordonnances en tant qu’attribut des prérogatives présidentielles mais parce qu’elles concernent des sujets de société qui requièrent un large débat. Son parti avait d’ailleurs opté pour l’abstention. “On ne peut pas voter sur des ordonnances qu’on n’a pas discuté. Le rôle du député est confisqué. Il faut ouvrir un large débat sur des sujets aussi complexes si l’on veut tourner la page et faire taire le langage des armes”, a-t-elle affirmé. “On ne peut pas parler des responsabilités alors qu’on est à mi-chemin !”, a t-elle encore ajouté. Cette requête de l’ouverture d’un débat justifie certaines appréhensions qu’elle n’a pas, du reste, dissimulées. Autant l’ordonnance sur le culte que celle portant statut du militaire est suscitée, à ses yeux, comme l’orientation économique, par “l’étranger”. “Comme en Côte-d’Ivoire, cette histoire du christianisme est créée de l’étranger (…). La professionnalisation de l’armée nous fait peur”, dit-elle. Comme de coutume, elle n’a pas lésiné sur les mots pour descendre en flammes l’Exécutif, accusé de “bradage” de la souveraineté nationale à travers la privatisation des fleurons de l’économie nationale (Saidal, Eniem, SNVI…), la concession des terres aux étrangers, l’application avec “zèle” de l’accord d’association, et enfin le silence observé face à ce qui se passe en Palestine. “(…) Quelle souveraineté défend le Chef du gouvernement qui, vantant les avantages comparatifs de notre pays, à l’adresse des hommes d’affaires sud-coréens, cite fièrement la main-d’œuvre algérienne qualifiée et pas chère, affirme que le taux de croissance est élevé et celui de l’inflation très bas, ce qu’il niait en janvier passé pour justifier le refus d’augmenter les salaires (…) ?” Ouyahia dont la visite en Mauritanie suscite la curiosité de l’ancienne candidate aux élections présidentielles puisqu’un haut responsable hébreux s’y trouverait. “On s’interroge si c’est un hasard”, ironise-t-elle. Bref, pour la porte-parole du PT, “il y a une œuvre de destruction gigantesque qui guette l’Algérie”. Mais qu’à cela ne tienne, le parti est décidé à se mobiliser, notamment pour l’abrogation de la loi sur les hydrocarbures. Prévue la fin du mois en cours, la conférence du parti, destinée à débattre de la situation politique du pays, a été reportée aux 6,7 et 8 avril prochain en raison de contraintes financières. KARIM KEBIR

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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