En dépit de l’injonction d’Abdelmadjid Attar de diversifier les banques, Ali Aoun refuse le dépôt des fonds de Saidal à Khalifa Bank

Liberte; le Samedi 16 Mai 2015
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Ali Aoun soutient avoir été victime d’un piège à cause de ses prouesses réalisées dans le cadre du développement de la production nationale du médicament.

Pour mieux comprendre ce qu’il avance, il revient sur son parcours professionnel. Il obtient un diplôme d’ingénieur en chimie industrielle dans les années 1960 d’une université belge grâce à une bourse financée par l’entreprise publique Snic. À son retour, il travaille quelques années au sein de cette même société avant d’être nommé directeur central au ministère de l’Industrie.
Peu de temps après, l’aventure Saidal commence. Les autorités lui confient la tâche de liquidation de cette entreprise pharmaceutique, à l’époque en cessation d’activité. On est en 1995. Une année où le marché du médicament en Algérie atteignait les 800 millions de dollars annuellement. Ali Aoun procède à un audit. Il constate que l’entreprise avait un personnel qualifié et une capacité de production.
Le problème résidait dans l’organisation.
“Alors je leur ai dit : ‘Laissez-moi six mois, si je ne réalise pas de bénéfices prenez ma tête.’ J’ai fait des demandes de crédit au CPA. 30 millions de francs français pour acheter la matière première et 50 millions de dinars pour payer les travailleurs. En espace de six mois, les machines étaient en route et une année après, nous réalisions un bénéfice de 90 millions de dinars”, déclare avec fierté Ali Aoun.
Ses déboires ont commencé avec le contrat conclu entre l’une des filiales de Saidal et l’entreprise pharmaceutique KRC de Khelifa Moumen. Ce contrat portait sur le façonnage d’un traitement de troisième génération des sidéens. Selon les termes de cet accord, KRC Pharma devait prendre en charge le coût et les démarches de l’importation de la matière première, son stockage ainsi que l’aménagement des locaux destinés à la fabrication de ce médicament.
Saidal devait dégager les locaux et faire bénéficier l’entreprise de Khelifa du savoir-faire de ses employés. Une sorte de prestation de service qui aurait permis de réduire le coût du traitement du sidéen de 250 000 DA à 5 000 DA.

59,6 millions de dinars récupérés grâce à la technique du transfert de créances
“Le coût de l’opération était estimé à 52 millions de dinars. Mais la fabrication du médicament en question n’a jamais eu lieu puisqu’il y a eu, quelques mois après, la dissolution du groupe Khalifa. Finalement, nous n’avons rien obtenu du groupe Khalifa. Au contraire, c’est ce groupe qui a bénéficié de notre notoriété avant sa dissolution.” Ali Aoun précise que la filiale de Saidal signataire de ce contrat avait une autonomie de gestion.
Le président du tribunal criminel reconnaît que le groupe Saidal n’a pas déposé ses fonds chez Khalifa Bank, mais indique qu’il a ouvert des comptes dans certaines de ses agences.
“Nous étions en 2002, nous travaillions beaucoup avec les distributeurs de médicaments qui constituaient un pourcentage de 60% de nos clients, soit plus que la Pharmacie centrale des hôpitaux. Et comme ces distributeurs étaient des clients de Khalifa Bank, nous avons décidé d’ouvrir quatre comptes à nos unités de vente dans cette banque juste pour les opérations d’escompte afin de faciliter certaines opérations bancaires.” 59,6 millions de dinars ont été quand même récupérés grâce une technique de gestion qu'il avait lui-même initiée, appelée “transfert de créances”.
Ali Aoun soutient avoir été blâmé par le directeur du holding chimie et pharmacie, Abdelmadjid Attar, pour ne pas avoir déposé les fonds de Saidal chez Khalifa Bank. “Dans une directive écrite, il nous a été demandé de varier les banques pour ce qui est des dépôts de l’argent de Saidal. Le message était clair car la tendance à l’époque était Khalifa Bank. Mais j’étais bien au CPA, je ne voyais pas la nécessité de recourir à d’autres banques.”

La voiture C5 et les cartes de thalasso
Le magistrat l’interroge sur la C5 offerte par Khalifa et qui était en son nom. “Le jour où cette voiture est sortie de chez le concessionnaire Citroën, elle était au nom de Khalifa Bank, mais le même jour, et à mon insu, un responsable de Saidal et un autre de Khalifa se sont présentés chez le concessionnaire, et lui ont demandé de mettre le véhicule à mon nom. À ce moment-là, j’étais en voyage. Cette voiture était dans le parc auto de l’une des filiales Saidal. Je n’ai appris cette histoire que six mois après.” Le juge est perplexe et demande à Ali Aoun d’être plus explicite.
“Je ne l’ai jamais utilisé. On m’a dit que le véhicule était offert dans le cadre des mesures d’accompagnement. Je l’ai versé au parc. Au moment de la confection de la carte grise, le chef de parc est venu me demander des documents administratifs en m’annonçant que la voiture était à mon nom et là j’ai compris que c’était un piège. On voulait ma tête. J’ai pris tout de suite contact avec l’administrateur de Khalifa, à l’époque Mohamed Djellab, et ce dernier m’a dit de régler ce problème avec le liquidateur. J’ai bradé alors ma BMW pour lui restituer la somme de 140 millions de centimes représentant le prix de ce véhicule, et avec des intérêts. La C5 en question, je ne l’ai vue que le jour de la vente.”
Ali Aoun soutient avoir été la cible de la mafia pour ses prouesses réalisées pour le développement de la production nationale du
médicament. L’accusé raconte qu’il a reçu la visite de ministres lorsqu’il était hospitalisé à Aïn Naâdja. “Ils m’ont conseillé de quitter le groupe Saidal. Le poste de P-DG de Saidal était très convoité. Des membres du conseil d’administration de Saidal ont même tenté un retrait de confiance. Tout cela pour me pousser à jeter l’éponge. Au bout du compte, j’ai quitté le groupe pour travailler 4 ans à Cevital et j’occupe actuellement le poste de SG au groupe Haddad. Là où les gens apprécient à leur juste valeur mes compétence.” “Et cette histoire de cartes gratuites de thalassothérapie de Sidi-Fredj ?”, le questionne le juge. “Ces cartes ont été confectionnées à mon insu. Que vais-je aller faire dans un centre sale. Je préfère hamman Salhine.” Cette réflexion fera beaucoup rire Moumen Khelifa.
L’avocat Lezzar de Moumen Khalifa lui pose la question : “Pourquoi vous a-t-on sollicité pour liquider le groupe Saidal et qu’avez-vous fait ?” Ali Aoun répond sans aucune hésitation : “Le groupe rencontrait une énorme difficulté financière et ses 2 500 travailleurs sont restés sans salaire pendant six mois. Il m’a suffi d’un mois et demi d’audit pour régler cette situation.”
Me Lezzar le pousse à se mettre à la place de l’administrateur de Khalifa Bank, Mohamed Djellab. “La question est difficile. Ce n’est pas le même secteur mais je crois que j’aurais commencé par un audit”, répond Ali Aoun.

N. H.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Nissa Hammadi

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