Il l’accuse de noircir la situation des droits de l’homme en Algérie, Ksentini charge la presse

Liberte; le Dimanche 11 Decembre 2011
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Pour le président de la CNCPPDH, “des avancées considérables” que “la presse nationale passe sous silence  ont été enregistrées mais il reste encore des petites choses telle la bureaucratie”.  Invité par le CRSS pour une conférence sur les droits de l’Homme, Farouk Ksentini a finalement fait le procès de la presse nationale. Précisant d’abord que les droits de l’Homme sont “fugaces” et par conséquent même si de gros efforts sont consentis, il affirme qu’un seul et unique incident peut tout remettre en cause et donner l’occasion notamment à des pays ou organisations étrangères de pointer du doigt l’Algérie pour non-respect des libertés individuelles. Pour le président de la CNCPPDH, “la presse joue un rôle néfaste en amplifiant certaines informations qui ne le méritent pas, en passant sous silence la bonne information. C’est une maladresse. Il faut agir avec un peu plus de sagesse”. La bonne information pour l’orateur, c’est celle qui reprend toutes les décisions renforçant l’État de droit. Et la “mauvaise”, c’est celle qui prône le non-respect des droits de l’Homme ou des libertés individuelles. “L’État a enregistré  des avancées considérables en matière de droits de l’Homme mais malheureusement elles ne sont pas suffisamment explicitées et médiatisées”, estime l’orateur, citant en exemple cette avancée dans cette décision du législateur de poursuivre les agents de l’État pour torture physique et morale au lieu de coups et blessures. “Cette loi est appliquée mais la presse n’en a jamais parlé”. Tout comme “cette ordonnance présidentielle de 2001 où le premier magistrat du pays a accordé la grâce à 200 condamnés à mort. La presse n’en a pas parlé”, reproche une fois de plus Farouk Ksentini. Et de poursuivre : “Cerise sur le gâteau, considérée comme chose naturelle” par la presse notamment qui n’en parle plus, “la réconciliation nationale qui a réussi à 97%. On n’en parle presque pas alors qu’elle a été réussie sans pays étranger ! C’est une  avancée dans le domaine des droits de l’Homme qui restera dans l’histoire”. Et toujours dans le domaine des acquis des droits de l’Homme, le conférencier citera “ses chantiers et les constructions de logements qui poussent comme des champignons” et qui a “étonné” une responsable étrangère en visite en Algérie il y a quelques mois. Et qui n’a rien trouvé à reprocher sauf que “la distribution devrait se faire avec plus de transparence”, s’enorgueillit l’orateur. En revenant sur les fameux petits incidents qui peuvent remettre en cause des efforts colossaux en matière de droit de l’Homme, Ksentini citera l’exemple du procès du jeune proxénète qui s’est converti au christianisme et celui des non-jeûneurs poursuivis en 2010 par le tribunal d’Aïn El-Hammam à Tizi Ouzou. “Ce procès a été exploité contre l’Algérie sous prétexte qu’elle ne respecte pas les libertés individuelles. Ce n’était pas la politique voulue par notre gouvernement. C’était une affaire mal gérée par un petit procureur. Il fallait la traiter autrement”. Revenant sur la situation des droits de l’Homme, le conférencier dira que “dans l’ensemble, des progrès ont été enregistrés. L’Algérie n’est pas une dictature  mais une démocratie qui va construire un État de droit dans très peu”. Et de conclure : “Les critiques notamment de la presse sont naturelles, il ne faut pas s’en effrayer. L’honnêteté intellectuelle exigerait que l’on dise que les choses avancent. Il faut juste mettre du sien car les droits de l’Homme c’est l’affaire de tous.” Il semblerait, toutefois, que cette avancée gigantesque ne soit pas partagée par certains membres de l’assistance. Un enseignant universitaire reprochera au conférencier le fait d’avoir estimé au début de son exposé “qu’après l’Indépendance, les responsables de l’époque étaient devant deux choix : construire l’État ou promouvoir les droits des personnes”. Ils ont fait le judicieux choix de construire l’État d’abord. Pour l’universitaire, “ces propos sont graves tout comme le bilan des droits de l’Homme”. Abondant dans le même sens, un autre intervenant dira qu’il n’y a “ni droits de l’Homme ni liberté de la presse. Mon journal a été fermé sous prétexte que ses dettes sont trop lourdes alors qu’en vérité ce n’était pas le cas”. MALIKA BEN

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rédaction nationale

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